23 juin 2009
Ballade de la Joyeuse Bohème
Eugène Torquet (1860-1918) plus connu sous le nom
de John-Antoine Nau (lauréat du premier prix Goncourt) se lia à la
bohème de la fin des années 1870. Ainsi il fréquenta le cercle des
zutistes, le club des hydropathes et bien entendu le fameux cabaret du Chat Noir. Il y laissa une célèbre ballade parue dans le numéro 1 de l'année 1882.
Cette ballade choisit de mettre en avant une bohème joyeuse
contrastant avec celle de Murger. Au cours de ce poème chantant, à la
ritournelle entêtante, Torquet reprend ce qui sera l'essentiel des
revendications de cette "nouvelle bohème fin de siècle". Dans le chemin
déjà tracé par Villon, la bohème représente une sorte de "marge
idéale" qui autoriserait une vie de plaisirs loin des principes d'une
existence bourgeoise et conformiste. L'artiste en vouant un culte à
l'amour feint de mépriser la fortune. Mais en cherchant à "effaroucher"
le bourgeois, on l'interpelle, on en fait un spectateur privilégié du
sort de l'artiste. La posture bohème est d'autre part celle d'une élite
marginale détachée des préoccupations "bassement" matérielles de la
foule. Le groupe bohème apparaît dans toute sa vigueur, comme une
collectivité d'élus pleinement conscients de leur mise en scène.
Dans ce siècle de picaillons
Où la soif du gain nous torture
On donne la chasse aux millions.
Or, scène, beaux vers et peinture
Ne donnent que maigre pâture.
Mais, faisant la nique au destin,
Je serai, - j'ai la tête dure -
Peintre, poète ou cabotin
Porteur de lyre ou de crayons.
Pitres chatoyants de dorure
Qu'on nous excuse, nous baillons
Chez les banquiers, rois de l'usure.
(...)
Bourgeois, fuis quand nous ripaillons
Ou bouche ton oreille pure :
Nos discours sur les cotillons
Effaroucheraient la Censure ;
Et nous trinquons, mortelle injure
En disant : "Bren !" au Philistin !
Et ! L'on ne hait pas la biture
Peintre, poète ou cabotin.
Envoi
Femmes, ne nous soyez point dures ;
L'artiste en vos bras de satin
Ne fait pas mauvaise figure,
Peintre, poète ou cabotin.
05 mars 2009
PETITES REVUES ET ESPRIT BOHEME
PETITES REVUES ET ESPRIT BOHÈME A LA FIN DU XIXe SIÈCLE (1878-1889)
Panurge, Le Chat noir, La Vogue, Le Décadent, La Plume
Un essai paru aux éditions de L'Harmattan (février 2009), collection "critiques littéraires", 380 p.
"Libérés de l'assentiment de la société des lettres, les artistes ont su mener de leur côté un mouvement prônant la libération de l'esprit et des lettres. Dans le parcours d'un artiste, la petite revue est plus qu'un tremplin ou qu'un révélateur de personnalité, elle est une "marge d'honneur"..." (extrait)
|
TABLE DES MATIÈRES Introduction : Un grand Mardi gras de
l’esprit PREMIÈRE PARTIE : LES
PETITES REVUES DANS LE PANORAMA HISTORIQUE ET CULTUREL DE LA FIN DU XIXe SIECLE 1. Une nouvelle génération 2. Sous le règne de la muse
verte 3. Des bureaux de rédaction à
la diffusion DEUXIÈME PARTIE :
APPELS À L’INSURRECTION 1. Le crépuscule des idoles 2. Les revendications
sociales 3. Des sensibilités en révolte 4. L’humour, un agent provocateur TROISIÈME PARTIE : UN
ANTICONFORMISME MAÎTRISÉ 1. Le nihilisme bohème et ses
dangers 2. Le renouveau de la gaieté
moderne 3. Un regard neuf sur la marginalité QUATRIÈME PARTIE :
LES VOIES DE LA RESPECTABILITÉ 1. De la nouveauté au conformisme 2. Les petites revues et la
réclame 3. Parcours de quelques voyageurs
de bohème Conclusion : La marge d’honneur Bibliographie Tables des collaborateurs
de Panurge, du Chat noir, de La Vogue, du Décadent, de La
Plume Chronologie des petites revues
(1878-1889) La presse montmartroise de
1880 à 1900 Remerciements Index Table des matières |
26 octobre 2008
La Colle de Léon Riotor, édition Charpentier, 1926
Léon Riotor fit paraître son roman peu de temps après les souvenirs du Chat noir de Maurice Donnay. Le texte pourtant qualifié de "vieux papiers" aurait été rédigé entre 1883 et 1896. Riotor déclarait à propos de son récit qu'il n'était que fantaisie et mystification dans l'esprit même du Montmartre fin de siècle. En réalité Léon Riotor cherchait bien entendu à se défendre des critiques car dans cette fiction il dépeint sous une forme à peine codée les aventures de la troupe du Chat noir et de son gérant le dénommé Rodolphe Salis (chapitre X, p. 71 à 84, chap. XI p. 91-93). Ainsi il se présente dès les premières pages comme un humble pénitent "pieds nus, la corde au cou, un cierge de six livres au poing, pour l'aller brûler là-haut sur la butte".(p. VI)
Le roman comporte 2 parties, respectivement de XV et XVI chapitres, qui couvrent l'union tumultueuse de Favoras et de Marguerite au temps du Chat noir. L'origine du roman provient d'un débat sur la légitimité du mariage dans la vie d'un artiste :
"On parlait à ce moment d'union libre, de collage, on opposait la vie de famille à la vie de bohème. Un journal enquêta : "Un artiste doit-il se marier?" D'où ce récit, ces vieux papiers..." (p. V)
LA COLLE OU L'UNION LIBRE A LA FIN DU XIXe SIECLE
Favoras est le type même de l'artiste bohème désireux de réussir. "Petit, maigre et noir comme un pruneau" (p. 7), il se consume entièrement pour sa tâche qui est de réussir enfin à être reconnu. Venu de sa province (Bayonne), d'origine modeste (père horloger), il cultive des ambitions artistiques mal comprises de sa compagne, Marguerite. Son atelier est un hangar dans lequel il travaille avec acharnement et vit pauvrement de quelques commandes. Dans ses débuts il trouve un emploi à l'academie Julian (Quartier latin) et exécute de la ronde-bosse et du modelage pour 100 fr par mois. Mais en 8 ans de vie parisienne l'amertume grandit :
"Bientôt 8 ans ! Il arrivait de son pays basque, avec un bagage d'illusions, l'amour de la sculpture, et s'était placé, chez un maître en renom pour gâcher la glaise !" (p. 7)
Une mansarde est louée avec les économies du couple, rue d'Orsel.
Marguerite "vendeuse de plaisir" depuis son plus jeune âge est" blonde, ronde et grasse avec des fossettes partout" (p. 7). Au jardin des Folies-Bergeres elle avait tenu un bar certains soirs et vivait des rentes accordées par quelques étudiants dont le blond Dangenet. Elle enchaîne par sa sensualité Favoras et rêve de devenir une parfaite maîtresse de maison. Elle souhaite épouser le sculpteur mais elle est rejetée par toute sa belle-famille qui ne voit en elle qu'une amuseuse de cabaret.
La "colle" désigne l'union libre qui selon Léon Riotor est un désastre programmé. Il analyse ainsi le principe de dépendance qui enchaîne chaque membre du couple. Pire encore, la colle nuirait à la créativité même de l'artiste dont les forces sont comme happées par sa concubine.
"De ses théories sur l'art, sur la beauté de la forme que restait-il en lui ? Une passion constante pour cette accapareuse maîtresse qu'il s'était donnée, qui s'agrippait à lui comme un lierre, et dont il ne pourrait jamais se défaire. (...) Il revenait enfiévré, à la chambre close de Margotte, à ses bouderies, à sa domination aigre-douce". (p. 14)
L'union libre serait donc pour l'auteur une forme d'auto-destruction appuyée par 2 mécanismes : la sensualité et le confort. L'échec du couple est prédestiné car l'artiste et sa concubine ne peuvent même pas réaliser ce que le couple bourgeois réalise dans le mariage : famille, gains et propriétés diverses. Privés du consentement social et familial, le couple s'enlise dans la marginalité malgré des efforts honorables.
Ainsi la colle est un parcours semés d'embûches et agité par de brusques sursauts de survie. Pour le couple Favoras-Marguerite, la mort d'un enfant scellera l'union par le malheur. Marguerite retombe progressivement dans la prostitution sous la coupe d'une mercière maquerelle nommée Mme Veuve Gardelaine, tandis que Favoras tente de fuir les propositions de mariage que lui présente son frère comme unique remède à sa soif de reconnaissance.
L'artiste accepte pourtant de prendre un nouveau logement au 18 rue Blanche pour en faire un atelier privé et renouer avec les critiques et quelques confrères loin du malheur de sa "colle". Cependant la rupture avec Marguerite n'est pas encore consommée. Léon Riotor évoquera ce passage comme "des allures nouvelles de libertés relatives et inquiètes" (p. 41, chap. 6).
"Le ménage traversait une crise. La vie de part et d'autre, sauf le manger, le coucher - et encore !- cela ne pouvait durer ainsi. Une phase approchait celle de la rupture, ou d'autre chose. L'artiste qui veut l'œuvre au-dessus de tout, trouve en cette tension de l'esprit la force de se dégager ; celui qui subit la domination des sens a beau réagir : il vit pour les plaisirs de la chair, travaille pour les garder, et c'est peu à peu le cerveau vide, la maîtresse triomphante : "la colle"." (p. 59, chap. 7)
Se sentant lié à Marguerite malgré ses infidélités et après avoir gagné quelques sous, Favoras lui envoya pendant plusieurs mois une rente de 400fr. Il loua boulevard de Clichy un nouvel atelier dans lequel il vivait une bonne partie de la semaine. Il proposa à Marguerite d'être gérante d'une mercerie ou d'une boutique de confiserie, offre qu'elle refusa. Elle s'installa rue La Rochefoucauld.
Le mécanisme de la reconnaissance commença alors à entraîner Favoras loin de la bohème montmartroise fût elle artistique ou littéraire. Il obtint une première médaille au salon. Favoras en fait profiter Marguerite et la rêve en bourgeoise :
"Elle s'était affinée. Il avait vu surgir de cette fantasque buveuse de bocks une bourgeoise déçente avec qui on pouvait parler. Il lui en était reconnaissant.", p. 102 (chap. XIII)
Mais ce rebondissement ne dure pas car Favoras s'éprend de son modèle, une jeune bohémienne du nom de Mandica. Au même moment, la famille de Favoras et ses amis l'entraînent dans un projet de mariage avec la fille des de Brogas. Une danse scelle leurs fiançailles mais Favoras tombe gravement malade. Soigné par Marguerite, qui n'hésite pas à se sacrifier pour lui, Favoras revient à la vie. Il repart en convalescence pour le pays basque. A son retour, par reconnaissance pour Marguerite, il s'attache à nouveau à elle.
"(...) l'enlacement féminin se constitue de mille et unes attaches, fines, souples, lentes, indénouables. (...) C'est l'art écarté par la vie quotidienne, relégué dans le coin aux rêves ; l'artiste agonise à mesure que la femme s'empare de lui." (p. 119-120, chapitre I, IIe partie)
Définitivement, le piège de la "colle" se referme sur Favoras. Après une nouvelle crise sentimentale due aux relations de Marguerite avec Dangenet, Favoras s'échappe à nouveau. Marguerite tente de mettre fin à ses jours mais est sauvée par Léocadie, une de ses voisines. Pendant la "Vachalcade" organisée par Willette, Favoras, malade, se rapproche enfin de Marguerite.
"Emu de reconnaissance, mêlant le visage de Marguerite à l'image de sa mère penchée vers son lit d'enfant, autrefois, loin dans le passé ; et il se dit qu'il avait besoin de cette protection douce ; qu'il vieillirait à côté de Marguerite, repentie, régénérée..." (p. 219-220, chap. XII, IIe partie)
Léon Riotor décrit ensuite ce qu'il appelle "l'automne du cœur" (chap. XIII), moment où d'anciens amants reconquièrent les forces de la jeunesse et retrouvent les joies d'un renouveau inespéré. Ce temps ne dura pas : Favoras se voit présenter une jolie et riche admiratrice Mlle Parlange par le Docteur Charcot. Troublé, Favoras ne sait plus comment faire pour quitter Marguerite.
"Posséder l'aisance, apparenté à une famille puissante, n'est-ce pas les portes ouvertes, l'Institut, la main mise sur la société ? (...) Mais il n'était pas libre et il manquait de courage, de cruauté aussi pour se libérer. Tant pis !" (p. 215, chap. XIII)
Favoras, impuissant et terriblement dépendant de son union, sombre dans l'alcool. Marguerite, elle, apprend le terrible sort de l'étudiant Dangenet, interné à Sainte-Anne. Enfin le père de Favoras, désolé de ne pas avoir pu conclure de bon mariage pour son fils, intervient et demande à Favoras d'épouser celle avec qui il vit depuis tant d'années. Soudain Favoras s'exclame :
"La colle (...) la colle que je croyais l'indépendance, le vrai bonheur, quelle tromperie !... Mariez-vous Bellart, mariez-vous. Il n'est pas trop tard, ne vous bercez pas d'utopies grandiloquentes, de sentiments présomptueux. Du bon sens, de l'honnêteté. L'égoïste seul refuse les devoirs, les sens rassasiés, le mâle s'enfuit...Il faut le contraire, se lier au devoir : la loi ; et non la liberté totale, source d'abus. (....) Le vrai but c'est le foyer à construire. Ayez votre chez-vous, votre domaine, votre femme, vos enfants, bien à vous. Sinon, vous aurez le domicile, les meubles, la femme et les enfants à tout le monde. Et quand vous serez bien convaincu de cette vérité, dégouté, épouvanté, vous penserez à fuir mais ce sera trop tard, vous n'oserez pas, pour ne pas devenir un malhonnête homme, ni un paria de la vie et du sentiment" (p. 241)
L'union préconisée par Riotor est donc contre toute attente dans ce récit de vie bohème le mariage... Institution de toute part critiquée par les auteurs de l'époque. L'embourgeoisement est donc bien la fin de toute chose car le rêve républicain est un rêve d'intégration bourgeoise. L'attitude ambigüe des artistes face à la marginalité est donc très moderne. "La vie de paria" ne doit être qu'une utopie, qu'un territoire fantasmé car elle ne permet pas à la liberté individuelle de s'épanouir.
Le récit de Riotor se conclut sur le décès de Marguerite (morte d'épuisement et de douleur à la vue de Dangenet)... Favoras, rongé par ce deuil, n'est plus capable de créer. Son inspiration est brisée. L'architecte contemplant la dernière pièce de Favoras s'exclame " Encore un de fini, rongé, dévoré par la colle!..." (p. 254)
Le récit est donc un hymne à l'individualisme et au conformisme bourgeois. La bohème de la fin du XIXe siècle est bien celle qui signe l'émergence de l'individu et sa revendication au bonheur et à la liberté. Loin des clichés sur la marginalité bohème, ce récit constitue une remarquable démonstration des contradictions d'une époque entre appel à un renouveau (avec l'union libre) et attachement à la tradition bourgeoise.
20 octobre 2008
ARTHUR RIMBAUD DANS LE DECADENT
Depuis 1884 et la première série des Poètes maudits de Paul Verlaine, Arthur Rimbaud est révélé au monde littéraire notamment par les poèmes "Voyelles, Oraison du soir, Les Assis, Les Effarés, Les Chercheuses de poux, Le Bateau ivre". Mais il n'existe pas encore de volume de ses oeuvres.
Profitant de la naïveté mais aussi de l'ignorance du directeur du Décadent, Laurent Tailhade entend répondre à la curiosité du public sur le poète de Charleville. Avec la complicité d'Ernest Raynaud et de Maurice Du Plessys il crée d'abord des faux Rimbaud censés représenter "le style décadent le plus pur".
Pour Tailhade l'ambition est aussi de se moquer des théories de Baju avec lesquelles il n'est pas toujours en accord. La supercherie est longtemps manigancée avant de faire jour au n°34 du 29 novembre 1886 avec "Sonnet" - poème célébrant avec moultes références érotiques la jeunesse et la vigueur mâle. Il s'en suit 5 autres poèmes dont le sens voilé s'attache aux manifestations plus ou moins grotesque du corps : "Instrumentation, Les Cornues, Le Limaçon, Doctrine, Oméga blasphématoire".
"Sonnet"
Il splendit sous le bleu d'athlétiques natures
Dont le roc a fourni les éléments altiers :
Les fontes et l'airain de leurs musculatures
Excèdent les parois des divins compotiers.
Ernest Raynaud
Leurs biceps ont des fûts robustes de mâtures ;
Leur timbre tient son or des celestes luthiers,
Et nourris du fort miel des doctes confitures,
La santé sous leur peau, couve ses églantiers.
Car de glaces, ô Femme impure ! à tes malices
Leur cœur d'aube fleurit comme un doux cyclamen,
Et sacrant leur seize ans aux candeurs de calices,
Le hautain contempteur des sordides hymens,
Anteros aux yeux d'or cuivre de ses délices
Le concombre inclément de leur vierge abdomen
"Instrumentation" : où l'on énumère les analogies entre le corps et les instruments dans un esprit volontiers gaillard. L'homme instrument n'épargne pas à son lecteur les images les plus grossières (sexe-flûte, bourses faisant sonner des piastres, ventre-lyre qu'agitent des vents)
Tes doigts sont merveilleux ! leur moindre mouvement
Fait sourdre sur ma peau comme des sources.
Toute part de mon être imite un instrument :
Fifre ou musette un peu charmeuse des Ourses.
Les boules d'or de mes bras bruns ont l'agrément
Des piastres sonnant clair dans les mailles des bourses
Et même je détiens, quelque part, les ressources
De la flute où s'abouche un rêve goulument.
Le clavier de mes dents sait l'air qu'on se recorde
Et mon Ventre en façon de lyre tétracorde
S'enfle et s'abaisse avec des bruits délicieux.
Parfois même éructant le gravier roux des lombes
quand l'aube rose étend son linge pâle aux cieux
Je claironne, effarant l'essaim des fières colombes.
Laurent Tailhade
"Les Cornues" paraissent dans le numéro du 1er au 15 février 1888. Ce texte pousse un peu plus loin la mystification en présentant volontairement des passages incomplets remplacés par des points. "Doctrine" et "Le Limaçon" paraîtront en mai et juillet 1888. Puis, en septembre de la même année, après de nombreux courriers sans doute assez virulents, Laurent Tailhade et ses complices dévoilent la supercherie en faisant paraître une sorte de préface à un nouveau sonnet intitulé "Oméga blasphématoire". Cette préface raconte l'histoire du manuscrit qui aurait voyagé des Pays-Bas jusqu'en Espagne. Les incohérences sont telles qu'il n'est plus question de croire en l'existence de ces faux documents. Cependant la signature reste encore celle du "paradisiaque Rimbaud" dixit Tailhade.
Il faudra l'intervention du prince des poètes, Paul Verlaine, pour faire cesser définitivement l'usurpation d'identité. Pour les amuseurs du Décadent, il est donc temps de changer de peau, de créer ce qui serait le "type même" du Décadent de Baju.... Ce sera Mitrophane Crapoussin, nouveau masque de la comédie littéraire, nouveau type grotesque issu de l'imagination de Georges Fourest, célèbre auteur de La Négresse blonde. 
Pour conclure
Les faux Rimbaud étaient monnaie courante à cette période car sévissait alors la fameuse "bohème des contrebandiers". Habile en contrefaçon, la bohème des années 1880-90 aime brouiller les pistes et jouer avec le public qu'elle entend bien manipuler. Verlaine aura ainsi fort à faire pour préserver l'œuvre du jeune maître. Ainsi l'affaire du sonnet "Poison perdu" et du recueil "Reliquaire"mirent à l'épreuve quelques experts...
Verlaine confiait ainsi ses doutes dans une lettre du 17 novembre 1883 :
"J'y pense. Peut-être bien, comme vous le croyez, serait-ce une mystification. Alors, mes raisons à l'appui de tout à l'heure, seraient bien rigolottes. Après tout je m'en bats l'œil et le bon...."
Bibliographie :
Le Décadent, 1886-1888
Anthologie du pastiche, Léon Deffoux et Pierre Dufay, tome second, G.Grès, Paris, 1926.












