Cursus
Bénédicte DIDIER
. 2010 : compte-rendu paru dans la Revue d'Histoire littéraire française
http://srhlf.free.fr/PDF/Le_Livre_illustre_europeen_au_tournant_des_XIXe_et_XXe_siecles.pdf
. 2009 : parution de Petites revues et esprit bohème chez L'Harmattan
. 2008 : parution d'un article dans L'Europe des Revues (PUPS)
. 2007 : communication pour le colloque l'image et les périodiques européens (INHA)
. 2005 : Docteur ès lettres
thèse soutenue à L'Université d'Orléans - félicitations du jury
" Le Grand Mardi-Gras de l'esprit : Etude de 5 petites revues bohèmes à la fin du XIXe siècle - Panurge, Le Chat Noir, La Vogue, Le Décadent, La Plume"
. 1999 : Enseignante en collège et lycée
. 1998 : DEA Litterature française mention Très honorable
. 1997 : Maîtrise de Lettres modernes mention Très Bien
. Membre de la Société rochelaise d'histoire et d'art (2005-2010)
. Collaboratrice de la revue Ecrits d'Ouest (2005-2010)
En marge des publications citées ci-dessus, je donne
à lire aux visiteurs de ce blog un extrait de mes réflexions sur deux poètes
fort célèbres qui illustrèrent d'une certaine manière cet esprit bohème auquel
je me consacre depuis plusieurs années. Cet extrait aurait pu être la préface
d'un essai, mais je ne l'ai pas encore achevé... Il pourrait s'intituler :
UNE POESIE SOLAIRE
[Projet d’essai sur les œuvres d’Arthur Rimbaud et de James Douglas Morrison]
(extrait)
Arthur Rimbaud et James Douglas
Morrison : une trajectoire vers le soleil une prophétie grecque accomplie.
Deux hommes de mots et de silence qui osèrent lever les yeux vers l’astre de
feu. Deux siècles parvenus à un point de rupture, contraints à une véritable
évolution. Deux cultures transcontinentales aux sources d’une mythologie
puissante. Et deux œuvres éparses, éphémères, d’où surgissent des horizons
lointains, des déserts imaginés et vécus au prisme d’un regard, d’un œil –
l’œil du poète, l’œil du chaman.
Une fraternité secrète, parfois inexplicable,
lie des artistes au-delà du temps, au-delà des limites d’un espace, d’une
culture. Cette fraternité, tissée de liens invisibles mais ténus, nourrit des
familles poétiques par des racines puissamment ancrées dans notre histoire collective.
Rimbaud et Morrison sont frères, ils montrent la voie d’une poésie
hermétique pour certains, pour d’autres, singulièrement éclairante. Ils ne sont
pas seuls sur cette voie tracée, d’autres les auront rejoints tout au long du
chemin solitaire. Il n’est pas question ici de chercher à tout prix les points
de jonction entre les deux parcours et de forcer les clivages. Dans le respect
de la différence de l’œuvre de chacun et de leur richesse singulière, nous
retrouverons côte à côte ces explorateurs de la poésie moderne. On pourrait
dire de Morrison qu’il fut avant tout l’idole d’une génération comme l’on
dirait de Rimbaud qu’il fut « l’homme aux semelles de vent ». Tant
d’images et de gloses autour de ces deux poètes mènent au brouillage des
pistes, à l’éternel retour des clichés que chacun a contribué (sans le
savoir ?) à développer. Leur existence courte et intense aura pu inspiré
des rapprochements qu’ici nous écarterons délibérément. Rimbaud et Morrison
sont fils de militaires, ils ont tous deux été marqués par l’absence d’un père.
Brillants dans leurs études, autodestructeurs dans leur manière d’appréhender
leur propre vie, ils incarnent pour beaucoup une rébellion incandescente. Leur
apparence brouillant les repères du masculin et du féminin, réinvente la notion de beauté virile et
introduit doutes et fantasmes sur leur sexualité. Ces faits entendus, il reste
l’œuvre, il reste les textes. L’aventure du leader des Doors et
l’aventure d’Arthur Rimbaud poète contrebandier ne nous serviraient qu’à
persister dans l’examen – déjà mené et approfondi par d’autre1 – de ces deux parcours. Il conviendrait
d’affranchir ces deux artistes de cette analyse et de laisser tout la place qui
lui est due à une poésie fascinante.
La légende est là, intacte et s’y retrouvent
tous ceux, amoureux de la poésie, qui communient par les mots avec ce fabuleux
vertige des sens et de l’esprit. Pourquoi cette poésie plus qu’une autre ?
Elle est pour le lecteur parmi les plus vibrantes et les plus denses. Son
accessibilité est loin d’être évidente mais pour tous elle exerce une ineffable
attraction. Pour le moins condamnée par les projets destructeurs de quelques poètes résolus d’anéantir le mot et
son pouvoir, la poésie s’est imposée malgré tout dans des périodes
intellectuellement et physiquement violentes. Le monde était en feu, la France
post-communarde menait la danse décadente des maigres pantins fin de siècle.
L’Amérique, au visage double vivait des conflits qui la dévorait de l’intérieur
et faisait de sa jeunesse des « enfants du soleil », dernière utopie
du XXe siècle. Dans ce contexte Arthur Rimbaud et James Douglas
Morrison n’ont pas seulement défendu une poésie, ils ont crée un univers, un
espace ouvert dans lequel tous pourrait s’évader. La force de Rimbaud fut de mener la poésie dans ces territoires
où depuis Baudelaire, elle n’osait plus errer. Charles Baudelaire, premier des
poètes modernes, devait incontestablement libérer les portes de la vision et
consacrer l’imagination « reine des facultés ». Animés d’un mouvement
permanent insufflé par l’énergie et la jeunesse, les mots de Rimbaud
transgressent le réel et l’incitent à franchir les « portes d’ivoire et de
corne » déjà évoquées par le poète Gérard de Nerval. Sa poésie ne
s’inscrit pas dans une communauté de textes – même si elle fut rattachée plus
tard aux symbolistes par Jean Moréas et Paul Verlaine. Individualiste,
indépendante, la puissance évocatrice de l’œuvre puise sa source dans une
synthèse de culture, de vision, d’expérience, d’image et de mot. Des années
plus tard, James Douglas Morrison offrit aux années 70 l’image d’un poète- rock
– prisme visionnaire des cultures d’horizons lointains, sorte de kaléidoscope
vivant d’une civilisation métissée. William Blake inspira à la poétique
morrisonienne sa direction essentielle : « Si les portes de la
perception étaient nettoyées toute chose / apparaîtrait à l’homme telle qu’elle
est : infinie ».
Rimbaud et Morrison, deux voies pour une
poésie essentiellement moderne, s’adressant directement à un inconscient
collectif. L’éclatement du sens dans une multitude d’interprétations possibles
invite le poème à se libérer des codes. Couleurs, thèmes, personnages, faits
sonores et visuels ne peuvent trouver dans l’œuvre de ces poètes une seule
signification. Le lecteur assidu trouvera cependant des récurrences et des réminiscences entrant
dans l’élaboration d’arts poétiques singuliers. Du Bateau ivre à Wilderness
le verbe poétique n’est pas à considérer dans l’unité de l’objet poème. Chaque
élément entre en relation avec la totalité de l’œuvre visionnaire - signe
secret d’un plus vaste édifice. L’espace du langage est sans nul doute illimité
suivant les sillons d’un discours mouvant, vivant. La modernité des textes
provient justement de l’instabilité de ce langage et du rôle du lecteur dans la
vitalité même de ses mots. Le lecteur est investi d’un rôle actif dans la
vision dont il n’est pas seulement le récepteur. Lui aussi doit se faire
« voyant ». On ne peut étudier les poèmes de Rimbaud et de Morrison comme un sonnet ou
comme des pièces d’un recueil car ils échappent à un rationalisme de type
universitaire. L’argument des détracteurs de cette poésie tient d’ailleurs à
cette inaccessibilité. On refusa à Morrison le droit d’être poète au nom de sa
dépendance aux drogues et au nom de son statut de rock star. De même on se
moqua en son temps de l’œuvre obscure du jeune Arthur Rimbaud en parodiant sous
le pseudonyme de Mitrophane Crapoussin un style prétendument décadent. En
réalité si ces poètes fascinent tant malgré les attaques que quelques lecteurs
ont pu leur adresser, c’est que contrairement à une poésie élitiste, ils
s’offrent à tous – du lycéen à l’universitaire, du marginal à l’homme public.
Au-delà du sens, il y a la puissance d’un verbe, une énergie perceptible qui
rapprocherait de ce que l’on ressent au temps vivifiant de sa jeunesse. Se
plonger dans leurs œuvres c’est entrer dans cette zone de l’esprit source de
fantasmes, de plaisir, d’animalité presque. A ce propos, les deux poètes
évoqueront l’origine de leur création sous forme d’énigme toute relative :
« les effluves mystérieuses » et les activités du cerveau reptilien.
Agents du désordre et de la dérision,
les textes de Rimbaud et Morrison ne peuvent être envisagés sans l’ironie dont
ils font preuve. Nous ne cèderons pas au portrait facile d’une poésie noire et
rebelle. La force de ces deux œuvres fut justement de préserver cette distance
critique face à la création, cette auto-derision qui est salvatrice. La
rébellion est la, dans cette face cachée qu’est l’humour ; la détresse
face à l’existence et conjointement la quête résolue d’un ailleurs repousse
l’homme dans ses limites et fait voler en éclats son identité. Ces deux poètes
cultivent la plus amère drôlerie concernant ce qu’ils sont : leader ou
chef de file, raté ou exclu, victime ou criminel. Ils ont multiplié les
déclarations et dressés d’eux des portraits contradictoires et obscurs. Dans le
mensonge et la réinvention permanente, le poète revit sa quête ontologique. Il
cherche à explorer les possibilités du langage que ce soit une mystification ou
par l’image. Morrison livrera à ceux qui veulent l’entendre le meilleur portrait
de lui-même : « Je suis un homme de mots ». Les mots constituent
ces êtres autant que la chair et les os. Ils en sont la quintessence au sens
alchimique du terme pour reprendre une expression chère à Rimbaud.
Au terme de
ces observations, on peut comprendre, qu’au-delà de tout ce qui a pu être fait
ou dit sur ces deux artistes de notoriété évidente et incontestable, il reste
la variété des lectures. Rimbaud et Morrison appartiennent à un panthéon
universel ouvert à tous ceux qui souhaitent y entrer.
Attraction solaire
« Donc
le poète est vraiment voleur de feu » affirme Rimbaud dans une lettre à
Paul Demeny du 15 mai 1871. Sans conteste, l’image prométhéenne est
l’illustration d’une prise de pouvoir par les mots, d’une quête s’inscrivant
dans l’énergie et l’action. Le poète doit rapporter ce qui vient de
« là-bas », la part d’infini qui lui est parvenue sous forme de
visions. Il est chargé de l’essence même de l’humanité et devra faire sentir,
écouter, palper ses créations quitte à subir les « foudres du ciel ».
Avant Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire montrait la voie qui devait être intérieure
et profonde :
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le
cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou ciel,
qu’importe !
Au fond de l’inconnu pour trouver du
nouveau !
(Le Voyage (à Maxime du Camp), CXXXVII, VIII, Les Fleurs du Mal, La Mort)
En réalité le feu est une image
propre à Rimbaud et à Morrison qui l’emploient comme le signe distinctif d’une
poésie solaire : l’élévation plutôt que l’enfouissement, la lumière plutôt
que les ténèbres. Le poète se métamorphose en être solaire une fois investi de
sa quête. Ainsi l’emblème de Morrison est un animal solaire, un signe de
feu : le lézard.
|
Sun, Sun, sun Burn, burn, burn, Moon, moon, moon, I will get you Soon ! Soon ! Soon ! I am the Lizard
King I can do anything.
|
Soleil, soleil, soleil Brûle, brûle, brûle Lune, lune, lune Je te prendrai Bientôt ! Bientôt ! Bientôt ! Je suis le Roi Lézard Je peux tout. |
Ce symbole est riche de
significations dans les civilisations précolombiennes, indiennes mais aussi
européennes. Il fait directement référence au serpent et au dragon légendaire.
Son attitude, immobile sous les rayons solaires, illustre la contemplation et
la réceptivité. C'est pourquoi il peut
être considéré comme un premier degré menant à la sagesse. Placé près d'un
homme, il annonce que celui-ci est en train d'acquérir la Lumière. Le Lézard
est aussi le symbole de la vivacité. Les Aztèques admiraient son habileté à
chasser, sa résistance physique, son aisance à grimper les parois verticales et
son indifférence aux chutes. Il est donc également associé à la fertilité, à
l'abondance, à la richesse. Ce personnage est le cœur de la terre, image du
cœur du ciel, connu à l'intérieur de l'homme, et son sacrifice et sa
régénération par le feu - symbole auquel l'on identifie également le cœur -
constituent le point central de toutes les cultures précolombiennes. Manifestation du dieu Atoum, le lézard est
un symbole de régénération. Dans la célèbre « Célébration du
Lézard » Morrison présente tous les rituels d’une initiation de type
chamanique et poétique. Le poète est de ce fait un initiateur spirituel qui
relie tous les éléments de la nature. L’incantation magique au soleil par trois
fois est significative du culte rendu à cet astre de vie. Le mouvement est une
ascension de la terre, où se faufilent les serpents, au soleil qui dévore la
nuit en absorbant la lune :
|
The snake was pale gold Glazed and shrunken We were afraid to touch it |
Le serpent était
légèrement doré Vitreux et rétracté Nous avions peur de le toucher |
Pour atteindre l’extase poétique, le
poète invite également à dépasser ses peurs primitives seuls freins à la
vision. Rimbaud démontrera également que la poésie se mérite. Elle est une
aventure de l’esprit qui se remporte sur des épreuves. Le poète est suomis,
comme le lecteur, à cet impératif.
Toutes les formes d’amour et de folie ; il cherche lui-même, il épuise tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, - et le suprême savant ! – car il arrive à l’inconnu ! puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun !
L’oeuvre poétique de Rimbaud et de Morrison
est une œuvre d’éveil. Ainsi, l’aube est un moment de grâce sur lequel se lève
de nouveaux espoirs. Des édens perdus sont ressuscités par le verbe. La nuit
est présente mais elle semble parée de désillusion. Dans les recueils Far Arden
et Wilderness Morrison évoque un monde originel non plus l’Eden mais l’Arden.
Mes amis et moi venons du Lointain Arden avec des danses, et une musique nouvelle Partout des disciples se joignent à notre procession.
1 The Rebel as poet : Arthur Rimbaud and
Jim Morrison,Wallace Fowlie, Dukee University Press, 1994.
ARTHUR RIMBAUD DANS LE DECADENT
Depuis 1884 et la première série des Poètes maudits de Paul Verlaine, Arthur Rimbaud est révélé au monde littéraire notamment par les poèmes "Voyelles, Oraison du soir, Les Assis, Les Effarés, Les Chercheuses de poux, Le Bateau ivre". Mais il n'existe pas encore de volume de ses oeuvres.
Profitant de la naïveté mais aussi de l'ignorance du directeur du Décadent, Laurent Tailhade entend répondre à la curiosité du public sur le poète de Charleville. Avec la complicité d'Ernest Raynaud et de Maurice Du Plessys il crée d'abord des faux Rimbaud censés représenter "le style décadent le plus pur".
Pour Tailhade l'ambition est aussi de se moquer des théories de Baju avec lesquelles il n'est pas toujours en accord. La supercherie est longtemps manigancée avant de faire jour au n°34 du 29 novembre 1886 avec "Sonnet" - poème célébrant avec moultes références érotiques la jeunesse et la vigueur mâle. Il s'en suit 5 autres poèmes dont le sens voilé s'attache aux manifestations plus ou moins grotesque du corps : "Instrumentation, Les Cornues, Le Limaçon, Doctrine, Oméga blasphématoire".
"Sonnet"
Il splendit sous le bleu d'athlétiques natures
Dont le roc a fourni les éléments altiers :
Les fontes et l'airain de leurs musculatures
Excèdent les parois des divins compotiers.
Ernest Raynaud
Leurs biceps ont des fûts robustes de mâtures ;
Leur timbre tient son or des celestes luthiers,
Et nourris du fort miel des doctes confitures,
La santé sous leur peau, couve ses églantiers.
Car de glaces, ô Femme impure ! à tes malices
Leur cœur d'aube fleurit comme un doux cyclamen,
Et sacrant leur seize ans aux candeurs de calices,
Le hautain contempteur des sordides hymens,
Anteros aux yeux d'or cuivre de ses délices
Le concombre inclément de leur vierge abdomen
"Instrumentation" : où l'on énumère les analogies entre le corps et les instruments dans un esprit volontiers gaillard. L'homme instrument n'épargne pas à son lecteur les images les plus grossières (sexe-flûte, bourses faisant sonner des piastres, ventre-lyre qu'agitent des vents)
Tes doigts sont merveilleux ! leur moindre mouvement
Fait sourdre sur ma peau comme des sources.
Toute part de mon être imite un instrument :
Fifre ou musette un peu charmeuse des Ourses.
Les boules d'or de mes bras bruns ont l'agrément
Des piastres sonnant clair dans les mailles des bourses
Et même je détiens, quelque part, les ressources
De la flute où s'abouche un rêve goulument.
Le clavier de mes dents sait l'air qu'on se recorde
Et mon Ventre en façon de lyre tétracorde
S'enfle et s'abaisse avec des bruits délicieux.
Parfois même éructant le gravier roux des lombes
quand l'aube rose étend son linge pâle aux cieux
Je claironne, effarant l'essaim des fières colombes.
Laurent Tailhade
"Les Cornues" paraissent dans le numéro du 1er au 15 février 1888. Ce texte pousse un peu plus loin la mystification en présentant volontairement des passages incomplets remplacés par des points. "Doctrine" et "Le Limaçon" paraîtront en mai et juillet 1888. Puis, en septembre de la même année, après de nombreux courriers sans doute assez virulents, Laurent Tailhade et ses complices dévoilent la supercherie en faisant paraître une sorte de préface à un nouveau sonnet intitulé "Oméga blasphématoire". Cette préface raconte l'histoire du manuscrit qui aurait voyagé des Pays-Bas jusqu'en Espagne. Les incohérences sont telles qu'il n'est plus question de croire en l'existence de ces faux documents. Cependant la signature reste encore celle du "paradisiaque Rimbaud" dixit Tailhade.
Il faudra l'intervention du prince des poètes, Paul Verlaine, pour faire cesser définitivement l'usurpation d'identité. Pour les amuseurs du Décadent, il est donc temps de changer de peau, de créer ce qui serait le "type même" du Décadent de Baju.... Ce sera Mitrophane Crapoussin, nouveau masque de la comédie littéraire, nouveau type grotesque issu de l'imagination de Georges Fourest, célèbre auteur de La Négresse blonde. 
Pour conclure
Les faux Rimbaud étaient monnaie courante à cette période car sévissait alors la fameuse "bohème des contrebandiers". Habile en contrefaçon, la bohème des années 1880-90 aime brouiller les pistes et jouer avec le public qu'elle entend bien manipuler. Verlaine aura ainsi fort à faire pour préserver l'œuvre du jeune maître. Ainsi l'affaire du sonnet "Poison perdu" et du recueil "Reliquaire"mirent à l'épreuve quelques experts...
Verlaine confiait ainsi ses doutes dans une lettre du 17 novembre 1883 :
"J'y pense. Peut-être bien, comme vous le croyez, serait-ce une mystification. Alors, mes raisons à l'appui de tout à l'heure, seraient bien rigolottes. Après tout je m'en bats l'œil et le bon...."
Bibliographie :
Le Décadent, 1886-1888
Anthologie du pastiche, Léon Deffoux et Pierre Dufay, tome second, G.Grès, Paris, 1926.













