02 novembre 2008
Le bohème du Chat Noir
Le journal du Chat noir voue un culte à une icône particulière : l'artiste bohème.
Qu'est-ce qu'un artiste bohème ? Un lutteur infatigable, un débauché, un excentrique qui se donne en spectacle ou encore un être schizoïde aspirant à la bourgeoisie tout en en refusant les principes ?
Le poète périgourdin, Emile Goudeau en fera pourtant un portrait assez juste.
Tout d'abord, l'artiste du Chat Noir n'est pas à confondre avec les étudiants du Quartier latin venus partager en foule les hérésies littéraires et artistiques des Hydropathes quelques années plus tôt. Le portrait qu'en donne Emile Goudeau est par ailleurs peu flatteur : "ils sont militairement peignés, ils lissent leurs favoris et pincent leurs lèvres" et "tout ce qui dépasse, soit bout de cravate, soit bout d'opinion, les agace".
Les vrais artistes eux sont des "mange-creux" jugés par la société comme des êtres malhonnêtes, des "mauvais payeurs" à juste titre. A'Kempis, pseudonyme d'Emile Goudeau, est justement le portrait fidèle d'une génération d'artiste sans le sou :
Il était poète et poète accablé d'idées, donc accablé d'ouvrage. Du matin au soir il cultivait l'analyse, bêchait la synthèse et versait rigoureusement les rimes bien et dument labourées. Or, ce métier de travailleur acharné diurne et nocturne, ô labeur de toutes les minutes ! ce dur métier d'ouvrier accablé d'ouvrage ne rapportait rien [...]
Harcelé par son patron l'Idéal, bousculé par son contremaitre M. Rêve, toujours labourant le papier rude du soc de la plume boueuse, toujours ficelant des paquets de rimes et les timbrant du sceau de la Fantaisie, puis les portant au bureau - consigne de la Postérité (gare restante), toujours et toujours occupée - lui, A'Kempis, poète qui ne gagnait rien à ce curieux métier, regardait envieusement les gens sans ouvrage.
source : Emile Goudeau, Le Chat noir, n°107, 1883.
cité par Didier Bénédicte, Le Chat noir en 1883 et 1884, mémoire de maitrise, Université d'Orléans, 1997
10 octobre 2008
Thèse
Bénédicte Didier, auteur d'une thèse soutenue en mars 2005 sur la presse bohème de la fin du XIXe siècle.
Titre : "Le grand Mardi-gras de l'esprit" Etude de cinq petites revues bohèmes fin de siècle (1878-1889)
Le Panurge, Le Chat noir, La Vogue, Le Décadent, La Plume (3 tomes)
jury : Mme Julie Bertrand-Sabiani (directrice de thèse), M. Géraldi Leroy, M. Pierre-Jean Dufief, M. Régis Miannay)
Orléans, école doctorale des sciences de l'homme et de la société.
A la fin du XIXe siècle, une vie artistique s'était créée en marge d'une culture officielle. Ce journalisme marginal révéla aussi bien le statut de l'artiste bohème qu'un état d'esprit fumiste. La première partie décrit précisément les petites revues, leurs rubriques, leur historique et leurs collaborateurs. Une approche thématique vient compléter cette étude à l'occasion d'une deuxième et troisième partie dont l'objectif est de commenter la notion d'esprit bohème. Cette presse anticonformiste qui se distingue aussi bien apr le goût de la provocation que par son désir d'intégration dans la société des arts et des lettres, vient confirmer la thèse de Jerrold Seigel sur la vie littéraire. S'appuyant sur les notions de stratégie, de prise de conscience du champ littéraire, cette thèse analyse dans une quatrième partie, les rouages d'une presse d'avant-garde dont l'ambition est de parvenir à la reconnaissance. Enfin, la cinquième partie présente les chefs de file d'une confrérie oubliée : "la bohème des contrebandiers".
A glorious carnival of minds
Five minor fringe periodicals at the turn of the century (1878-1889) : Panurge, Le Chat noir, La Vogue, Le Décadent, La Plume
The five "minor periodicals" presented here are characteristic of the artistic life that had developed on the fringes of the formal French culture by the end of the 19th century. That unconventionnal journalism (1878-1889) acknowledged the condition onf the bohemian artist as well as his cavalier attitude. The first part of this doctoral thesis describes these periodicals, their contents, their history and their contributors. In the second and thirst parts, the notion of "bohemian spirit" is discussed in a multi-topical approach. Such anti-conformist magazines, combining a wish to shock and a craving for acceptance by the artists and literati of the time, confirm Jerrold Seigel's theorie concerning litterary life. Using the notions of strategy and of awareness of the literary sphere, the fourth part analyses the machinery of an avant-garde press yearning for legitimacy. Finally the fifth part presents the leaders of a forgotten brotherhood : "the bohemian smugglers".






