Bohème littéraire

Ce blog se consacre à la littérature de la fin du XIXe siècle.

12 mars 2009

Un poème de Léo d'Orfer

Léo D'Orfer collabora à plusieurs revues symbolistes de la fin du XIXe siècle comme La Vogue, Le Capitan, La Revue de Paris. Nous le retrouvons également dans Le Scapin (n°2, 10 janvier 1886) avec un poème exotique et sensuel intitulé "Amours noires"  et écrit en Tunisie à Gafsa en janvier  1882.

     Ce poète cosmopolite s'était vivement intéressé à la Serbie et collabora pendant la 1ere Guerre Mondiale aux périodiques La Patrie serbe et La Revue yougoslave. Il laissa un recueil de poèmes intitulé Chants de guerre de la Serbie (étude, traduction et commentaires, 1916). [source de l'information : Patrimoine littéraire européen: anthologie en langue française, Par Jean-Claude Polet, Jacques-Philippe Saint-Gérand, Collaborateur Jacques-Philippe Saint-Gérand, Publié par De Boeck Université, 19g99, p. 945]

       Dans le poème qui suit, Léo

D'Orfer

présente une scène d'alcôve et loue les mérites d'une maîtresse orientale.  Très "fin de siècle"  dans sa composition et dans son style, ce poème trouve sa place parmi les pièces les plus réussies du journal Le Scapin.


"Amours noires"

Je me suis prosterné devant ta beauté noire ;
Entre tes lèvres j'ai baisé le souris blanc
De tes trente-deux dents éclatantes d'ivoire ;
J'ai respiré ton corps, fleur au parfum tremblant,

J'ai crispé mes deux bras à tes cuisses d'ébène
Et ma bouche a couru, folle, autour de tes reins,
Ô ma négresse, ô mon Almée, ô ma sirène,
Et j'ai bu longuement aux coupes de tes seins.

Te souviens-tu ? Ton pied mignon, noir et farouche
Sur mon ventre formait comme un grain de beauté :
Tu riais en me montrant le pourpre de ta bouche
Et tirais la langue, ô démon Volupté !

Puis tu me regardais avec tes yeux terribles
Et très doux, aux désirs joyeux, sombres ou fous ;
Alors ton âme, avec deux serres invisibles
Semblaient saisir mon cœur et le mettre à genoux.

Et tes deux bras s'ouvraient, grands ainsi que deux ailes,
Pour m'enfermer dans leurs enlacements de fer ;
Tu me lançais le feu sombre de tes prunelles
Qui pénétrait, ardent, jusqu'au fond de ma chair.

Oh ! alors, affolé d'amour, brutal et fauve,
Je me jetais en furieux sur ton corps nu ;
Sous nos enlacements craquait tout l'alcôve
Et tu râlais avec un sourire éperdu.

Oh ! pas une parmi les filles de nos mères
Ecloses au jour terne et gris de nos climats,
Pas une de nos sœurs aux appâts éphémères
Ne vaut un de tes crins, Faunesse qui m'aimas.

Nulle n'a ton sourire aux douceurs chatouilleuses
Le bronze de ta chair lumineux et profond,
Car tu sembles, dans tes beautés mystérieuses,
Une nuit pleine, avec deux étoiles au fond !

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01 février 2009

Le Scapin, littéraire, artistique et théâtral

Le Scapin est une revue parue en 1885 et 1886. D'abord elle paraissait tous les quinze jours, puis tous les dimanches. Son directeur était Emile-Georges Raymond et son rédacteur en chef était Saint-Gerac. Le numéro se vendait au prix de 15 centimes.
Le premier numéro date du 1er décembre 1885. On peut y lire un éditorial de Saint-Gérac intitulé "En scène".



EN SCÈNE


Nous n'avons ni haine, ni parti pris en entrant en scène, nous n'avons ni colères à assouvir, ni admirations voulues à octroyer, libres nous sommes, libres nous resterons dans nos appréciations et nos critiques, mettant notre orgueil dans la sincérité.
Nous n'avons pas de programmes à écrire, d'abord parce que les programmes sont faits pour être violés comme les institutions et les femmes ; ensuite, parce que notre programme à tous , c'est l'anarchie littéraire.
Arrière donc les rengaines traditionnelles et plates ! Arrière les tartines indigestes ! Arrière les déclarations officielles et flasques ! Point n'est besoin de nous tracer une conduite ; encore une fois, nous la violerions !

Ce que nous voulons, c'est dodeliner, si bon nous semble, c'est barytonner, s'il nous plaît ; c'est avoir notre franc-parler et notre franc rire ; c'est rosser dans notre sac les gérontes de la littérature, ces raseurs sinistres qui nous envahissent ; c'est crier : Gare à ces fabricants de rengaines lymphatiques, gare aux pompiers, gare aux Ohnet !

Notre programme, c'est la réaction contre la prudhommie graisseuse, c'est la guerre à l'engourdissement stérile de tous ces pîtres qui bedonnent ; nous avons assez de ces "penseurs" sans idées, de ces scribes à l'aune, assez de ces chairs molles et sans consistance ; ce que nous voulons c'est de la moelle et du muscle, et des nerfs, s'il se peut !

Si nous recevons des coups, nous les rendrons, soyez sûrs. Notre devise est dent pour dent, oeil pour oeil.

Place donc à ceux qui vibrent, place à l'hystérie, place à la névrose !



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Le Scapin joue à merveille, dès son entrée en scène, le rôle attribué depuis L'Hydropathe à la "petite revue". En affichant ainsi son goût de la combattivité, le directeur du Scapin entre dans la mêlée avec la force et la vigueur de la jeunesse. Le lexique du spectacle est de mise car il s'agit véritablement de jeu théâtral. Les anarchistes du Scapin tentent d'attirer à eux les auteurs de la "jeune école" dont certains ont déjà rejoints leur équipe de rédaction ( comme Edouard Dubus, Léo D'Orfer et Louis Dumur ).

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