09 septembre 2009

SOMMAIRE DU DECADENT


LE DECADENT d'Anatole BAJU,

2e Livraison 1887-1889


ANNEE 1887 : n°1

N°1

A Baju, Chronique

Verlaine, Ballade pour les décadents

Ernest Raynaud, Critique littéraire

Tailhade, Sonnet liturgique

Ernest Raynaud, Damnation

Jean Lorrain, L’Etang mort

Louis Villatte, Un décadent à l’académie

Revue parisienne

Echos

pub Le Chat Noir, expo historique de Montmartre

ANNEE 1888 : n°2-25

N°2

Paul Verlaine, Lettre au décadent

Rimbaud, Instrumentation (faux)

Baju, Parasites du décadisme

Jean Lorrain, Retour de Lesbos

Ernest Raynaud, Chronique littéraire

Louis Villatte, La Politique et les arts

S. Versini, Berceuse

Louis Villatte, Nos critiques

Pombino, Revue parisienne

Raoul Vague, Revue générale

Echos

N°3

Anatole Baju, La Déclaration de Verlaine

Paul Verlaine, Ballade

Maurice du Plessys, L’œuvre de Jean Lorrain

Ernest Raynaud, Chronique littéraire

George Bonneron, Fraternité

Charles Darantière, Hyménée

Louis Villatte, Le monde et les hommes de lettres

Raoul Vague, Revue générale

N°4

Avis

A Baju, Le Décadent

A Rimbaud, Les Cornues (faux)

Maurice du Plessys, L’œuvre poétique de Jean Lorrain

Laurent Tailhade, Introit

Ernest Raynaud, A propos de Pierre Loti

Louis Villatte, M. Gréard à L’Académie

Charles Darantière, Suicide rose

Pombino, Revue générale et échos

N°5

A Baju, Les Décadents et la vie

Verlaine, A Du Plessys

Ernest Raynaud, M. Lemaître et les décadents

Versini, Le Supplice de Pilate

Antoni Lange, Rends aux Césars

Ernest Raynaud, Chronique littéraire

Louis Villatte, Chose d’Académie

Pombino, RG et Echos

N°6

Louis Dumur, Pensée du Chêne sonnet

Pombino, Revue générale et échos

Pombino, Théâtres

Paul Verlaine, Un mot sur la rime

Laurent Tailhade, Sonnet

A Baju, L’Influence russe sur la littérature française

Ernest Raynaud, M. Lemaître et les poètes décadents

Louis Vilatte, Léon Vanier

Raoul Vague, Chronique littéraire

N°7

Paul Verlaine, Un mot sur la rime

Rimbaud, Les Corbeaux (faux)

A Baju, M. Paul Bourget

Laurent Tailhade, Chronique artistique

Ernest Raynaud, Du Symbolisme

Louis Vilatte, Chronique littéraire

Raoul Vague, Les Livres

Pombino, Revue générale et échos

N°8

Baju, Amour de Paul Verlaine

Tailhade, Le Blason de Flore

Ernest Raynaud, L’œuvre nouvelle de Sully-Prudhomme

Louis Villatte, M. Ohnet et la critique

Versini, Abstine, sonnet

Anatole Baju, M. Zola et l’Idéal

Revue générale et Echos

N°9

Jules Tellier, Nos Poètes : Paul Verlaine

Valère Gille, Réveil

Anatole Baju, Les Décadents et la pose

Ernest Raynaud, L’œuvre nouvelle de Sully

Léo d’Arkaï, Causerie Littéraire

Louis Villatte, Chronique littéraire

Raoul Vague, Les Livres

Revue Générale et Echos

Laurent Tailhade, Correspondances

Charles Darantière, Marin de chasse

N°10

Paul Verlaine, Histoire insolite de Villiers de L’Isle-Adam

Laurent Tailhade, Vitrail

G. Albert-Aurier, Le Roman vériste

Paul Verlaine, A Ernest Raynaud, sonnet

Auguste Fourès, Châtelaine

Ernest Raynaud, Crepuscule, sonnet

Anatole Baju, Boulanger hué par la jeunesse

Raoul Vague, Les Livres

Revue Générale  et Echos

N°11

Ernest Raynaud, Causerie morale

Louis-Pilate de Brinn’gaubast, Le Fils Adoptif et le roman vériste

Arthur Rimbaud, Le Limaçon (faux)

Marc D’Escaurailles, Le Salon de 1888

Baju, M. Boulanger est l’ennemi

Revue Générale et Echos

N°12

Anatole Baju, La Vraie littérature

Ernest Raynaud, Causerie Morale

Louis Dumur, Finesses, sonnet

Léo d’Arkaï, Chronique littéraire

Jules Renard, Tristesse

Marc d’Escaurailles, Le Salon de 1888

Raoul Vague, Les Livres

Revue Générale et Echos

N°13

Anatole Baju, Le Monde et les décadents

Ernest Raynaud, Paysage

Louis Pilate de Brinn’gaubast, En secondes noces

Versini, Sonnet

Léo d’Arkaï, Fantaisie littéraire

Martial Besson, Poétique nouvelle, sonnet (extrait des Poèmes sincères)

Augustin Chaboseau, Les lilas

Revue Générale et Echos

N°14

Anatole Baju, Paul Verlaine

Arthur Rimbaud, Doctrine (faux)

Auguste Fourès, Ranahilde

Louis Villatte, Les Planches

Laurent Tailhade, Psaume d’amour

Paul Verlaine, Sonnet

Léo d’Arkaï, Causerie littéraire

Louis Villatte, Chronique Littéraire

Revue Générale et Echos

N°15

Ernest Raynaud, Un point de critique

Valère Gille, Désespérance

L-P de Brinn’gaubast, L’Immortel par Alphonse Daudet

Emile Cottinet, Nirvana, sonnet

Léo d’Arkaï, Chronique littéraire

Anatole Baju, La Statue de Balzac

Louis Villatte, La Vie Littéraire

Revue Générale et Echos

N°16

Anatole Baju, M. Emile Zola décoré

Laurent Tailhade, Quatorzains d’été

Louis Villatte, Le P’tit

Ernest Raynaud, Rupture, sonnet

Léo d’Arkaï, Fantaisie littéraire

André de Bréville, A Stéphane Mallarmé, Sonnet

Felix Moore, Maupassant Symboliste

Raoul Vague, La Vie littéraire

Revue Générale et Echos

N°17

Anatole Baju, L’Académie française

Laurent Tailhade Quatorzains d’été

Louis Villatte, Le Pamphlet contemporain

Eranest Raynaud, Gardien de la paix

Laurent Tailhade, Impressions du Mid-Summer, poème en prose

N°18

Laurent Tailhade, Notes sur Charles Cros

Boyer d’Agen, Ballade pour les cigales

Louis Villatte, Banalité

Louis Pilate de Brinn’gaubast, Sonnets insolents

Anatole Baju, L’Amour libre

Louis Dumur, Le Fleuve gelé

Revue Générale  et Echos

N°19

Anatole Baju, Francisque Sarcey

Laurent Tailhade, Orante

Louis Pilate de Brinn’gaubast, Argument

Rimbaud, Oméga blasphématoire (faux)

Louis Villatte, L’Art Social

Auguste Fourès, Moeror, sonnet

Louis Villatte, La Statue de Brizeux

Anatole Baju, Monsieur le rédacteur ! de Boyer d’Agen

Mme G. d’Estoc, réponse à l’article sur Charles Cros

Revue Générale et Echos

N°20

Anatole Baju, Caractéristiques des décadents

Laurent Tailhade, Quatorzains d’été

Ernest Raynaud, A propos de poètes maudits

Revue Générale et Echos

N°21

Anatole Baju, Encore Victor Hugo

Laurent Tailhade, Quatorzains d’été

Ernest Raynaud, A propos de poètes maudits

Versini, sonnet

Louis Villatte, La Comédie Italienne

Revue Générale et Echos

Louis Pilate de Brinn’gaubast, Blasphème

Louis Villatte, Une Conférence littéraire

Ernest Raynaud, Réveil

L.V, Bibliothèque nationale

Les Livres

N°22

Anatole Baju, M. Emile Zola

Laurent Tailhade, Quatorzains d’été

Léo d’Arkaï, Joyeux devis

Louis de Saint Jacques, A Stéphane Mallarmé, sonnet

Revue Générale  et Echos

 N°23

Anatole Baju, Décadents et symbolistes

Versini, Aune

L.J. Pillard, Chronique à la D’Arkaï

Louis Villatte, Au théâtre libre

Général Boulanger, Mémoration

Ernest Raynaud, Critique littéraire : Sodome par M. Henry d’Argis

Louis Villatte, Les Décadents et l’affaire Chambige

Ernest Raynaud, Site

Hotspur, Tantz Perlen

Louis Villatte, La philosophie des Sonnets Insolents de LP de Brinn’gaubast

JL Thomas, Accordances

Revue Générale et Echos

N°24

Anatole Baju, M. Peladan

Laurent Tailhade, Hymne antique

Jules Maus, Chronique des lettres

LP de Brinn’gaubast, Résignation

Louis Villatte, L’Influence des décadents

Ernest Raynaud, Latences abortives

Emile Cottinet, Phosphorescence

Anatole Baju, Critique littéraire

Théodore Falen, L’Oasis, sonnet

Revue Générale et Echos

N°25

Anatole Baju, Revue de l’année

Un sonnet du général Boulanger

Ernest Raynaud, M. Henry Fouquier et le décadisme

Jules Maus, Sonnet

Louis Villatte, M. Barrès

Ernest Raynaud, Langueur

Raoul Vague, Un article sur les décadents

Revue Générale et Echos

ANNEE 1889 : n°26-35

N°26

Baju, Psychologie naturaliste

L.Tailhade, Noël triste, poème en prose

Ernest Raynaud, Les Frères Goncourt

Courrier des théâtres

Louis Villatte, Le Naturalisme hué au Sénat

Jules Maus, Critique littéraire

Nouvelles de Rimbaud

Revue Générale et Echos

 N°27

Anatole Baju, Le Général Boulanger et la littérature

Laurent Tailhade, Quatorzains d’été

Raynaud, Kles Frères de Goncourt

Norbert Lorédan, Sonnet de Potache

Louis Villatte, M. Pillard d’Arkaï

Revue Générale et Echos

N°28

Anatole Baju, Les Ennemis de la littérature

Laurent Tailhade, Aquarelle japonaise

Raynaud, Critique antilittéraire : Le Missel de Raoul Pascalis

Raynaud, Servage

Pillard d’Arkaï, La Tour Eiffel

Raoul Vague, Avis

Revue Générale  et Echos

N°29

Jules Maus, A Bas les bavards

Georges Fourest, Le Doigt de Dieu

Raynaud, Un point de doctrine

Laurent Tailhade, Sonnet

Les Livres

Mitrophane Crapoussin, Antienne et Oiseaux

Norbert Lorédan, Encens

N°30

Francisque Sarcey, Une conversion

Baju, L’Esthétique des décadents

Mitrophane Crapoussin, Au Café, renoncement, Quatorzain pour aller à Bicêtre

Louis Villatte, Un monument à Rimbaud

Pillard d’Arkaï, Fouquier, Nestor et Compagnie

Norbert Lorédan, Comédie de Salon

Albert Lantoine, Bibliographie

N°31

Anatole Baju, Orientation

Jules Renard, Morvandelle

Ernest Raynaud, Les Ecrivains de filles

Mitrophane Crapoussin, Distiques Mous, Récurrence

Louis Villatte, Alfred de Musste

Note canular

Maurice du Plessy, Bibliographie

La direction, A La jeunesse socialiste

Revue Générale  et Echos

N°32

Anatole Baju, La Vraie morale

Louis II de Bavière, Vœu, poésie

Maurice du Plessys, L’Alphonsisme contemporain

Louis Pilate de Brinn’gaubast, Lutte avec l’ange

Louis Villatte, Chronique littéraire

G. Albert Aurier, Le sonnet de la jeune fille aux péchés mentis

LA FRANCE LITTERAIRE

                                 Philosophie-critique-sociologie

N°33

Vicomte Jean Vassili, Madame Athénienne

Boyer d’Agen, Le Violon

Georges Fourest, Amertumes Undécimales

Anatole Baju, Une équivoque à dissiper

Paul Bernard, Resurgam

Note

Louis Villatte, Chronique littéraire

Saint Simon, Les Bourgeois, sonnet

Louis Villatte, M. Jules Lemaître

Jules Renard, Astrale, sonnet

Revue Générale et Echos

N°34

Anatole Baju, Le Four de M. Paul Bourget

Norbert Lorédan, En vieux styles

Saint-Simon, Jules ?…voyez en terrasse !

Anatole Baju, M. Barbey d’Aurevilly

Note

Boyer d’Agen, La Harpe

Note

Maurice du Plessys, La Liberté de la presse

Eugène Brodin, Obsèques de Barbey

Revue Générale et Echos

N°35

Saint-Simon, Henri Rochefort

XXX, La Caissière (sonnet)

Louis Villatte, Le centenaire de la Révolution

Norbert Lorédan, A Madame A… S……

Anatole Baju, A ceux de notre génération

Edward Sansot, Nocturne

Eugène Brodin, La littérature d’aujourd’hui

Maurice du Plessys, Le Suicide par amour

Pombino, Revue générale – Echos

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20 octobre 2008

ARTHUR RIMBAUD DANS LE DECADENT

L'AFFAIRE "RIMBAUD"rimbaud2




                        Depuis 1884 et la première série des Poètes maudits de Paul Verlaine, Arthur Rimbaud est révélé au monde littéraire notamment par les poèmes "Voyelles, Oraison du soir, Les Assis, Les Effarés, Les Chercheuses de poux, Le Bateau ivre". Mais il n'existe pas encore de volume de ses oeuvres.
                           Profitant de la naïveté mais aussi de l'ignorance du directeur du Décadent, Laurent Tailhade entend répondre à la curiosité du public sur le poète de Charleville. Avec la complicité d'Ernest Raynaud et de Maurice Du Plessys il crée d'abord des faux Rimbaud censés représenter  "le style décadent le plus pur". 180px_Ernest_Raynaud_by_CazalsPour Tailhade l'ambition est aussi de se moquer des théories de Baju avec lesquelles il n'est pas toujours en accord. La supercherie est longtemps manigancée avant de faire jour au n°34 du 29 novembre 1886 avec "Sonnet" - poème célébrant avec moultes références érotiques la jeunesse et  la vigueur mâle. Il s'en suit 5 autres poèmes dont le sens voilé s'attache aux manifestations plus ou moins grotesque du corps : "Instrumentation, Les Cornues, Le Limaçon, Doctrine, Oméga blasphématoire".

                          "Sonnet"
Il splendit sous le bleu d'athlétiques natures
Dont le roc a fourni les éléments altiers :
Les fontes et l'airain de leurs musculatures
Excèdent les parois des divins compotiers.

Ernest Raynaud

                                   Leurs biceps ont des fûts robustes de mâtures ;
                                   Leur timbre tient son or des celestes luthiers,
                                   Et nourris du fort miel des doctes confitures,
                                   La santé sous leur peau, couve ses églantiers.

Car de glaces, ô Femme impure ! à tes malices
Leur cœur d'aube fleurit comme un doux cyclamen,
Et sacrant leur seize ans aux candeurs de calices,

Le hautain contempteur des sordides hymens,
Anteros aux yeux d'or cuivre de ses délices
Le concombre inclément de leur vierge abdomen


"Instrumentation" : où l'on énumère les analogies entre le corps et les instruments dans un esprit volontiers gaillard. L'homme instrument n'épargne pas à son lecteur les images les plus grossières (sexe-flûte, bourses faisant sonner des piastres, ventre-lyre qu'agitent des vents)

Tes doigts sont merveilleux ! leur moindre mouvement
Fait sourdre sur ma peau comme des sources.
Toute part de mon être imite un instrument :
Fifre ou musette un peu charmeuse des Ourses.

Les boules d'or de mes bras bruns ont l'agrément
Des piastres sonnant clair dans les mailles des bourses
Et même je détiens, quelque part, les ressources
De la flute où s'abouche un rêve goulument.

tailhade01
Le clavier de mes dents sait l'air qu'on se recorde
Et mon Ventre en façon de lyre tétracorde
S'enfle et s'abaisse avec des bruits délicieux.

Parfois même éructant le gravier roux des lombes
quand l'aube rose étend son linge pâle aux cieux
Je claironne,  effarant l'essaim des fières colombes.



Laurent Tailhade



"Les Cornues" paraissent dans le numéro du 1er au 15 février 1888. Ce texte pousse un peu plus loin la mystification en présentant volontairement des passages incomplets remplacés par des points. "Doctrine" et "Le Limaçon" paraîtront en mai et  juillet 1888. Puis, en septembre de la même année, après de nombreux courriers sans doute assez virulents, Laurent Tailhade et ses complices dévoilent la supercherie en faisant paraître une sorte de préface à un nouveau sonnet intitulé "Oméga blasphématoire". Cette préface raconte l'histoire du manuscrit qui aurait voyagé des Pays-Bas jusqu'en Espagne. Les incohérences sont telles qu'il n'est plus question de croire en l'existence de ces faux documents. Cependant la signature reste encore celle du "paradisiaque Rimbaud" dixit Tailhade.
     Il faudra l'intervention du prince des poètes, Paul Verlaine, pour faire cesser définitivement l'usurpation d'identité. Pour les amuseurs du Décadent, il est donc temps de changer de peau, de créer ce qui serait le "type même" du Décadent de Baju.... Ce sera Mitrophane Crapoussin, nouveau masque de la comédie littéraire, nouveau type grotesque issu de l'imagination de Georges Fourest, célèbre auteur de La Négresse blonde. verlaine_caf_

    
       Pour conclure

Les faux Rimbaud étaient monnaie courante à cette période car sévissait alors la fameuse "bohème des contrebandiers". Habile en contrefaçon, la bohème des années 1880-90 aime brouiller les pistes et jouer avec le public qu'elle entend bien manipuler. Verlaine aura ainsi fort à faire pour préserver l'œuvre du jeune maître. Ainsi l'affaire du sonnet "Poison perdu" et du recueil "Reliquaire"mirent à l'épreuve quelques experts...
Verlaine confiait ainsi ses doutes dans une lettre du 17 novembre 1883 :

"J'y pense. Peut-être bien, comme vous le croyez, serait-ce une mystification. Alors, mes raisons à l'appui de tout à l'heure, seraient bien rigolottes. Après tout je m'en bats l'œil et le bon...."


Bibliographie :
Le Décadent, 1886-1888
Anthologie du pastiche, Léon Deffoux et Pierre Dufay, tome second, G.Grès, Paris, 1926.



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12 octobre 2008

Le Décadent d'Anatole Baju

          Le Décadent est dans le panorama des petites revues florissantes de la fin du XIXe siècle une entreprise vraiment originale car elle est incontestablement liée, bien plus que d'autres, à la personnalité de son directeur : Anatole Baju. Elle en est pour ainsi dire le prolongement. Ainsi en 1886, lorsque Le Décadent surgit sur la scène littéraire, comme regaillardie par la force d'un mot (décadent !),  un déluge d'insultes, de ricanements et d'applaudissements mêlés se fit entendre. Décadent !  c'est le mot d'Anatole Baju. Qu'il l'ait emprunté à Verlaine, finalement, peu importe. C'est Baju qui va l'incarner dans une forme de jusqu'auboutisme si particulière à cette fin de siècle. Dans les premières années de la revue (1886-1887) un groupe de jeunes hommes, amis et ennemis de la cause bajuesque, veulent bien faire vivre cette petite revue et profiter de ce nouveau crachoir pour y jeter quelques uns de leurs vers.
            Mais Baju est définitivement seul dans son combat. En effet,  sous couvert de 3 pseudonymes (fait assez exceptionnel pour 1 seule personnalité) Raoul Vague, Louis Vilatte et Pombino, Baju se lance avec virulence dans l'arène pour l'acceptation de ses théories décadentes. Dans son dos, on s'indigne, on se moque et parfois on applaudit face à l'absolue détermination de l'homme. Un tour de force dans un milieu aussi délétère car malgré les intrigues nées pour démolir le journal et la réputation de son directeur, Baju résiste, Baju s'exprime, Baju fait parler de lui.
                     Parti de rien, cet ancien ouvrier piqueur de meules,  embrasse une cause passionnée et somme toute assez confuse avant l'année 1889. En effet qu'est ce qu'un décadent ? quels sont les principes littéraires de l'école décadente ? A la lecture des nombreux manifestes de Baju, on sait qu'il s'agit avant tout de se révolter. Il est question de destruction,  de lutte. Baju agresse et se défend. L'esthétique décadente ne pose pas de règles claires, l'individu partout tente de s'imposer. Ce n'est donc plus l'unité esthétique qui est recherchée mais la diversité. On ne s'unit pas, on se divise en de multiples particules toutes indépendantes. Dans ce contexte, on comprend que le terme d'école est assez inadapté. Les poètes qui écrivirent dans Le Décadent en ont conscience:  ils ne cherchent, quant à eux, qu'à profiter du tapage et à entretenir un "jeu" avec leur propre image, avec celle du "décadent" (qui a sans nulle doute une résonance réelle sur l'état d'esprit d'une époque). Notre instituteur Baju veut faire école - quoi de plus cohérent avec sa personnalité profonde ? Mais il cherche encore la leçon qu'il donnera à ses collaborateurs... En 1886 et 1887 il tatônne, il pose avec maladresse des concepts, il s'avance sur les propos du maître Verlaine qu'il entend manipuler avec une grande maladresse.
                    Puis, en 1888 et surtout 1889, l'idée se précise. Cette rage qui emplit les colonnes du Décadent trouve une cible. Cette cible n'est pas le fait du hasard, elle a toujours existé dans l'esprit de Baju mais elle ne trouvait pas encore la forme et le moyen d'exister. Baju est toujours aussi seul dans son combat - soutenu toutefois par quelque esprit de camaraderie et par son jeune frère qui lui resta fidèle semble-t-il. Cette cible c'est le boulangisme, son orientation politique c'est le socialisme de Jules Guesde. Voilà la véritable aspiration de Baju. Les lettres ne seront dès lors qu'un moyen pour véhiculer un message. La reflexion sur la poésie et le langage s'arrête là. Les anciens confrères de la première livraison du Décadent le quitte. Le mot était l'esprit même de la revue, s'il n'y a plus de décadent, il n'y a donc plus de coopération possible.
                        Baju persiste mais comprend que le terme décadent qui avait fait sa "fortune" (en le faisant accéder à un public de lettrés) n'a plus lieu d'être. Il lance un nouveau titre - prédisposé à l'échec - La France littéraire. En cette période d'étiquettes où la revue se "particularise", un titre aussi général n'appelle pas les foules. Mais Baju a trouvé sa voie et il ne renonce pas. Pendant un temps il abandonne la cause littéraire pour se consacrer à sa véritable vocation. La revue disparaît définitivement. Baju croit en l'action, il se lance dans une carrière politique mais a perdu entre temps toute forme de reconnaissance. Ses discours sont hués, il commet encore quelques maladresses verbales. Il n'est pas bon orateur d'après les quelques chroniques qui lui sont consacrées dans la presse régionale.
                    Alors, Baju en revient au mot "décadent" et tente de faire revenir le tapage autour de ce mot par la publication d'une brochure. Ce retour sur  la scène publique est un nouvel échec car les modes vont vite et celle du décadent semble révolue.
                              Désormais oublié, Baju publie un essai qui ne fera pas date ni dans l'histoire littéraire, ni dans l'histoire politique. Ce sont Les Principes du socialisme, préfacés par Jules Guesde...

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