SOMMAIRE DU DECADENT
LE DECADENT d'Anatole BAJU,
2e Livraison 1887-1889
ANNEE
1887 : n°1
N°1
A Baju, Chronique
Verlaine, Ballade pour les décadents
Ernest Raynaud, Critique littéraire
Tailhade, Sonnet liturgique
Ernest Raynaud, Damnation
Jean Lorrain, L’Etang mort
Louis Villatte, Un décadent à l’académie
Revue parisienne
Echos
pub Le Chat Noir, expo historique de Montmartre
ANNEE 1888 : n°2-25
N°2
Paul Verlaine, Lettre au décadent
Rimbaud, Instrumentation (faux)
Baju, Parasites du décadisme
Jean Lorrain, Retour de Lesbos
Ernest Raynaud, Chronique littéraire
Louis Villatte, La Politique et les arts
S. Versini, Berceuse
Louis Villatte, Nos critiques
Pombino, Revue parisienne
Raoul Vague, Revue générale
Echos
N°3
Anatole Baju, La Déclaration de Verlaine
Paul Verlaine, Ballade
Maurice du Plessys, L’œuvre de Jean Lorrain
Ernest Raynaud, Chronique littéraire
George Bonneron, Fraternité
Charles Darantière, Hyménée
Louis Villatte, Le monde et les hommes de lettres
Raoul Vague, Revue générale
N°4
Avis
A Baju, Le Décadent
A Rimbaud, Les Cornues (faux)
Maurice du Plessys, L’œuvre poétique de Jean Lorrain
Laurent Tailhade, Introit
Ernest Raynaud, A propos de Pierre Loti
Louis Villatte, M. Gréard à L’Académie
Charles Darantière, Suicide rose
Pombino, Revue générale et échos
N°5
A Baju, Les Décadents et la vie
Verlaine, A Du Plessys
Ernest Raynaud, M. Lemaître et les décadents
Versini, Le Supplice de Pilate
Antoni Lange, Rends aux Césars
Ernest Raynaud, Chronique littéraire
Louis Villatte, Chose d’Académie
Pombino, RG et Echos
N°6
Louis Dumur, Pensée du Chêne sonnet
Pombino, Revue générale et échos
Pombino, Théâtres
Paul Verlaine, Un mot sur la rime
Laurent Tailhade, Sonnet
A Baju, L’Influence russe sur la littérature française
Ernest Raynaud, M. Lemaître et les poètes décadents
Louis Vilatte, Léon Vanier
Raoul Vague, Chronique littéraire
N°7
Paul Verlaine, Un mot sur la rime
Rimbaud, Les Corbeaux (faux)
A Baju, M. Paul Bourget
Laurent Tailhade, Chronique artistique
Ernest Raynaud, Du Symbolisme
Louis Vilatte, Chronique littéraire
Raoul Vague, Les Livres
Pombino, Revue générale et échos
N°8
Baju, Amour de Paul Verlaine
Tailhade, Le Blason de Flore
Ernest Raynaud, L’œuvre nouvelle de Sully-Prudhomme
Louis Villatte, M. Ohnet et la critique
Versini, Abstine, sonnet
Anatole Baju, M. Zola et l’Idéal
Revue générale et Echos
N°9
Jules Tellier, Nos Poètes : Paul Verlaine
Valère Gille, Réveil
Anatole Baju, Les Décadents et la pose
Ernest Raynaud, L’œuvre nouvelle de Sully
Léo d’Arkaï, Causerie Littéraire
Louis Villatte, Chronique littéraire
Raoul Vague, Les Livres
Revue Générale et Echos
Laurent Tailhade, Correspondances
Charles Darantière, Marin de chasse
N°10
Paul Verlaine, Histoire insolite de Villiers de
L’Isle-Adam
Laurent Tailhade, Vitrail
G. Albert-Aurier, Le Roman vériste
Paul Verlaine, A Ernest Raynaud, sonnet
Auguste Fourès, Châtelaine
Ernest Raynaud, Crepuscule, sonnet
Anatole Baju, Boulanger hué par la jeunesse
Raoul Vague, Les Livres
Revue Générale et Echos
N°11
Ernest Raynaud, Causerie morale
Louis-Pilate de Brinn’gaubast, Le Fils Adoptif
et le roman vériste
Arthur Rimbaud, Le Limaçon (faux)
Marc D’Escaurailles, Le Salon de 1888
Baju, M. Boulanger est l’ennemi
Revue Générale et Echos
N°12
Anatole Baju, La Vraie littérature
Ernest Raynaud, Causerie Morale
Louis Dumur, Finesses, sonnet
Léo d’Arkaï, Chronique littéraire
Jules Renard, Tristesse
Marc d’Escaurailles, Le Salon de 1888
Raoul Vague, Les Livres
Revue Générale et Echos
N°13
Anatole Baju, Le Monde et les décadents
Ernest Raynaud, Paysage
Louis Pilate de Brinn’gaubast, En secondes noces
Versini, Sonnet
Léo d’Arkaï, Fantaisie littéraire
Martial Besson, Poétique nouvelle, sonnet (extrait
des Poèmes sincères)
Augustin Chaboseau, Les lilas
Revue Générale et Echos
N°14
Anatole Baju, Paul Verlaine
Arthur Rimbaud, Doctrine (faux)
Auguste Fourès, Ranahilde
Louis Villatte, Les Planches
Laurent Tailhade, Psaume d’amour
Paul Verlaine, Sonnet
Léo d’Arkaï, Causerie littéraire
Louis Villatte, Chronique Littéraire
Revue Générale et Echos
N°15
Ernest Raynaud, Un point de critique
Valère Gille, Désespérance
L-P de Brinn’gaubast, L’Immortel par Alphonse
Daudet
Emile Cottinet, Nirvana, sonnet
Léo d’Arkaï, Chronique littéraire
Anatole Baju, La Statue de Balzac
Louis Villatte, La Vie Littéraire
Revue Générale et Echos
N°16
Anatole Baju, M. Emile Zola décoré
Laurent Tailhade, Quatorzains d’été
Louis Villatte, Le P’tit
Ernest Raynaud, Rupture, sonnet
Léo d’Arkaï, Fantaisie littéraire
André de Bréville, A Stéphane Mallarmé, Sonnet
Felix Moore, Maupassant Symboliste
Raoul Vague, La Vie littéraire
Revue Générale et Echos
N°17
Anatole Baju, L’Académie française
Laurent Tailhade Quatorzains d’été
Louis Villatte, Le Pamphlet contemporain
Eranest Raynaud, Gardien de la paix
Laurent Tailhade, Impressions du Mid-Summer, poème
en prose
N°18
Laurent Tailhade, Notes sur Charles Cros
Boyer d’Agen, Ballade pour les cigales
Louis Villatte, Banalité
Louis Pilate de Brinn’gaubast, Sonnets insolents
Anatole Baju, L’Amour libre
Louis Dumur, Le Fleuve gelé
Revue Générale et Echos
N°19
Anatole Baju, Francisque Sarcey
Laurent Tailhade, Orante
Louis Pilate de Brinn’gaubast, Argument
Rimbaud, Oméga blasphématoire (faux)
Louis Villatte, L’Art Social
Auguste Fourès, Moeror, sonnet
Louis Villatte, La Statue de Brizeux
Anatole Baju, Monsieur le rédacteur ! de Boyer
d’Agen
Mme G. d’Estoc, réponse à l’article sur Charles Cros
Revue Générale et Echos
N°20
Anatole Baju, Caractéristiques des décadents
Laurent Tailhade, Quatorzains d’été
Ernest Raynaud, A propos de poètes maudits
Revue Générale et Echos
N°21
Anatole Baju, Encore Victor Hugo
Laurent Tailhade, Quatorzains d’été
Ernest Raynaud, A propos de poètes maudits
Versini, sonnet
Louis Villatte, La Comédie Italienne
Revue Générale et Echos
Louis Pilate de Brinn’gaubast, Blasphème
Louis Villatte, Une Conférence littéraire
Ernest Raynaud, Réveil
L.V, Bibliothèque nationale
Les Livres
N°22
Anatole Baju, M. Emile Zola
Laurent Tailhade, Quatorzains d’été
Léo d’Arkaï, Joyeux devis
Louis de Saint Jacques, A Stéphane Mallarmé, sonnet
Revue Générale et Echos
N°23
Anatole Baju, Décadents et symbolistes
Versini, Aune
L.J. Pillard, Chronique à la D’Arkaï
Louis Villatte, Au théâtre libre
Général Boulanger, Mémoration
Ernest Raynaud, Critique littéraire : Sodome
par M. Henry d’Argis
Louis Villatte, Les Décadents et l’affaire Chambige
Ernest
Raynaud, Site
Hotspur,
Tantz Perlen
Louis Villatte, La philosophie des Sonnets Insolents
de LP de Brinn’gaubast
JL Thomas, Accordances
Revue Générale et Echos
N°24
Anatole Baju, M. Peladan
Laurent Tailhade, Hymne antique
Jules Maus, Chronique des lettres
LP de Brinn’gaubast, Résignation
Louis Villatte, L’Influence des décadents
Ernest Raynaud, Latences abortives
Emile Cottinet, Phosphorescence
Anatole Baju, Critique littéraire
Théodore Falen, L’Oasis, sonnet
Revue Générale et Echos
N°25
Anatole Baju, Revue de l’année
Un sonnet du général Boulanger
Ernest Raynaud, M. Henry Fouquier et le décadisme
Jules Maus, Sonnet
Louis Villatte, M. Barrès
Ernest Raynaud, Langueur
Raoul Vague, Un article sur les décadents
Revue Générale et Echos
ANNEE 1889 : n°26-35
N°26
Baju, Psychologie naturaliste
L.Tailhade, Noël triste, poème en prose
Ernest Raynaud, Les Frères Goncourt
Courrier des théâtres
Louis Villatte, Le Naturalisme hué au Sénat
Jules Maus, Critique littéraire
Nouvelles de Rimbaud
Revue Générale et Echos
N°27
Anatole Baju, Le Général Boulanger et la littérature
Laurent Tailhade, Quatorzains d’été
Raynaud, Kles Frères de Goncourt
Norbert Lorédan, Sonnet de Potache
Louis Villatte, M. Pillard d’Arkaï
Revue Générale et Echos
N°28
Anatole Baju, Les Ennemis de la littérature
Laurent Tailhade, Aquarelle japonaise
Raynaud, Critique antilittéraire : Le Missel de
Raoul Pascalis
Raynaud, Servage
Pillard d’Arkaï, La Tour Eiffel
Raoul Vague, Avis
Revue Générale et Echos
N°29
Jules Maus, A Bas les bavards
Georges Fourest, Le Doigt de Dieu
Raynaud, Un point de doctrine
Laurent Tailhade, Sonnet
Les Livres
Mitrophane Crapoussin, Antienne et Oiseaux
Norbert Lorédan, Encens
N°30
Francisque Sarcey, Une conversion
Baju, L’Esthétique des décadents
Mitrophane Crapoussin, Au Café, renoncement,
Quatorzain pour aller à Bicêtre
Louis Villatte, Un monument à Rimbaud
Pillard d’Arkaï, Fouquier, Nestor et Compagnie
Norbert Lorédan, Comédie de Salon
Albert Lantoine, Bibliographie
N°31
Anatole Baju, Orientation
Jules Renard, Morvandelle
Ernest Raynaud, Les Ecrivains de filles
Mitrophane Crapoussin, Distiques Mous, Récurrence
Louis Villatte, Alfred de Musste
Note canular
Maurice du Plessy, Bibliographie
La direction, A La jeunesse socialiste
Revue Générale et Echos
N°32
Anatole Baju, La Vraie morale
Louis II de Bavière, Vœu, poésie
Maurice du Plessys, L’Alphonsisme contemporain
Louis Pilate de Brinn’gaubast, Lutte avec l’ange
Louis Villatte, Chronique littéraire
G. Albert Aurier, Le sonnet de la jeune fille aux péchés mentis
LA FRANCE LITTERAIRE
Philosophie-critique-sociologie
N°33
Vicomte Jean Vassili, Madame Athénienne
Boyer d’Agen, Le Violon
Georges Fourest, Amertumes Undécimales
Anatole Baju, Une équivoque à dissiper
Paul Bernard, Resurgam
Note
Louis Villatte, Chronique littéraire
Saint Simon, Les Bourgeois, sonnet
Louis Villatte, M. Jules Lemaître
Jules Renard, Astrale, sonnet
Revue Générale et Echos
N°34
Anatole Baju, Le Four de M. Paul Bourget
Norbert Lorédan, En vieux styles
Saint-Simon, Jules ?…voyez en terrasse !
Anatole Baju, M. Barbey d’Aurevilly
Note
Boyer d’Agen, La Harpe
Note
Maurice du Plessys, La Liberté de la presse
Eugène Brodin, Obsèques de Barbey
Revue Générale et Echos
N°35
Saint-Simon, Henri Rochefort
XXX, La Caissière (sonnet)
Louis Villatte, Le centenaire de la Révolution
Norbert
Lorédan, A Madame A… S……
Anatole Baju, A ceux de notre génération
Edward Sansot, Nocturne
Eugène Brodin, La littérature d’aujourd’hui
Maurice du Plessys, Le Suicide par amour
Pombino, Revue générale – Echos
ARTHUR RIMBAUD DANS LE DECADENT
Depuis 1884 et la première série des Poètes maudits de Paul Verlaine, Arthur Rimbaud est révélé au monde littéraire notamment par les poèmes "Voyelles, Oraison du soir, Les Assis, Les Effarés, Les Chercheuses de poux, Le Bateau ivre". Mais il n'existe pas encore de volume de ses oeuvres.
Profitant de la naïveté mais aussi de l'ignorance du directeur du Décadent, Laurent Tailhade entend répondre à la curiosité du public sur le poète de Charleville. Avec la complicité d'Ernest Raynaud et de Maurice Du Plessys il crée d'abord des faux Rimbaud censés représenter "le style décadent le plus pur".
Pour Tailhade l'ambition est aussi de se moquer des théories de Baju avec lesquelles il n'est pas toujours en accord. La supercherie est longtemps manigancée avant de faire jour au n°34 du 29 novembre 1886 avec "Sonnet" - poème célébrant avec moultes références érotiques la jeunesse et la vigueur mâle. Il s'en suit 5 autres poèmes dont le sens voilé s'attache aux manifestations plus ou moins grotesque du corps : "Instrumentation, Les Cornues, Le Limaçon, Doctrine, Oméga blasphématoire".
"Sonnet"
Il splendit sous le bleu d'athlétiques natures
Dont le roc a fourni les éléments altiers :
Les fontes et l'airain de leurs musculatures
Excèdent les parois des divins compotiers.
Ernest Raynaud
Leurs biceps ont des fûts robustes de mâtures ;
Leur timbre tient son or des celestes luthiers,
Et nourris du fort miel des doctes confitures,
La santé sous leur peau, couve ses églantiers.
Car de glaces, ô Femme impure ! à tes malices
Leur cœur d'aube fleurit comme un doux cyclamen,
Et sacrant leur seize ans aux candeurs de calices,
Le hautain contempteur des sordides hymens,
Anteros aux yeux d'or cuivre de ses délices
Le concombre inclément de leur vierge abdomen
"Instrumentation" : où l'on énumère les analogies entre le corps et les instruments dans un esprit volontiers gaillard. L'homme instrument n'épargne pas à son lecteur les images les plus grossières (sexe-flûte, bourses faisant sonner des piastres, ventre-lyre qu'agitent des vents)
Tes doigts sont merveilleux ! leur moindre mouvement
Fait sourdre sur ma peau comme des sources.
Toute part de mon être imite un instrument :
Fifre ou musette un peu charmeuse des Ourses.
Les boules d'or de mes bras bruns ont l'agrément
Des piastres sonnant clair dans les mailles des bourses
Et même je détiens, quelque part, les ressources
De la flute où s'abouche un rêve goulument.
Le clavier de mes dents sait l'air qu'on se recorde
Et mon Ventre en façon de lyre tétracorde
S'enfle et s'abaisse avec des bruits délicieux.
Parfois même éructant le gravier roux des lombes
quand l'aube rose étend son linge pâle aux cieux
Je claironne, effarant l'essaim des fières colombes.
Laurent Tailhade
"Les Cornues" paraissent dans le numéro du 1er au 15 février 1888. Ce texte pousse un peu plus loin la mystification en présentant volontairement des passages incomplets remplacés par des points. "Doctrine" et "Le Limaçon" paraîtront en mai et juillet 1888. Puis, en septembre de la même année, après de nombreux courriers sans doute assez virulents, Laurent Tailhade et ses complices dévoilent la supercherie en faisant paraître une sorte de préface à un nouveau sonnet intitulé "Oméga blasphématoire". Cette préface raconte l'histoire du manuscrit qui aurait voyagé des Pays-Bas jusqu'en Espagne. Les incohérences sont telles qu'il n'est plus question de croire en l'existence de ces faux documents. Cependant la signature reste encore celle du "paradisiaque Rimbaud" dixit Tailhade.
Il faudra l'intervention du prince des poètes, Paul Verlaine, pour faire cesser définitivement l'usurpation d'identité. Pour les amuseurs du Décadent, il est donc temps de changer de peau, de créer ce qui serait le "type même" du Décadent de Baju.... Ce sera Mitrophane Crapoussin, nouveau masque de la comédie littéraire, nouveau type grotesque issu de l'imagination de Georges Fourest, célèbre auteur de La Négresse blonde. 
Pour conclure
Les faux Rimbaud étaient monnaie courante à cette période car sévissait alors la fameuse "bohème des contrebandiers". Habile en contrefaçon, la bohème des années 1880-90 aime brouiller les pistes et jouer avec le public qu'elle entend bien manipuler. Verlaine aura ainsi fort à faire pour préserver l'œuvre du jeune maître. Ainsi l'affaire du sonnet "Poison perdu" et du recueil "Reliquaire"mirent à l'épreuve quelques experts...
Verlaine confiait ainsi ses doutes dans une lettre du 17 novembre 1883 :
"J'y pense. Peut-être bien, comme vous le croyez, serait-ce une mystification. Alors, mes raisons à l'appui de tout à l'heure, seraient bien rigolottes. Après tout je m'en bats l'œil et le bon...."
Bibliographie :
Le Décadent, 1886-1888
Anthologie du pastiche, Léon Deffoux et Pierre Dufay, tome second, G.Grès, Paris, 1926.
Le Décadent d'Anatole Baju
Le Décadent est dans le panorama des petites revues florissantes de la fin du XIXe siècle une entreprise vraiment originale car elle est incontestablement liée, bien plus que d'autres, à la personnalité de son directeur : Anatole Baju. Elle en est pour ainsi dire le prolongement. Ainsi en 1886, lorsque Le Décadent surgit sur la scène littéraire, comme regaillardie par la force d'un mot (décadent !), un déluge d'insultes, de ricanements et d'applaudissements mêlés se fit entendre. Décadent ! c'est le mot d'Anatole Baju. Qu'il l'ait emprunté à Verlaine, finalement, peu importe. C'est Baju qui va l'incarner dans une forme de jusqu'auboutisme si particulière à cette fin de siècle. Dans les premières années de la revue (1886-1887) un groupe de jeunes hommes, amis et ennemis de la cause bajuesque, veulent bien faire vivre cette petite revue et profiter de ce nouveau crachoir pour y jeter quelques uns de leurs vers.
Mais Baju est définitivement seul dans son combat. En effet, sous couvert de 3 pseudonymes (fait assez exceptionnel pour 1 seule personnalité) Raoul Vague, Louis Vilatte et Pombino, Baju se lance avec virulence dans l'arène pour l'acceptation de ses théories décadentes. Dans son dos, on s'indigne, on se moque et parfois on applaudit face à l'absolue détermination de l'homme. Un tour de force dans un milieu aussi délétère car malgré les intrigues nées pour démolir le journal et la réputation de son directeur, Baju résiste, Baju s'exprime, Baju fait parler de lui.
Parti de rien, cet ancien ouvrier piqueur de meules, embrasse une cause passionnée et somme toute assez confuse avant l'année 1889. En effet qu'est ce qu'un décadent ? quels sont les principes littéraires de l'école décadente ? A la lecture des nombreux manifestes de Baju, on sait qu'il s'agit avant tout de se révolter. Il est question de destruction, de lutte. Baju agresse et se défend. L'esthétique décadente ne pose pas de règles claires, l'individu partout tente de s'imposer. Ce n'est donc plus l'unité esthétique qui est recherchée mais la diversité. On ne s'unit pas, on se divise en de multiples particules toutes indépendantes. Dans ce contexte, on comprend que le terme d'école est assez inadapté. Les poètes qui écrivirent dans Le Décadent en ont conscience: ils ne cherchent, quant à eux, qu'à profiter du tapage et à entretenir un "jeu" avec leur propre image, avec celle du "décadent" (qui a sans nulle doute une résonance réelle sur l'état d'esprit d'une époque). Notre instituteur Baju veut faire école - quoi de plus cohérent avec sa personnalité profonde ? Mais il cherche encore la leçon qu'il donnera à ses collaborateurs... En 1886 et 1887 il tatônne, il pose avec maladresse des concepts, il s'avance sur les propos du maître Verlaine qu'il entend manipuler avec une grande maladresse.
Puis, en 1888 et surtout 1889, l'idée se précise. Cette rage qui emplit les colonnes du Décadent trouve une cible. Cette cible n'est pas le fait du hasard, elle a toujours existé dans l'esprit de Baju mais elle ne trouvait pas encore la forme et le moyen d'exister. Baju est toujours aussi seul dans son combat - soutenu toutefois par quelque esprit de camaraderie et par son jeune frère qui lui resta fidèle semble-t-il. Cette cible c'est le boulangisme, son orientation politique c'est le socialisme de Jules Guesde. Voilà la véritable aspiration de Baju. Les lettres ne seront dès lors qu'un moyen pour véhiculer un message. La reflexion sur la poésie et le langage s'arrête là. Les anciens confrères de la première livraison du Décadent le quitte. Le mot était l'esprit même de la revue, s'il n'y a plus de décadent, il n'y a donc plus de coopération possible.
Baju persiste mais comprend que le terme décadent qui avait fait sa "fortune" (en le faisant accéder à un public de lettrés) n'a plus lieu d'être. Il lance un nouveau titre - prédisposé à l'échec - La France littéraire. En cette période d'étiquettes où la revue se "particularise", un titre aussi général n'appelle pas les foules. Mais Baju a trouvé sa voie et il ne renonce pas. Pendant un temps il abandonne la cause littéraire pour se consacrer à sa véritable vocation. La revue disparaît définitivement. Baju croit en l'action, il se lance dans une carrière politique mais a perdu entre temps toute forme de reconnaissance. Ses discours sont hués, il commet encore quelques maladresses verbales. Il n'est pas bon orateur d'après les quelques chroniques qui lui sont consacrées dans la presse régionale.
Alors, Baju en revient au mot "décadent" et tente de faire revenir le tapage autour de ce mot par la publication d'une brochure. Ce retour sur la scène publique est un nouvel échec car les modes vont vite et celle du décadent semble révolue.
Désormais oublié, Baju publie un essai qui ne fera pas date ni dans l'histoire littéraire, ni dans l'histoire politique. Ce sont Les Principes du socialisme, préfacés par Jules Guesde...











