En poésie, et notamment sous l’impulsion de Victor Hugo et de Charles Baudelaire,  les motifs du paysage de bord de mer, de la tempête, de la grève balayée par les vagues connurent un certain succès. Au cours du XIXe siècle, la peinture de marines se renouvela avec des peintres comme Courbet et Monet. On délaissa l’étude de scènes de batailles navales pour une vue plus frontale de la mer saisie en tant que sujet véritable. L’exigence et la maîtrise technique qu’imposent ces peintures sont appliquées au vers poétique. Les effets de transparence, les mouvements de l’eau, le contraste entre l’ombre et la lumière préoccupent les poètes qui cherchent à restituer fidèlement un spectacle et à présenter des analogies toujours plus saisissantes avec la destinée humaine. Ce travail précieux et raffiné de correspondance entre les disciplines artistiques fut celui de deux poètes saintongeais,  Léonce Depont et André Lemoyne, qui ébauchèrent une œuvre lyrique à la fois romantique et parnassienne. 

 

         Né à Saint-Jean d’Angély le 28 novembre 1822 sous le nom de Jean-Baptiste-Camille Lemoyne, fils de Jacques Hippolyte, notaire, et de Suzanne Justine Texier, André Lemoyne connut un parcours original. Il commença ses études classiques au collège de Saint-Jean d’Angély et les termina au lycée Henri IV à Paris. Après de sérieuses études de droit, il obtint sa licence et s’inscrivit au barreau de Paris. Mais il dut renoncer à poursuivre son doctorat, par suite de revers de fortune qui le déterminèrent à chercher dans une profession manuelle conforme à ses goûts les moyens de pourvoir aux exigences de la vie (1). L’homme sera par la suite ouvrier typographe, compositeur, correcteur puis chargé de la correspondance et de la publicité pour la maison Firmin-Didot. En 1877, il entra comme bibliothécaire-archiviste à l’Ecole des Arts Décoratifs grâce à l’appui d’un certain Waddington. Il vécut dans un petit logement de célibataire, rue de l’Université, pendant plus de 50 ans. L’œuvre poétique  de Lemoyne est assez conséquente : Charmeuses (1870), Roses d’Antan (1855-1870), Légendes des bois et chansons marines (1878), Paysages de mer (1876), Fleurs des prés, Soirs d’hiver et de printemps (1871-1883), Fleurs et ruines, Oiseaux chanteurs (1884-1890), Fleurs du soir, Chansons des nids et des berceaux (1890-1896).   

 

« Il  a fait des vers, depuis sa jeunesse ; il en fait encore, qui ont l’air jeune ; il en fera jusqu’à ses derniers jours. N’est-ce pas une bonne manière d’être sage ? (2)»

 

       Variant son talent Lemoyne ne se contentait pas de l’étude de la nature. Ainsi le poème « Renoncement » relate le combat de la femme et de la mère.

« Renoncement auquel morceau l’auteur attache une importance particulière, puisqu’il en a placé l’en-tête au seuil de son livre, dans le groupe d’en-têtes qui, nous l’avons vu, y sert de titre modeste et fier, est comme un drame domestique, celui de la femme de trente ans qui s’ennuie, rêve d’adultère et n’est sauvée que par son enfant,

 

…………………………………une petite fille

Qui descend du berceau voyant qu’on l’oubliait,

Elle entrouvre la porte et d’un air inquiet,

Pieds nus sur le tapis, demande qu’on l’habille ;

 

Dès lors, et réveillée par les baisers qu’elle donne frénétiquement à l’angélique petite créature et où elle même :

Elle a senti passer quelque chose de Dieu,

Dès lors chez elle……………………….

………………………la mère triomphe, elle a vaincu la femme !(3) »

 

         Quelques poèmes comme « Ecce homo » et « Stella maris » dont les titres sont empruntés aux Livres saints et à la liturgie catholique, tentent de pénétrer les secrets du cœur humain. L’analyse psychologique cède parfois le pas à la satire mondaine ou à des études réalistes dans le goût de l’époque. 

         André  Lemoyne mourut le 1er mars 1907 à l’âge de 85 ans chez son cousin notaire de Saint-Jean d’Angély, Alfred Barthe. Un entrefilet de la revue généraliste le Je sais tout fit paraître l’avis dans le numéro du 15 février au 15 mars 1907. Voici en quels termes Georges Gourdon, auteur des Chansons de geste, apprécia dans les Tablettes du 2 mars 1907, le poète angérien :

« Le doyen des poètes français, M. André Lemoyne, s’est doucement éteint, hier à l’âge de 85 ans. C’était un noble caractère, un cœur d’or et un artiste incomparable ; il laisse une œuvre restreinte mais parfaite, où respire un vif sentiment de nature : quatre recueils de vers, dont les Roses d’antan, et un volume de prose.

Âme rustique, songeuse, charmante, André Lemoyne est une des gloires de notre Saintonge ; à cette époque de vénalité et de cabotinages, il honora sa profession par sa probité scrupuleuse et ne complaît dans les Lettres françaises que des admirateurs et des amis, unanimes à pleurer sa perte. » (Bulletin de la société des archives historiques de la Saintonge et d’Aunis, 1907, p. 89)

 

       Les influences du poète sont nombreuses. Pour le rédacteur de l’Histoire de la langue et de la littérature française, André Lemoyne est un « petit-fils de Virgile et de Théocrite, un arrière-neveu de notre La Fontaine(4)». Paul Verlaine retrouvait en lui des tournures dantesques  « une manière simple et forte ; accentuée par un sublime soudain apparu (5)». Si la chasteté de cette poésie, enthousiasma le poète saturnien, c’est le plus souvent la maîtrise rigoureuse des mots, des descriptions, qui frappa les contemporains de Lemoyne. L’artiste fut reconnu comme un Parnassien, un « poète délicieux(6)» de la catégorie des « intimistes(7) » :

 

« Plus âgé que la plupart des parnassiens, leur aîné, mais l’égal des plus grands, bien qu’il n’ait pas obtenu toute la célébrité ni toutes les récompenses qu’il méritait, M. André Lemoyne (né en 1822) est un poète délicieux (8)»

        François Coppée raconte dans un  article du Gaulois du 6 mars 1907 comment Lemoyne partit à la rencontre des Parnassiens. Il fut reçu à bras ouvert chez Leconte de Lisle et chez Théodore de Banville qui tenaient salons  :

 « Oui, le voilà, toujours vêtu de même, haut chapeau de soie, paletot flottant, pantalon très large ! Le voilà, petit, maigre et sec, le profil net et fin, l’œil vif, le teint sanguin, la paix de l’honnête homme dans le cœur. Il avait vingt ans de plus que la plupart d’entre nous. Mais il n’était ni le moins jeune d’humeur et de sentiments, ni le moins gai, ni – tranchons le mot- le moins gamin. »

         La personnalité de l’artiste fit l’objet de quelques commentaires au sein d’anthologies poétiques. Ainsi on évoque une « philosophie ingénue », une « âme simple, rustique, songeuse et charmante » nullement atteinte par le tumulte de la vie littéraire parisienne. Dans ses Souvenirs littéraires, Albert Cim évoque le succès de l’artiste dans les dîners des gens de lettres comme le célèbre « dîner des têtes de bois ». Léon Duvauchel, littérateur et poète (1848-1903), le jalousait :

 « Lemoyne, quand il est quelque part, il n’y en a que pour lui ! Il a toujours quelque pièce de vers toute fraîche éclose à vous faire admirer ; puis, celle là débitée, il vous en glisse une autre ; puis vous en colle une troisième et ainsi de suite !(9) »

         Lemoyne de son côté se plaisait fréquemment à rappeler le jugement porté sur lui par Sainte-Beuve : «  André Lemoyne, cet homme de modestie et de mérite, a fait de sa vie deux parts : il livre l’une à la nécessité, au travail ; il réserve l’autre inviolable et secrète. Tous les six mois, M. André Lemoyne distille une goutte d’ambre qui se cristallise en poésie et qui s’ajoute à son cher trésor. Les Roses d’antan de M. André Lemoyne renferment des pièces parfaites de limpidité et de sentiment. ». Cependant le poète ne pensait pas passer à la postérité et s’en amusait lors d’une conversation avec Albert Cim et Jean Sigeaux :

« Avez-vous remarqué, nous disait-il un jour, à mon ami Jean Sigeaux et à moi, que souvent les grands écrivains sont connus par tout autre chose que leurs chefs d’œuvre littéraires ? Ainsi Chateaubriand : si son nom vit encore, ce n’est pas parce qu’il a écrit le Génie du christianisme, les Natchez, les Martyrs et autres bouquins que personne ne lit plus ; c’est parce qu’il a inventé une sorte de bifteck, le Chateaubriand aux pommes. Voilà ce qui le rend vraiment célèbre et immortel, ce qui lui vaut une immense et impérissable popularité. Eh bien, je veux faire comme lui ! J’ai imaginé un  plat, moi aussi !

-   Ah ! Et lequel ?

-   Une omelette ! Une omelette toute spéciale ! L’omelette André Lemoyne ! Et je prépare un sonnet… Oignons, rognons, champignons ! Cela me fournit déjà trois rimes masculines, et trois rimes milliardaires ! …. (10)

 

         L’œuvre d’André Lemoyne reste cependant remarquable pour sa manière originale et esthétique de traiter le paysage au même titre qu’un tableau. Quelques critiques élogieuses prétendent que l’art du poète ressemble à celui du « petit père Corot(11) » ou à celui de « ces bons maîtres hollandais […] qui travaillaient sans bruit, sans ambition et sans orgueil, à de petits tableaux très finis où ils mettaient le meilleur d’eux-mêmes(12) ». Le but d’André Lemoyne était d’enrichir la poésie par les procédés de la peinture. Jules Levallois le confirme dans le Correspondant du 10 novembre 1872 : « M. André Lemoyne sent la nature comme La Fontaine et la peint comme Daubigny(13) ». Frédéric Godefroy insiste également sur cette relation forte entre le texte et l’image : «  Qu’y faire ? M. Lemoyne est toujours peintre, plus peintre que poète – c’est là même son principal titre de gloire aux yeux de ses amis du Parnasse – et toutes ses créations sont invariablement des tableaux. ». Les peintres de paysages qui influencèrent le poète saintongeais sont Henri Joseph Harpignies et Emmanuel Lansyer. Ces peintres firent, comme il le dit lui-même(14), « l’éducation de son œil » et révélèrent un avant-goût de ses études poétiques de mer et de forêt. Emmanuel Lansyer (1835-1893) est un peintre de paysages né en Vendée, à Bouin, qui puisa son inspiration en Bretagne. Il exposa à Rochefort. Henri Joseph Harpignies (1819-1916), élève de l’école de Barbizon et aquarelliste chevronné, fut consacré comme le peintre de l’eau et de la lumière. La relation fraternelle des deux arts – la poésie et la peinture - n’est pas nouvelle au moment où parurent les Paysages de mer d’André Lemoyne en 1876. Toutefois on note avec intérêt la « touche » personnelle du poète héritée du romantisme mais aussi influencée par les essais de la peinture nouvelle –à l’époque, l’impressionnisme. Les marines de Lemoyne au ton clair et gai sont admirables de délicatesse.

       John Antoine Nau (sous son véritable nom Eugène Torquet 1860-1918) qui avait fait connaissance d’André Lemoyne à Port en Bessin en 1883, écrivit que ce dernier était : « l’inventeur a-t-on dit de la veine maritime en poésie (15)».

         Avec le recueil Légendes des bois et chansons marines (1878), le poète devait également s’illustrer comme un vrai « coloriste ». Dans le poème « Pays des neiges » à mi-chemin entre le paysage nordique et le rêve,  André Lemoyne entreprit de décliner les variations du blanc au gris bleuté en saisissant des formes, des matières et des luminosités  changeantes.

 

           Pays des neiges

                    I

Un soir d’hiver (c’était la veille de Noël)

Essorant vers le Nord, je volais à plein ciel,

Emporté par un songe au-delà des Orcades(16),

Noirs îlots dont la mer, dans ses affouillements,

D’un ressac éternel creuse les fondements,

En jetant son écume à leurs milliers d’arcades

 

Mais calme fut le grand voyage aérien. –

Je vis se denteler plus d’un cap norvégien

A pic dans la clarté des étoiles amies. –

Pas de  navire au loin, partant ni revenant :

Tous dans la profondeur des golfes hivernant,

Se reposaient au pied des villes endormies.

 

Je saluai des yeux les hameaux s’étageant

Parmi les sapins noirs et les bouleaux d’argent

Je rasai les hauts bords escarpés du Nordland(17)

Ses montagnes de neige et leurs glaciers bleuâtres.

 

[…]

 

J’allais vite…éclairé par des lueurs stellaires.-

La mer était sans bruit et ses flots arrêtés,

Quand je fus ébloui par les vives clartés

D’un trois mâts rayonnant dans les glaces polaires.

 

      Le point de vue choisi par le poète, flottant au-dessus du paysage comme un oiseau, permet de peindre en détail le fjord. Les lignes anguleuses des bords escarpés de la montagne contrastent avec les lignes courbes des flots et de l’écume qui se jettent contre de « noirs îlots ». Les couleurs froides présentent d’harmonieuses correspondances - « bouleaux d’argent », « montagnes de neige », « glaciers bleuâtres ». La dimension visuelle du poème est soulignée par un jeu d’ombres et de lumières  qui peut revêtir des fonctions esthétique et symbolique. Ainsi le trois mâts pris dans les glaces polaires est éclairé par les « lueurs stellaires » ce qui renforce l’idée que l’œuvre est conçue comme une composition picturale. Le navire rayonnant est aussi le symbole du rêve et de l’évasion, thèmes chers à André Lemoyne. « Le Pays des neiges » est un paysage grandiose et légèrement incohérent comme il convient à un tableau vu en songe. Le poète excelle par la perfection des détails et le fini des peintures en demi-tons.

«  Amoureux de la forme jusqu’à l’excès, poète du détail jusqu’au scrupule, M. Lemoyne frappe d’abord l’attention par le soin minutieux avec lequel il a ciselé et réuni ses hémistiches, et par la rigoureuse description, qui ne lui laisse rien négliger et lui fait apercevoir au milieu d’une mêlée sanglante, tant il se préoccupe même de l’infiniment petit, « De larges papillons jaunes striés de noir.».(18) »

 

 

        Les pièces de Lemoyne sont ciselées avec un grand soin du pittoresque. Elles rappellent le romantisme des Odelettes de Gérard de Nerval – courts poèmes contemplatifs évoquant la vie d’un voyageur. Les « Grèves normandes » de Lemoyne sont romantiques en ce sens où malgré leur beauté presque impassible, la sensibilité de l’artiste rejaillit en de tendres propos.  Paul Stapfer, critique littéraire, appréciait ainsi certaines pièces de Lemoyne écrites avec un soin de ciseleur, jugeant qu’elles répondaient à cette  exigence : « l’exactitude de détail avec un petit coin de cœur(19) ». Les tonalités d’un clair-obscur dominent magistralement ces vers. La palette aux coloris chauds apparaît sous l’impulsion d’une syntaxe souple et suggestive enrichie en sonorités liquides.  L’éloge du littoral normand laisse à penser que le poète avait élu domicile en pays avranchin à plusieurs reprises.

 

         « Grèves normandes »

Ce soir la pleine lune éclaire notre monde

De l’abîme des flots elle sort large et ronde

Presque au ras de la mer, elle est rouge d’abord ;

Mais son orbe jaunit, et la grande marée

Dans son rayonnement monte en houle dorée,

Et roule ses lueurs jusqu’aux grèves du bord.

 

On voit comme en plein jour sur la courbe des plages

Les dernières maisons des bourgs et des villages,

Villages de marins et de pêcheurs normands.

Les enfants sont couchés dans le charme des rêves ;

Ce long bruit cadencé du flot qui bat ses grèves

Semble un chant de berceuse aux chers petits dormants.

 

      La navigation  permet d’évoquer l’aventure humaine sur les mers tout en sondant le cœur d’un capitaine. Le poème « Sous le tropique ou le Capitaine dort » offre au lecteur-spectateur  une réflexion sur la place de l’homme dans le monde :

 

«  Le capitaine dort d’un calme et frais sommeil

A l’heure où la nuit s’illumine ;

La lune, à son zénith, jette un ruban vermeil

Dans le travers de la cabine.

[…]

Dans l’hémisphère austral, le rapide vaisseau,

A pleine brise arquant ses voiles,

S’allonge sur la houle et va comme un berceau

Qui roule sur un fond d’étoiles.

[….]

Il rêve d’une bonne et solide maison,

Sur un sol ferme bien assise

Ou rien ne bouge au vent, ni porte, ni cloison,

Toute en granit comme une église. »

 

        L’instabilité de la mer inquiète et fait prendre conscience de la fragilité de l’homme. L’au-delà du rêve est une échappatoire à la condition humaine car le poète oppose à un paysage maritime en mouvement l’image d’une terre stable comme figée dans le temps. La plume du poète dépasse les apparences pour mieux percer les fantasmes du capitaine. La discrétion et la sobriété de ces toiles demandent à être examinées attentivement pour qu’on y perçoive l’instinct artistique et la science du peintre. André Lemoyne anime ces scènes tout en retenue par la présence d’animaux et de figures de marins. Le cadre du tableau s’étend comme dans ces strophes où le regard « du spectateur » ne cesse d’être sollicité passant d’un personnage à un autre :

 

« L’équipage disait un Noël d’autrefois,

Un refrain de berceau simple comme un cantique.

Le petit mousse, blond comme un enfant de chœur,

Et le vieux capitaine y chantaient à plein cœur,

En mêlant la patrie au foyer domestique.

 

Ce choral des aïeux, naïf et solennel,

Montait s’épanouir dans le clame du ciel,

Sur les nouvelles mers par des braves conquises ;

Et justement émus du grand concert naval,

Couchés sur des glaçons, le morse et le narval

Ecoutaient gravement du haut de leurs banquises. »

 

      L’image finale du morse et du narval expose un autre paradoxe qui semble cher au poète. Tandis que les hommes s’affairent aux récits de leurs conquêtes, la nature règne à l’arrière plan dans toute sa majesté.

       Le poète personnifie également l’eau comme élément de vie porteur des émotions humaines. La mort est subtilement évoquée dans le poème « Un fleuve à la mer » qui associe le fleuve à un « voyageur las ». Métaphore de l’adieu à la vie, ce texte est aussi une toile composée par des petites touches successives reproduisant le geste du peintre. Nous distinguons nettement les plans du tableau et quelques éléments naturels rapidement esquissés : « bouquets de romarin et touffes de lavandes ».

 

 « Un fleuve à la mer »

 

Quand un grand fleuve a fait trois ou quatre cents lieues

Et longtemps promené ses eaux vertes et bleues

Sous le ciel refroidi de l’ancien continent,

C’est un voyageur las, qui va d’un flot traînant.

 

Il n’a pas vu la mer, mais il l’a pressentie.

Par de lointains reflux sa marche est ralentie.

 

Le désert, le silence accompagnent ses bords.

Adieu les arbres verts. – Les tristes fleurs des landes,

Bouquets de romarins et touffes de lavandes,

Lui versent les parfums qu’on répand sur les morts.

 

Le seul oiseau qui plane au fond du paysage,

C’est le goéland gris, c’est l’éternel présage

Apparaissant le soir qu’un fleuve doit mourir,

Quand le grand inconnu devant lui va s’ouvrir.

 

      La sobriété des expressions et la modération des sentiments s’accordent aux couleurs froides – vertes et bleues – de l’eau et du ciel « refroidi ». André Lemoyne ajoute à sa description des symboles liés au règne végétal et animal qu’il place précisément dans les deux dernières strophes – le goéland gris, le romarin et la lavande.

       Le mouvement cher aux impressionnistes apparaît aussi dans les poèmes de Lemoyne. « Chanson marine » évoque le retour au pays des marins « las de la mer et du ciel » et les pensées de leurs épouses qui les ont attendus. Ce long poème est un hymne au littoral normand que l’on découvre comme sur le pont d’un bateau qui irait accoster. Successivement le poète nous présente le salut des marins au cap Fréhel, puis les « blanches courbes » des grèves, « l’aiguille des clochers » et le son d’or des cloches qui les accueille. Amoureux de la nature, le poète cède ensuite la parole aux « oiseaux de Granville et d’Avranches » à « l’Orne et à la Vire ». 

 

     « Chanson marine »

 

« Nous revenions d’un long voyage,

Las de la mer et du ciel.

Le banc d’azur du cap Fréhel

Fut salué par l’équipage.

 

Bientôt nous vîmes s’élargir

Les blanches courbes de nos grèves ;

Puis, au cher pays de nos rêves,

L’aiguille des clochers surgir.

 

Le son d’or des cloches normandes

Jusqu’à nous s’égrenait dans l’air ;

Nous arrivions par un temps clair,

Marchant à voiles toutes grandes.

 

De loin nous fûmes reconnus

Par un vol de mouettes blanches,

Oiseaux de Granville et d’Avranches,

Pour nous revoir exprès venus. 

 

Ils nous disaient : « L’Orne et la Vire

Savent déjà votre retour,

Et c’est avant la fin du jour

Que doit mouiller votre navire.

 

Vous n’avez pas compté les pleurs

Des vieux pères qui vous attendent.

Les hirondelles vous demandent

Et tous vos pommiers sont en fleurs.

 

Nous connaissons de belles filles,

Aux coiffes en moulin à vent,

Qui de vous ont parlé souvent,

Au feu du soir dans vos familles.

 

Et nous en avons pris congé

Pour vous rejoindre à tire d’ailes,

Vous avez trop vécu loin  d’elles,

Mais pas un seul cœur n’a changé. »

             La mer enlève le cœur des hommes aux femmes qui, elles, sont liées aux éléments de la terre et du feu – les pommiers en fleurs, le feu du foyer. Le tableau vivant qu’André Lemoyne donne à voir souligne des retrouvailles heureuses. Les fleuves de L’Orne et de la Vire sont complices des marins. Le printemps annonce la fécondité et l’éternel retour du cycle de la vie. Quelques descriptions rappellent la région normande : les coiffes en moulins à vent et les productions agricoles typiques. « Ut pictura poesis (20)» telle est la voie empruntée par André Lemoyne. L’art du poète-paysagiste tient donc à la fois de l’analogie et de la description picturale – procédés bien connus de l’ekphrasis(21).

        Léonce Depont est né à Surgères le 24 mai 1862 et décède dans sa ville natale à l’âge de 51 ans le 21 mars 1913. Dans les notes d’état civil du Bulletin de la société des archives historiques de Saintonge et d’Aunis (1913, p. 100) le chroniqueur note qu’il est mort « des suites d’un mal que l’usure et les fatigues de la vie de Paris n’avaient fait qu’aggraver ». Léonce Depont fit ses études au lycée de La Rochelle. Puis il partit pour Paris où il fut d’abord employé de commerce, puis professeur dans une école libre. Après avoir enseigné pendant quinze ans, il se consacra entièrement à la littérature. Son premier recueil intitulé Sérénités fut publié en 1897 et obtint le prix Capuran à l’Académie française. Deux ans plus tard, parut Déclins – véritable gageure, composés de sonnets sur cent couchers de soleil différents - puis, en 1902, Pèlerinages « son livre le plus intime »qui fut couronné par le prix Archon Despérouses. Enfin en 1903, L’Académie décerna à Léonce Depont un grand prix de poésie pour son Ode à Victor Hugo. Le recueil intitulé La Flûte alexandrine parut peu après sa mort. Le poète fut salué comme un « noble, un grand artiste, passionné d’idéal, un admirable forgeron du vers ». Léonce Depont voyait en la poésie le seul monument qui résisterait à la mort :

 

 Tout passera, la pierre et le marbre des races

Et les Dieux, engloutis par les siècles voraces ;

Tout, esclave et tyran, suzerain et vassal.

 

Mais au fond de la nuit tragiquement grondante,

L’Homme entier restera, sublime et colossal,

Dans un vers de Virgile ou dans un vers de Dante.(22)

 

      Consacré comme un poète sachant « incruster dans le granit du verbe des hymnes d’ampleur harmonieuse », Depont collabora aux revues littéraires et artistiques de son temps comme la Revue des poètes, la Revue des Deux-Mondes, la Revue de Paris, Roman et vie, Minerva, Le Magasin pittoresque, La Renaissance latine, La Revue des Deux Mondes(23). Son rêve était d’écrire des Géorgiques mais ce fut là une erreur. La somptuosité, l’abus d’hyperboles d’emphase furent les écueils de cette poésie d’inspiration bucolique. Le chroniqueur du Bulletin de la société des archives historiques de Saintonge et d’Aunis (1913, p. 101) dressa un portrait vraiment juste de l’artiste :

 

       «  Léonce Depont fut un descriptif affamé de couleur, de plastique, d’harmonie, un peintre romantique, qui peignait en plein air, il est vrai, mais sous l’influence de Victor Hugo, dernière manière, et de Heredia, c’est-à-dire l’énorme et le somptueux. »

 

      La poésie de Léonce Depont regorge de références au monde antique. Rome, Venise, Syracuse l’inspirent. Les tableaux qu’il offre des mariniers, des fleuves et de la mer méditerranée sont ainsi gorgés de couleurs et de luminosité solaire. Dans la Revue des Deux Mondes il fait paraître une série de sonnets intitulés « Soleils couchants ». Trois d’entre eux illustrent le motif du paysage maritime : « Couchant antique », « Couchant surnaturel », « Couchant grandiose ». Virgile et Dante sont convoqués par quelques allusions aux personnages antiques, à l’églogue(24) et aux pâtres.

 

      « Couchant antique »

 

Bion et Théocrite(25) ont dû respirer par-là

Car un pieux couchant plane sur leur mémoire ;

De divines lueurs ce golfe exquis se moire ;

Quelque temple païen dans ce bois s’écroula.

 

O pâtres dont le chant amoureux me troubla

Ressuscitez l’églogue en sa grâce illusoire ;

Blonds essaims fiancés aux fleurs, laissez-moi croire

Que cette cime verte est celle de l’Hybla(26).

 

Colombes, explorez l’immensité sereine ;

Mariniers qui guidez l’indolente carène(27)

Dont le sillage d’or traîne sur les flots bleus,

 

Enguirlandez la proue et le mât de misaine ;

Et toi, verse en mon cœur, réels ou fabuleux,

Tes murmures sacrés, ô mer syracusaine(28).

      L’apostrophe finale à la mer syracusaine souligne la beauté du spectacle crépusculaire. Le poète est d’humeur nostalgique et rêve aux temps de l’âge d’or. En imagier habile, Léonce Depont colore ses vers d’un ton chaud et doré :  « se moire »,  « blonds essaims », « sillage d’or ». Le bleu des flots sillonnés par l’embarcation des mariniers contraste vivement dans l’ensemble de la « toile » où figurent également de saisissantes touches de verdure (« bois, cette cime verte »). Les sensations visuelles s’accordent agréablement aux chants amoureux des pâtres le soir venu.

        Venise est abordée par Léonce Depont sous le signe du fantastique, du surnaturel. La ville est métamorphosée en perle sur une mer émeraude. Le lexique de la peinture apparaît au vers 2 (« fondant leur double et suave palette »). Le poète cherche à matérialiser la vision par les sens du toucher et de la vue. La ville se dérobe dans le miroir du canal aux reflets irréels puisqu’il restitue une splendeur perdue. Le vert émeraude, le violet, l’ambre baignent la scène de coloris précieux invitant à la rêverie et au mystère.

«  Couchant surnaturel »

 

Quelle fée inconnue et quel magicien

Subtil, fondant leur double et suave palette,

Ont ainsi fait le soir d’une douceur complète,

Sur la cité de songe où vécut Titien(29) ?

 

Un chant léger s’envole au ciel vénitien ;

Les palais d’ambre éteint, de nacre violette,

Sont assoupis au fond du canal qui reflète

Leur ancienne splendeur dans son miroir ancien.

 

Un or surnaturel et vert baigne Venise,

Transfigure les eaux tragiques, divinise

La noble ascension des dômes radieux ;

 

Et cette auguste mer, qui jamais ne déferle,

Devient pour les regards éblouis de tant d’yeux,

L’émeraude fluide où se meurt une perle.

 

          Enfin, le Tibre latin apparaît rougi du sang de ses glorieuses conquêtes. Le soleil couchant donne au paysage tout entier cette couleur pourpre qui rappellent les tentatives de « monochromie poétique(30) » dont les poètes font l’expérience dans des « jeunes revues » comme Le Chat Noir ou Le Décadent.

   « Couchant grandiose »

 

   Sur Rome, dont les vieux édifices sans nombre

 Rêvent du peuple altier qui subjugua les rois,

Ce morne couchant tisse un suaire d’effrois,

    Dont l’Histoire épaissit la tragique pénombre.

 

           Et dans l’onde écarlate où le globe ardent sombre

Eclaboussant au loin tes spectrales parois,

S’engloutit ta grandeur, ô cité qui décroît

Et qu’envahit déjà la Solitude sombre.

 

Thermes, palais, tombeaux, peuples abandonnés

Encore un soir se sont de pourpre couronnés,

Et l’âme du poète ineffablement vibre ;

 

Car il songe, accoudé au pont hasardeux,

Que cet astre et ce  fleuve, ensanglantés tous deux,

Sont l’antique Soleil et le glorieux Tibre.

 

 

           Dans le recueil Sérénités publié en 1897 par l’éditeur parisien Lemerre, une quatrième partie est entièrement consacrée aux paysages de mer.

Léonce Depont emploie ce motif comme une métaphore sur la condition humaine et sur l’état de son cœur.  Le gigantisme de l’océan qui épouvante et fascine l’écrivain n’est pas sans rappeler Victor Hugo(31), un des « maîtres » de Depont. Le romantisme de ces poèmes est évident dans les thèmes abordés : isolement dans une nature toute-puissante qui dépasse les possibilités de l’humain, sensation de mal-être à laquelle répondent les éléments déchaînés, ivresse devant l’infini.

         La mer est associée à  une sorte de « force » naturelle,  « une fauve énergie » qui fut souvent mise en scène par le peintre Courbet(32).

 

   « La Mer »

Si, rêveur, oubliant fatigue, soif et faim,

Seul en face des flots dont la fauve énergie

S’exhale en une plainte incessamment rugie,

Tu n’as jamais erré sur les grèves sans fin

[…]

Oh ! ne revois jamais la mer, la vaste mer ! 

 

 

            De même, la vague, motif favori du japonisme(33), est contemplée avec une certaine fascination et contamine les pensées et les émotions. La vie même prend l’aspect d’une roulante déferlant sur les rêves du poète.

 

  «  Le Golfe »

 

Sous l’assaut furieux des vagues de la vie

Rêves d’amours perdus, gloire en vain poursuivie,

Mon cœur, triste à mourir, s’est creusé lentement ;

 

Et cependant, du fond de sa douleur immense,

Monte en sanglots confus la sinistre romance,

L’hymne désespéré qu’exhale son tourment.  

 

 

           Si le poète s’avère admiratif, il n’en reste pas moins qu’il est comme soumis à ce spectacle grandiose. Le statut de spectateur autant que de peintre-créateur est donc revendiqué. Passivité et force, action et création sont les tenants de cette poésie. La lutte des éléments renvoient aux contradictions de l’existence. Ainsi la vie et la mort, l’harmonie et le chaos, se dissimulent dans les replis des vagues.

   «  L’Anse »

 

Un chaos monstrueux de rochers au lointain,

Porte à la vaste mer quelque défi hautain ;

Cependant qu’attiré par un charme vers elles,

 

L’œil voit surgir de tous,les points de l’horizon

[ …]

Les barques, dont la brise enfle les blanches ailes. 

 

             L’océan devient miroir de l’âme. Deux abîmes se renvoient donc l’un à l’autre. Le gouffre qui se présente à la vue du voyageur  reflète ses angoisses et ses souffrances. Le paysage vertigineux invite à la méditation et au repli sur soi.

   «  Deux abîmes »

 

Seul et pensif devant la mer

Où mon oeil désabusé plonge,

Je reste longtemps et je songe,

Méditant sur le gouffre amer.

 

Océan, ô semeur d’alarmes,

Sphinx terrible des matelots,

Contiens-tu donc autant de flots

Que nos cœurs recèlent de larmes ?  

 

           En pleine vague symboliste(34) les marines de Depont restent liées à des poètes antérieurs comme Charles Baudelaire – pour « Les Cormorans(35) » en particulier, dont l’une des sources est sans doute « L‘Albatros ». Dans les poèmes « Sérénité », « Océans », l’artiste part d’une observation réaliste de la nature pour en exprimer, la permanence, l’éternel recommencement mais aussi paradoxalement le caractère éphémère. Depont semble privilégier une vision symbolique du spectacle de la mer tandis qu’André Lemoyne s’efforce de traduire une sensibilité toute poétique à la lumière, aux saisons, aux climats.

          Les paysages de mer d’André Lemoyne et de Léonce Depont reflètent les réflexions de toute une époque sur la relation entre la peinture et l’art poétique. Tous deux sont des « imagiers (36)» dans la lignée du poète rochefortais Henry Mériot (1856-1938) et de son recueil Les Flûtes de jade. Au travers de cette courte anthologie se dégage une nouvelle vision de l’artiste et de « l’objet » poème.  Léonce Depont et André Lemoyne sont en quelque sorte des « artisans de la langue ». Ils créent des miniatures peintes et finement ciselées. Leur travail est celui d’esthètes concevant par les mots et par l’image des « œuvres totales ».

 

 

 

 

 

                                                                                                                      Bénédicte DIDIER

 

Bibliographie d’André Lemoyne

Chemin perdu- La Fée des pleurs- Renoncement- l’Hôtelier de la Saint-Hubert, 4e éd., Firmin Didot, 1863.

Roses d’antan, Paris, Firmin-Didot, 1865.

Charmeuses, Paris, Firmin Didot, 1870.

Paysages de mer et fleurs des prés, Paris, Sandoz, 1876.

Légendes des bois et chansons marines, 1878.

Une idylle normande, Paris, G. Charpentier, 1882.

Œuvres. Une idylle normande- Le Moulin des prés – Alise d’Evran, Paris, Lemerre, 1886.

Poésies (1883-1897), Paris, Lemerre, 1897.

La Mare aux chevreuils – Fleur d’abeille – Au-delà, Paris,  Lemerre, 1900.

 

 

Bibliographie de Léonce Depont

Sérénités, Paris, Lemerre, 1897.

Déclins, Paris, Lemerre, 1899.

Pèlerinages, (éditeur ?), 1902.

Ode à Victor Hugo, (éditeur ?), 1903.

Le Triomphe de Pan, librairie Plon, Paris, 1907.

La Flûte alexandrine, (éditeur ?),  1913.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



(1) Biographie constituée à partir des sources suivantes :  GODEFROY Frédéric, Histoire de la littérature française depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours, Klaus Reprints, 1967, p. 474-482, Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900, directeur Louis Petit de JULLEVILLE, tome VIII, (XIXe siècle, période contemporaine : 1850-1900), Paris, Armand Colin, 1896, réed. Klaus Reprint, 1975, p.45-47 et le Bulletin de la société des archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, 1907, p. 88-90.

(2) Louis Petit de JULLEVILLE, op. cit. , p. 46.

(3) Paul VERLAINE, Les Hommes d’aujourd’hui, p. 433-434.

(4) Louis Petit de JULLEVILLE, op. cit., p. 45.

(5) Paul VERLAINE, Les Hommes d’aujourd’hui, p. 437. «  Criez à l’exagération si vous voulez, mais ces vers me sont une occasion pour, profitant de leur tournure dantesque, remarquer en passant combien la manière de Lemoyne procède de Dante très lu, sans imitation aucune […]. Et la belle simplicité, la correction non pédante, l’effet sans effort qui sont la pure caractéristique du talent non point pédestre certes, mais calme et si net de notre auteur, procèdent visiblement d’une pratique longue et assidue du plus grand poète […] ».

(6) Louis Petit de JULLEVILLE, op. cit., p. 45 : « Plus âgé que la plupart des Parnassiens, leur aîné, mais l’égal des plus grands, bien qu’il n’ait pas obtenu toute la célébrité ni toutes les récompenses qu’il méritait, M. André Lemoyne [né en 1822] est un poète délicieux. ».

(7) Catégorie exposée dans l’article « Parnasse » de l’Encyclopedia universalis : « Les intimistes riment de la prose et se complaisent aux tableaux exigus et soignés. Eux aussi procèdent d’un certain romantisme, par Sainte-Beuve. ».

(8) Louis Petit de JULLEVILLE, op. cit., p. 45.

(9) Albert CIM,  Le dîner des gens de lettres : souvenirs littéraires, XIII, Paris, Flammarion, 1903,  p. 227.

(10) Ibid., p. 228.

(11) Louis Petit de JULLEVILLE, op. cit., p. 46.

(12) Ibid.

(13) Cité par GODEFROY Frédéric, op. cit., p. 474. Charles-François DAUBIGNY fut un ardeur défenseur des impressionnistes et peut-être considéré comme leur précurseur. Ami de COROT et de DAUMIER, il participa à la fondation du groupe de Barbizon.

(14) Ibid.

(15) Citation sur le site www.freresgoncourt.fr/NauJohnA/article2.htm [mis en ligne le 12 septembre 2007].

(16) Les Orcades sont un archipel au nord de l’Ecosse constitué de 67 îles.

(17) Comté norvégien situé au nord du pays et caractérisé par un littoral très accidenté. Ancien territoire viking.

(18) GODEFROY Fréderic, Histoire de la littérature française depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours, Klaus reprints, 1967, Paris [s. n.], 1878-1881, p. 474.

(19) Ibid., p. 476.

(20) « Une poésie  est comme une peinture » théorie exposée par HORACE dans son Art Poétique.

(21) Ekphrasis : terme qui désigne au départ toute description, puis particulièrement la description d’une œuvre d’art, réelle ou fictive, enchassée dans un récit. L’ekphrasis repose sur un langage spécifique qui confronte le verbal et le pictural. L’objectif de ce discours est de mettre sous les yeux avec évidence ce qui doit être montré.

(22) Anthologie des poètes français contemporains, tome III « Le Parnasse et les écoles postérieures au Parnasse (1866-1912) », par G. Walch, Paris, Delagrave, p. 367.

(23) La Renaissance latine, 1903, année 2, tome 2, n°4-6, p. 642 ; La Revue de Paris, 1909, juillet-août, année 16, tome 4, p. 399 ; Le Magasin Pittoresque, 1903, série 3, tome 4, année 71, p. 78, 261, 435, 538 – et année 1904, série 3, tome 5, année 72, p. 70, 177, 464 ; Minerva, 1902, année 1, n°5-8, p. 585 ; la Revue des Deux-Mondes, 1900, mars-avril, p. 439 – et année 1899, mars-avril, p. 694. Tous les poèmes cités sont consultables sur le site « gallica » de la B.N.F. ainsi que le recueil complet des Sérénités, Lemerre, 1897.

(24) Poème de style classique consacré à un sujet pastoral.

(25) Auteurs bucoliques grecs.

(26) Localité sicilienne antique liée au culte de Vénus.

(27)  Désigne l’embarcation par sa partie immergée.

(28)  Le tableau met en valeur les paysages siciliens et la ville antique de Syracuse.

(29) LE TITIEN, Grand maître de la peinture italienne (1488-1576), sa carrière est indissociable de la ville de Venise alors à son apogée au temps de la Renaissance.

(30)   Ce resserrement du sujet autour d’une couleur et non d’un personnage ou d’un élément naturel se retrouve dans le poème en prose de Charles DARANTIERE, « Suicide rose » paru dans Le Décadent (n°4, 1888). La couleur est alors le fil conducteur du poème l’expression synthétique d’une idée, d’un sentiment, d’une vision. Les poètes célèbrent la couleur et la lumière comme les agents prestigieux d’une transfiguration : on peut citer à ce titre le « Sonnet bleu-or » de Vincent HYSPA (n°328, 1888), « Le Madrigal noir » de Fernand ICRES (n°81, 1883), « Symphonie en gris » de Marie KRYSINSKA (n°4 novembre 1882), « Le Soleil rouge » d’Emile PEYREFORD (n°114, 1884), « Arcs-en-ciel pour dames» de Georges AURIOL (n°81, 1883)  parus dans Le Chat Noir.

(31) Victor HUGO consacre quelques œuvres au thème dont Les Travailleurs de la mer. Il évoquera le sort de l’homme océan dans les termes suivants : " Il y a des hommes océans en effet. Ces ondes, ce flux et ce reflux, ce va-et-vient terrible, ce bruit de tous les souffles, ces noirceurs et ces transparences, ces végétations propres au gouffre, cette démagogie des nuées en plein ouragan, ces aigles dans l'écume… Tout cela peut être dans un esprit et alors cet esprit s'appelle génie."(préface du manuscrit LesTravailleurs de la mer ).

(32)  Gustave COURBET, peintre réaliste, fasciné par le spectacle de la mer et le mouvement de la houle, est le premier à peindre inlassablement le même motif, tentant de répondre au défi que représente la mer :  comment donner matière à cette eau ? Comment rendre ce flux incessant et indécomposable ? Pour saisir l’insaisissable, il peint des séries de « paysages de mer », sans craindre de lasser. « La Vague » récemment acquise par le musée Malraux fut peinte à Etretat en 1869.

(33) Le japonisme est l'influence de l'art japonais sur les artistes, premièrement français, puis occidentaux. C'est dans une série d’articles publiés en 1872 pour la revue Renaissance littéraire et artistique, que le collectionneur Philippe BURTY donne un nom à cette révolution : le japonisme. Les principaux artistes japonais qui influencèrent les artistes européens étaient HOKUSAI, HIROSHIGE et UTAMARO. Une œuvre phare, celle d’ HOKUSAI Katsushika, Sous la vague au large de Kanagawa, est à retenir. Elle représente un instant suspendu, un mouvement arrêté : une vague va s’écraser sur les pécheurs mais le Fuji-Yama reste impassible.

 

(34) Mouvement littéraire et artistique apparut à la fin du XIXe siècle, ainsi défini par un de ses membres,  George ALBERT-AURIER dans le Mercure de France de 1891 : « L’œuvre d’art devra être premièrement idéiste, puisque son idéal unique sera l’expression de l’idée, deuxièmement symboliste puisqu’elle exprimera cette idée en forme, troisièmement synthétique puisqu’elle écrira ses formes, ses signes selon un mode de compréhension général, quatrièmement subjective puisque l’objet n’y sera jamais considéré en tant qu’objet mais en tant que signe perçu par le sujet, cinquièmement l’œuvre d’art devra être décorative. ». Les symbolistes recherchent une impression, une sensation, qui évoque un monde idéal et privilégient l'expression des états d'âmes. Les symboles permettent d'atteindre la réalité supérieure de la sensibilité.

 

(35)  « Les Cormorans » : «  Tout au sommet sentant près de fondre sur eux/ Le ciel gris où parfois un morne éclair s’allume/Malgré le souffle amer qui hérisse leur plume,/ Rêvent les fiers oiseaux d’essors aventureux. ».

(36) La Plume, 1891, p. 71 Joséphin PELADAN « Critique littéraire Les Flûtes de jade par Hanry MERIOT » : « L’exécution des Flûtes de jade l’emporte techniquement sur le faire élégant […] Ce que Edmond de Goncourt a appelé l’écriture-artiste trouve en Mériot une formule poétique correspondante. On sent des préoccupations de rendre dignes d’un peintre dans l’expression du plus vif sentiment. […] Poète joaillier, il sertit avec un soin infini et autour de la sertissure il fleuronne, il gemmise, et bien il fait : la monture ne sera jamais assez belle, où il enserre pour y mettre le nôtre, son beau cœur. ».