Le Bambou

     d’Édouard Guillaume

 

 

        Le Bambou entre de manière singulière dans l’ère des « petites revues1 ». Il est un mensuel illustré de la « Collection Guillaume » et, par principe, sa parution est limitée. En cette période, l’afflux des revues oblige à repenser la production littéraire. Un article du Figaro daté du mois d’octobre 1892 en témoignait :  « Après l'effort qui a fait mourir l'ancien livre à 7 fr. 50, après le puissant succès de la glorieuse pléiade des romanciers de 1875 à 1886, peu à peu une langueur est venue, l'ardeur a tari, la littérature a paru abandonnée. On a cherché, on a trouvé des causes secondaires, négligeables. Il suffisait de dire : le public attend une librairie nouvelle et des hommes nouveaux »2. La revue, espace de tensions entre tradition et innovation3, s’offre justement comme un laboratoire associant expérience périodique et expérience bibliophilique4. Dès l’été 1892, Édouard Guillaume proposa avec sa première « Petite Collection »des livres fabriqués avec des matières et des procédés inédits. Hanté par l’idée du livre-bijou aussi bien imprimé et aussi net que les chefs-d’œuvre de l’ancienne librairie, il décide d’employer l’impression plane. Celle-ci permet, par un moyen industriel, d’obtenir un résultat proche d’un tirage à la main comme l’explique J.-H. Rosny, reprenant les propos d’Édouard Guillaume : « Seule l'imprimerie plane permet le grand art typographique. Avec elle seulement on peut « mateher » les maîtres imprimeurs du passé... Les petites presses plates que j'ai fait venir sont des bijoux. Nous allons lutter avec les Plantin et les Elzévir ! ... Il faut remonter le courant, sinon les beaux livres périront »5. Il joignit à ce procédé des matériaux nobles et une équipe de graveurs talentueux. Le résultat est plus que satisfaisant à en croire les échos des journalistes de son temps qui y trouvent non seulement une anthologie accessible des textes contemporains français et étrangers mais aussi un confort de lecture par « des volumes jolis, faciles à manier, faciles à lire »6. La « Collection Guillaume » s’honore donc de créer des livres-fleurs, des livres-joyaux, ciselés plutôt qu’imprimés. Pour autant, les moyens techniques mis en œuvre restent attachés à la publication de masse comme le rappelle Evanghélia Stead : « En se fondant cependant sur un sens sûr de la rareté qu’il convient de cultiver au sein de l’emploi massif des procédés industriels, Guillaume pratique l’édition limitée à divers titres […]. Il perpétue ainsi l’idée du livre de bibliophilie qu’il nie dans la pratique et qu’il cultive encore par ses publications périodiques »7.

 

La revue et son créateur

 

      La composition matérielle des publications invite le lecteur à dépasser son statut de consommateur pour devenir un collectionneur. Le caractère luxueux et rare de l’objet donne une valeur ajoutée à son contenu. Ainsi Le Bambou, sous-titré « périodique illustré », n’est conçu pour exister qu’une année à travers ses douze fascicules8. Le périodique était vendu au prix de 2 francs 509 et ne contenait que des textes et des dessins rigoureusement inédits. Comme pour de nombreux magazines et revues de l’époque10, le lectorat du Bambou est bourgeois. La valeur marchande de la revue est d’ailleurs présentée comme un argument commercial susceptible de satisfaire cette catégorie sociale : « Le Bambou demeurera comme une série unique, dont la valeur marchande augmentera d’année en année : nous ne saurions recommander à nos acheteurs de garder soigneusement ces douze fascicules dans le coin le plus sûr de leur bibliothèque : ils auront à s’en féliciter »11. Si l’on s’en tient au format in-12 (19,7 × 11,2 cm) et au nombre de pages (entre 107 et 144), Le Bambou se présente comme une forme hybride entre la revue et le livre12. Sur la page de garde, les numéros sont appelés des tomes avant d’être des « fascicules » à partir du mois de février 1893. Sur les couvertures du Bambou, les photogravures présentent l’aspect de sanguine, une innovation. Le titre de la revue est imprimé en creux sur la page, en lettres vertes. L’ouvrage, tiré sur du papier vélin épais, comprend de nombreuses illustrations en noir et blanc dans le texte, en bandeaux, culs-de-lampe et hors texte. Une version plus luxueuse de la revue tirée sur du papier de Chine ou de Japon est proposée au prix de 10 francs. Edouard Guillaume promet au cours d’un « Avertissement » de ne pas négliger la qualité de l’objet : « Aucun sacrifice ne nous coûtera, pour que l’œuvre soit tout ensemble luxueuse, commode, parfaitement artistique, originale et documentée »13.  Le sommaire de chaque revue apparaît au dos de la page de garde, sauf dans le numéro XII qui comporte une table générale des douze fascicules formant la collection. Le succès du Bambou, qui atteignit les 10.000 exemplaires14, encouragea d’ailleurs son directeur à se lancer dans  des projets annexes comme Le Carillon du boulevard Brune, une plaquette envoyée sur demande aux abonnés de la revue. La maison d’édition Dentu 3, place de Valois, s’associe au projet en se chargeant de la vente et des abonnements. Le journaliste A. Daumas souligne qu’en collaborant à la « Collection Guillaume », Dentu « vient d’éveiller et d’étonner la librairie engourdie »15.

        Innovant et ambitieux, Edouard Guillaume, né à Neuchâtel en 1850 et mort à Paris en 1897, avait rejoint le monde de l’édition en 1885 en tant qu’éditeur-imprimeur. Le personnage était, selon les dires de ses contemporains, un « [h]omme aux jambes courtes, et au buste spacieux, un long visage rosâtre marqué de la petite vérole (un fromage de Gruyère, disait Daudet) la bouche lippue, une longue barbe blonde, peu fournie et fourchue, les yeux entre-clos par des paupières intumescentes, un gros nez sensuel ; il se vêtait communément d'une jaquette noire, d'un haut-de-forme gris, et de pardessus clairs »16. Fantaisiste passionné de plantes exotiques17, Edouard Guillaume avait donné le nom de ses plantes favorites à certains de ses projets comme le Bambou bien sûr mais aussi le Chardon Bleu, le Lotus alba, le Nelumbo. Il avait installé ses ateliers de photogravure et de fabrication 105, boulevard Brune à Paris. Les volumes du Bambou étaient imprimés gravés, brochés et reliés dans ses ateliers où la rédaction avait coutume de se réunir : « L'atelier amusait, tout clair, avec ses femmes élégamment vêtues, ses grandes vitres, ses armoiries, un grand scarabée vert, qu'on retrouvait partout »18. Des femmes vêtues d’un coquet uniforme se chargeaient des machines qui s’ouvraient et se fermaient comme des papillons noirs. Lorsqu'il y avait « presse » hommes et femmes travaillaient la nuit. Le gérant était Émile Vachette, les secrétaires de rédaction O’Nigra, J. de Boriana. J.-H. Rosny, dont les activités étaient multiples dans la revue, devait se mettre à la recherche de contes hindous, chinois, malais, italiens, espagnols, égyptiens. Il avait travaillé auparavant à l’adaptation de textes étrangers pour la « Petite Collection » comme Porteur de Sachet, Tabubu, Juliette et Roméo de Da Porto, Ivan Illitch, La Gitanilla.

        Dans les premières pages du Bambou, Edouard Guillaume évoque des mutations importantes qui avaient eu lieu en 20 ans, de 1873 à 1893, dans le monde littéraire et artistique. L’auteur revendique un regard neuf s’appuyant sur le développement de la photographie et de la science. Le Bambou, publication d’un ordre nouveau, entend bien s’ancrer dans une ère moderne : « Nous voulons publier des oeuvres d'imagination neuves, sur des sujets passionnants et inconnus, des sujets qui nous conduiront à travers le temps et à travers l'espace, depuis l'Homme qui vivait il y a huit mille ans dans les cavernes et sur les lacs, jusqu'à l'Homme contemporain, depuis le Parisien jusqu'à l'habitant du centre de l'Afrique […] Nous tenterons d'infuser un esprit hardi et novateur, qui s'adresse à tout le monde et qui émeuve tout le monde ». Le périodique cherche l’inattendu matériel et artistique mais il n’est, dans l’esprit de son créateur, qu’une étape vers le chef d’œuvre. Ainsi, à la fin du douzième numéro, Edouard Guillaume annonce la prochaine parution du successeur de [son] « glorieux périodique ». Le Bambou est donc, comme de nombreuses revues illustrées, un outil de promotion. Les pages intérieures de sa couverture y sont parfois consacrées. Dès le numéro 1, un supplément de 3 pages vantait les mérites de la Collection Guillaume in-8° Nelumbo composée de 16 volumes. Edouard Guillaume, qui ne tarit pas d’éloges sur ses projets, se félicite du succès de la collection et annonce les numéros à venir : « une sorte de révolution, dont nous réservons la surprise aux lecteurs, une ère nouvelle pour le livre ».  Dès 1893 en effet, des modifications portant sur la matérialité de livre seront apportées (cartonnage résistant, tête du livre dorée, brochure consolidée et sur le plat un nelumbo d’or, fer dessiné par Mittis).

 

Un voyage littéraire dans l’espace et le temps

 

         Les collaborateurs du Bambou nous transportent en Europe, en Russie et en Inde mais aussi de la préhistoire à l’époque fin de siècle. On relèvera par exemple : Eyrimah et Nymphée par J.-H. Rosny, Impressions de Désert par le prince Bojidar Karageorgevitch19, La Fille de l'Empereur et le fils de la veuve, conte roumain, Une Flaque par Paul Margueritte20, Isolette par Paul Radiot21, Deuil de Veuve par André Theuriet22, Une Nuit de Pâques par Vladimir Korolenko et une série de  chroniques, de notes et de croquis signés Souryâ23 et Jacques Soldanelle24.

         A l’instar de la Revue Blanche de 1894, la forme brève qui suggère l’ébauche inachevée occupe une place retreinte au profit du genre romanesque qui se déploie dans le périodique sous forme de feuilletons. L’écrivain Rosny fait paraître dans Le Bambou deux de ses romans lacustres.  Eyrimah paraît en série du premier au cinquième fascicule, suivi de Nymphée en deux parties aux numéros VII et VIII. Le Monstre et Le Miracle, deux nouvelles, paraissent dans le sixième et douzième fascicule de la revue. Eyrimah est un récit épique où se joue le devenir humain à travers les luttes entre néolithiques tardifs, chasseurs des montagnes et premiers arrivants de l’âge de bronze. Eyrimah, l’esclave blonde, est une patriote qui poursuit des objectifs personnels dans un monde ravagé par une guerre qui la dépasse25. Nymphée est un récit d’aventures relatant la découverte d’une civilisation inconnue de créatures mi-hommes mi-poissons. Dans ces deux romans, le thème du voyage est omniprésent. En 1893 l’exploration fascine car « il est encore des régions de mystère », rappelle Robert Fairville, le narrateur de Nymphée : « Les voyageurs les ont frôlées sans doute – mais ils n’ont parcouru qu’une ligne, un lacet de leurs vastes surfaces […] Quant aux pays de cavernes, vous savez qu’en notre France même, il en est de prodigieuses, inexplorées »26. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de dépeindre des paysages d’une grande majesté qui inspireront les illustrateurs comme Ary Gambard. Le Monstre est un récit naturaliste évoquant les misères d’une réprouvée atteinte de la peste et pourchassée par l’insulte des hommes. Dans la nouvelle Le Miracle, le narrateur à bout de force, vit un profond désespoir lorsqu’il rencontre par le fait d’un « miracle » (le murmure d’une prière) une jeune femme égarée dans une forêt. Les paroles du Christ que les jeunes gens avaient lu sur des tracts religieux se réalisent et tirent le jeune homme de l’abîme moral dans lequel il se trouvait. Les nouvelles teintées d’ironie d’Armand Charpentier27, d’Henri de Villebois28, de William Ritter29, de Paul Margueritte30 et de Paul Radiot31, dans la même lignée, reprennent les thèmes du naturalisme.

        Le Cœur et l’esprit de Gustave Geffroy paraît en feuilleton dans les fascicules n°VII, VIII, IX. Un écrivain décide de fixer le récit imaginaire de la vie qui animait autrefois le jardin d’un pensionnat de jeunes filles. Assis à sa table, au milieu de ses livres, il procède à la magique opération. Il décrit le processus de la création littéraire sortie de l’ombre. Peu à peu, toute une fantasmagorie d’être vivants s’éveille. Mois après mois, la personne de l’écrivain s’efface et laisse place à ses personnages et à leurs destins de femmes résignées ou  amoureuses. Mais leur présence est éphémère : elles apparaissent et disparaissent sans que l’écrivain les maîtrise. Dans le décor d’abîme du mois de novembre, les ombres réapparaissent : ce sont des vieilles aux cheveux blancs, au visage ridé. Le temps déroule son fil et fait rejaillir la puissance de la création littéraire qui participe de « la vie universelle ». Hymne à la littérature, ce texte inclassable de Gustave Geffroy est d’une grande vérité. Il montre le lien entre « la nature expressive et les livres » et offre une autre définition de la littérature : « le romanesque de n’importe quelle conception s’efface pour laisser toute la place à  la vie profonde et mystérieuse, remuante de foule, passage d’êtres éphémères devant le décor éternel »32.    

          La culture slave tient une bonne place dans la revue. Le grand écrivain ukrainien d’inspiration populiste Vladimir Korolenko fait paraître Une nuit de Pâques33, nouvelle réaliste et engagée  évoquant le triste sort d’un vagabond échoué dans une prison à quelques verstes de son village natal. L’auteur y dénonce la chasse aux gorbatchi (vagabonds) et l’horreur d’un service qui oblige Fadief, un paysan devenu soldat, à tuer le vagabond qui tentait de s’enfuir. Les murmures de la taïga et des chants religieux donnent à cette nouvelle une dimension mystique. Un conte roumain La Fille de l’empereur et le fils de la veuve est traduit et annoté par William Ritter, littérateur, critique et peintre neuchâtelois dont les centres d’intérêt portaient essentiellement sur la Roumanie, la Tchécoslovaquie, l’Italie, l’Autriche, la Bavière, Neuchâtel, le Tessin et le Valais.

Le Prince Bojidar, véritable prince des Balkans et grand ami de Pierre Loti, dont il fut à l’occasion l’impresario et le factotum, était un voyageur né et un aquarelliste talentueux. Les circonstances de sa participation au Bambou sont singulières. Chez Pierre Loti, il fit la connaissance de William Ritter qui lui présenta Edouard Guillaume. Guillaume et Ritter avaient insisté pour obtenir de Bojidar qu’il publiât quelques notes de son récent voyage en Algérie, illustrées de ses aquarelles parues dans le catalogue du Salon de la Rose-Croix. Mais, « [a]yant découvert en lisant les épreuves qu’on lui avait retouché la ponctuation, Bojidar écrivit avec irritation à Ritter : « - Guillaume me fait corriger par un infâme pion !  -  Le pion, c’est moi, répond Ritter »34. Bojidar voulut retirer le manuscrit et les aquarelles dont les clichés – de belles gravures sur bois des frères Florian – étaient déjà réalisés. Après concertation, il accepta finalement de lire son texte en présence de Ritter et de J.-H. Rosny qui lui donnèrent quelques conseils. Dans le numéro de mai, paraissent enfin « Impressions de désert ». Le texte porte la dédicace « pour mon ami William Ritter » en reconnaissance d’avoir éveillé en lui l’écrivain. Six aquarelles de Biskra accompagnent les notes de voyage du Prince. Il raconte dans un style juste et saccadé la mort d’un spahi qui lui laisse un sentiment trouble. Il dépeint les couleurs changeantes du désert, les impressions de terreur au retour d’une excursion, le déroulement d’une soirée dans un café arabe où l’on lit les Mille et une nuits et la musique de l’orchestre d’un café juif. A la suite de cette publication, l’éditeur Dentu demandera au Prince de signer un contrat pour la traduction d’un conte de Tolstoï Ce qui fait vivre les hommes à paraître en 1893.  Juliette Adam le découvre et, enchantée par ce personnage qui s’apprête à faire à nouveau un voyage dans les Balkans, elle lui demande un article pour La Nouvelle Revue qu’elle dirige. A son tour, l’éditeur Calmann-Levy séduit par l’article du Bambou, proposera au Prince de collaborer à La Revue de Paris que dirigera Louis Ganderax.

         Le genre poétique est peu présent dans la revue ce qui la différencie de ses illustres prédécesseurs et contemporains comme La Plume ou Le Mercure de France. Jérôme Doucet, directeur de La Revue illustrée, offre au Bambou de courts poèmes extraits de La Roue du Moulin et de La Chanson des choses. Alexandre Piedagnel, poète du Parnasse contemporain, fait paraître « Trois Croquis d’Espagne » (I. Fontarabie II. Matinée à Irun III. A Séville). Les rares publications en vers du Bambou revendiquent un art poétique conventionnel. Les poètes valorisent d’abord le détail pittoresque dans le paysage ou dans le caractère des personnages plutôt que l’innovation par l’emploi du vers libre ou d’images saisissantes. Le Bambou est donc davantage attaché à l’origine des littératures et à l’harmonie des thèmes abordés qu’au modernisme du style.

 

Les Chroniques innovantes du Bambou

 

         L’innovation est à découvrir dans les chroniques variées et richement illustrées du périodique. À commencer par les chroniques de Souryâ qui constituent un guide de voyage en 12 fascicules dans le Tout-Paris de la fin du siècle. L’originalité tient à la personnalité de l’auteur qui affirme être d’origine hindoue. Son regard impose un relativisme culturel et une certaine ironie sur le sort de la civilisation occidentale. La visite s’ordonne selon les types de lieux parcourus : Petits Théâtres et Grandes Baraques, Les Halles, Jardins, Les Courses, Le 14 Juillet, La Seine, Notre Dame, La Seine [Les Misérables], Le Marché de La Villette, Les Abattoirs. Pour l’auteur, la ville de Paris est « le résumé de ce qui se fait de plus subtil et de plus complexe sur la planète […]. Paris seul résume, symbolise d’une manière achevée la civilisation européenne. Il a réuni, il a fait un tout des races diverses […]. Les contrastes y sont extraordinaires »35. Malgré l’éloge final, le contenu des articles reste assez critique. S’appuyant sur le nihilisme hindou, l’auteur ne cesse de rappeler la vacuité des choses de ce monde : « Et tout cela périra un jour, comme a péri Ayodhya, la ville sainte ! »36. L’opulence de l’Occident est évoquée non sans être comparée à la situation dramatique de l’Inde. La profusion de nourriture et le faste des voitures et des fiacres traversant les Champs-Élysées synthétisent selon Souryâ le côté factice de la civilisation moderne et le triomphe de la banque, du négoce et de l’industrie. Il annonce également la prochaine domination des femmes37 renforcées par la décadence de l’homme moderne, déchu par la philosophie du « struggle for life ». Il critique, en visitant Notre-Dame, le charlatanisme moderne, la touristerie imbécile, la spéculation grotesque et la sotte mondanité. La description saisissante des abattoirs est l’occasion de rappeler les principes d’une philosophie : « la mort est la source même de la vie, […] chacun est fatalement mangé sous une forme quelconque  […] C’est le monde, enfin ces Halles, le vaste monde vivant, en  raccourci »38. Enfin, ces chroniques ne sont qu’une première étape car l’équipe de rédaction annonce d’autres albums du même auteur qui « n’en sera pas moins véridique lorsqu’il représentera telle merveilleuse ville d’Inde ou de Chine, tel recoin de l’Afrique ou des îles de Polynésie, tel pèlerinage ou telle fête prodigieuse de Java, de Bénarès, de Constantinople, de la Mecque, de Jérusalem, de Canton, de Pékin, de Kioto, de Naples ou d’Ispahan »39.

       Sous le pseudonyme de Jacques Soldanelle, J.-H. Rosny se charge d’une rubrique mensuelle simplement intitulée « Chronique ». Dans le premier numéro l’auteur se dit « esclave » d’un programme : « Je suis condamné à ne vous parler que des choses qui intéressent l’esprit nouveau : la vision, les mœurs, la poésie, la littérature transformées que la science et la conquête de la terre ont faites à nos races.[…] Je ne dois employer que des sujets qui se rattachent au progrès de l’effort humain »40. Mais bien vite le lecteur retrouve les thèmes de prédilection de l’auteur par ailleurs clairement exposés en préambule : « [M]es chroniques ne peuvent aborder aucun des sujets de la polémique quotidienne […] [e]n revanche, le champ immense du Voyage, du Fantastique, du Préhistorique, de la Guerre, de l’Inconnu, du mystérieux Demain est large ouvert à mes rôderies »41. La démarche du chroniqueur annonce celle des romanciers d’anticipation qui connaîtront une vogue certaine durant la Belle-Époque. Il est clairement rappelé aux lecteurs que cette rubrique, sans prétendre pouvoir prévenir l’avenir, s’adresse presque à « des hommes de Demain ». Les sujets attisent la curiosité par des titres énigmatiques teintés de fantaisie : « La Grande Tueuse » (n°II), « Le Mystère de l’eau » (n°III), « L’Avenir de l’alcool » (n°IV), « Les Maladies artificielles » (n°V), « Le Langage des singes » (n°VI), « Le Cheval en bicyclette » (n°VII), « Le Chauffage par le pôle » (n°VIII), « Les Guerres de demain » (n°IX), « La Cyclomanie » (n°X), « Le Ciel inconnu » (n°XI), « Les Chiens parisiens » (n°XII). L’ensemble est une synthèse des réflexions de l’auteur et des recherches techniques et scientifiques de la fin du XIXe siècle sur les moyens de transport42, les anthropoïdes43, l’alimentation44, l’eau45, la disparition des genres et des espèces46, la vie extraterrestre47, la santé48. Proche du milieu scientifique dont il reproduit parfois les travaux49, Rosny se montre clairvoyant sur les effets du progrès et sur  l’évolution du genre humain exploré jusqu’à un avenir lointain. Il éclaire bien les différents aspects d’une vie moderne sans se départir d’un certain pessimisme sur la déchéance prévisible de l’homme et de son milieu naturel. Ces chroniques, source de pensées philosophiques, enrichissent considérablement la revue qui a su prendre de l’avance sur son temps et témoigner de théories futuristes. 

 

 

 

 

La place des illustrations

          Parmi les gravures, la rédaction du Bambou s’enorgueillit d’avoir édité celles de Souryâ, de Ludek Marold50, d’Ary Gambard51. D’autres illustrateurs collaborent comme A. Andréas.  L’atelier de photographies Reutlinger, illustre pour ses portraits d’étoiles du théâtre et de l’opéra, mit à la disposition du Bambou quelques documents publiés dans l’article « Théâtres ». Un dessin sur étain « Sirène » signé J. Desbois fut livré en supplément du numéro IV consacré au « triomphe de l’étain ». Le Bambou innove en joignant une note expliquant comment donner une patine artistique « vieil étain » à la planche incluse. Le lecteur bénéficie des conseils pratiques de l’artiste et peut ainsi personnaliser sa collection. La revue proclame une harmonie d’inspiration, une unité mais les sujets traités sont variés et témoignent de styles différents. Sous l’impulsion d’Edouard Guillaume, le recours à la photogravure prend une dimension novatrice. Comme le rappelle Charles Grivel, autour de 1900, « l’illustration photographique n’a pas d’existence reconnue – quoique des manifestations en grand nombre puissent être rencontrées pourtant. […] On assiste donc à un curieux blocage : le désir d’images ne parvient pas à imposer l’image-photo comme accompagnement naturel des textes, littéraires ou non »52. Le projet naturaliste53 du Bambou réalise une sorte de compromis entre ce désir d’images et les réticences de la fin de siècle vis-à-vis de l’illustration photographique. Le travail de Souryâ annonce le photo-reportage sans négliger la valeur artistique de l’image. L’image n’est pas toujours délimitée par un cadre rigide, elle existe à la fois comme illustration dans le texte mais aussi, hors-texte, comme une œuvre à part entière. Le photograveur varie les cadrages (en plongée ou en contre-plongée) suivant ses sujets qui sont le plus souvent occupés à une activité quotidienne dans un « tableau vivant » composés de plusieurs plans. L’image n’est pas restreinte à sa valeur illustrative et permet  de traduire une vision de la société en montrant par exemple la misère dans le chapitre intitulé : « La Seine [Les Misérables] »54.

          Parallèlement à ce travail assez innovant, la revue recourt à un mode d’illustration traditionnel, en marge du texte. Ludek Marold représente avec un sens certain de la dramaturgie les scènes clés du récit : dans « Deuil de Veuve », il choisit par exemple la rencontre entre Mme de Mauves, une veuve en émoi, et le jeune musicien Michaëlis. La charge érotique de ses illustrations est à peine voilée. Le primitivisme captive à l’occasion des récits préhistoriques de J.-H. Rosny. Ainsi, sous les traits du graveur Marold « [l’â]ge de Pierre tourne à l’églogue où d’exquises nymphes souriantes et aguicheuses se promènent dans le plus simple appareil entre des plantes de serre. À se fier à ses visions, on imaginerait une préhistoire idyllique et lascive »55. Ary Gambard s’attache à la représentation des décors floraux et des paysages. La couverture verso de la revue porte un motif unique de branches de bambou qui confirme son inspiration japonisante. Ary Gambard se charge également des divers ornements représentant des feuilles de bambou, un vase ou un masque de kabuki.

         Dans le mouvement des revues d’art initié entre autres par Les Lettres et les arts56, Le Bambou entend échapper au lot commun de la vulgaire reproduction. Ainsi la place des illustrations est mûrement réfléchie en accord avec le texte. Une note parue dans le numéro IX rappelle que : « les exquises nouvelles de MM. P. Margueritte et Radiot, que nous publions dans ce numéro, étant toutes psychologiques, ne sont pas illustrées, conformément à notre ligne de conduite, parce que nous ne voulons pas déflorer des effets immatériels et conséquemment irréalisables sous forme de vignette »57.

        Au terme des 12 fascicules, l’expérimentation réalisée par Le Bambou n’a pas été menée à son terme. Conscient de l’évolution du marché de la presse, Edouard Guillaume s’engage dans un autre projet de revue, jamais accompli, qui serait rajeunie, plus délicate, plus complète, plus accessible et plus féminine58 ; en bref, une synthèse des impératifs commerciaux de la Belle-Époque. Au cours de ses recherches, Edouard Guillaume aura contribué à marquer un tournant dans l’histoire de la presse. En effet,  Le Bambou, passerelle entre la revue d’art, la revue littéraire et le livre de bibliophilie, fait entrer le périodique dans une nouvelle ère, celle de l’achevé, de l’œuvre accomplie.

 

Bénédicte DIDIER



1 Remy de Gourmont désignait ainsi les publications périodiques qui connurent un épanouissement dans les vingt dernières années du XIXe siècle. Les Petites Revues, essai de bibliographie, préface par Remy de Gourmont, Paris, Librairie du Mercure de France, réimpr. Paris, Ent’revues, 1992.

2 A. Daumas, « L’Art du Livre », Figaro, 22 octobre 1892 cité dans Catalogue de la collection Nelumbo : Petite Collection Guillaume,  Paris, E. Dentu, 1893, p. 38.

3 Géraldi Leroy et Julie Bertrand-Sabiani, La Vie littéraire à la Belle-Époque, Paris, PUF, « Perspectives littéraires », 1998. Voir le chapitre « Les revues : tradition et innovation », p. 117-156.

4 Voir Évanghelia Stead, « De la revue au livre : notes sur un paysage éditorial diversifié à la fin du XIXe siècle », Revue d’Histoire Littéraire de la France, 2007/4, vol. 107, p. 817.

5 J.-H. Rosny [Joseph Henri Honoré Boex], Mémoires de la vie littéraire. L’Académie Goncourt. Les salons. Quelques éditeurs, Paris, G. Grès, 1927, chapitre XI « Edouard Guillaume », n. p.

6 A. Daumas, op. cit.

7  Évanghelia Stead, op. cit., p. 815.

8 « Ainsi que nous l’avons annoncé à ses débuts, le Bambou s’arrêtera au douzième fascicule et formera six volumes. (…) Ainsi réserverons-nous à nos abonnés une collection unique au monde, arrêtée en pleine gloire ». Edouard Guillaume, sans titre, Le Bambou, périodique [ou fascicule] illustré, n°IX, p. 144.

9 Prix élevé correspondant, selon les tables de conversion de l’INSEE, à approximativement 9 euros en 2009 (sur la base de la valeur du franc de 1909).

10 « Cette multiplication de revues ou de magazines [entre 1880 et 1890] concerne encore une fraction certes élargie, mais encore bourgeoise de la population ; elle reste très éloignée de la clientèle populaire ». Jean-Pierre Bacot, La Presse illustrée au XIXe siècle. Une histoire oubliée, chapitre V « La guerre de 1870, le mariage de la presse et du livre illustré », Limoges, Presses universitaires de Limoges (PULIM), 2005, p. 151.

11 Edouard Guillaume, « A nos lecteurs », Le Bambou, périodique [ou fascicule] illustré, n°XII, p. 127.

12 Il est important de noter qu’à l’origine la presse illustrée naît du monde du livre et non de celui de la presse. Voir Jean-Pierre Bacot, op. cit.

13 Edouard Guillaume, « Avertissement », Le Bambou, périodique [ou fascicule] illustré, n°I, p. 9.

14 « Un public d’élite nous a suivis avec ferveur, une dizaine de mille lecteurs dont les éloges réitérés nous ont profondément touchés, encouragés et même, il le faut avouer, enorgueillis ».  Edouard Guillaume, « À nos lecteurs », Le Bambou, périodique [ou fascicule] illustré, n°XII, p. 126-127.

15 A. Daumas, op. cit., p. 38.

16 J.-H. Rosny, op. cit.

17 « [s]i la lutte pour la vie m'en laissait le temps, quelle joie de créer le type du jardin d'eau... le jardin d'eau qui serait composé de cent jardins d'eau ! », propos d’Edouard Guillaume repris par J.-H. Rosny, Catalogue de la « Collection Nelumbo », Paris, Dentu, 1893, p. 23.

18 J.-H. Rosny, op. cit.

19 Le Prince serbe Bojidar Karageorgevitch, artiste polyvalent de la Belle-Époque, cousin du roi Pierre 1er de Serbie, était chroniqueur, illustrateur et traducteur (notamment des mémoires de la célèbre danseuse américaine, qui compta parmi ses amis, Loïe Fuller : Quinze ans de ma vie). Il collabora notamment à La Revue de Paris et à La Revue hebdomadaire dans laquelle il fit paraître en collaboration avec un confrère Obrenovitch le 4 juillet 1903 un article intitulé « La Serbie au dix-neuvième siècle ».

20 Paul Margueritte (1860-1918), membre de l’Académie Goncourt, est un adepte du naturalisme. Il fonde avec J.-H. Rosny et Maurice Leroy le noyau fondateur de la colonie d’Hossegor. Leur projet nourri de socialisme utopique consistait à édifier une nouvelle abbaye de Thélème. Mais l’existence de Paul Margueritte, auteur de Pierrot assassin de sa femme (rôle qu’il joua lui-même au Théâtre libre), fut hasardeuse. Il connut « toutes les épreuves de l’homme de lettres, des espoirs fabuleux, des succès suivis de régressions » (J.-H. Rosny, op. cit., chap. I « La Genèse »).

21 Paul Radiot appartient aux minores dont il est difficile de retracer le parcours. Il a publié en 1901 aux éditions E. Leroux une étude sur Les Vieux Arabes (L’art et l’âme).

22 André Theuriet (1833-1907), membre de l’Académie française est un écrivain qui chante le terroir et les paysages de province. Son œuvre laisse une grande part au lyrisme.

23 Souryâ, énigmatique chroniqueur et graveur, laisse dans le Bambou une considérable étude sur la ville de Paris. « On s’est beaucoup questionné sur ce mystérieux Souryâ qui tout ensemble décrit et dessine dans le Bambou des aspects du Paris des Théâtres, du Paris des Plaisirs, des fêtes mondaines et populaires, du Paris de la rue, des marchés, des faubourgs. Nous ne pouvons que renvoyer à la  préface du premier numéro et répondre que Souryâ est bien véritablement un Disciple du Soleil » (« Les Albums de Souryâ », Le Bambou, périodique [ou fascicule] illustré, n°III, p. 5).

24 Jacques Soldanelle, chroniqueur régulier du Bambou est le pseudonyme de J.-H. Rosny (Son nom apparaît dans les traductions du Roméo et Juliette de Da Porto et de La Gitanilla de Cervantès, deux publications de la « Petite Collection Guillaume » revendiquées par ailleurs par J.-H. Rosny dans ses Mémoires).

25 Sur ces questions voir Marc Guillaumie, Le roman préhistorique, essai de définition d’un genre, essai d’histoire d’un mythe, coll. Médiatextes, Limoges, Presses Universitaires de Limoges (PULIM),  p. 55-56.

26 J.-H. Rosny, « Préface », Nymphée, Le Bambou, périodique [ou fascicule] illustré, n°VII, p. 27-28.

27 Armand Charpentier, L’Abonnement funéraire, ibid. n°XI, p.61-80. Un homme âgé de 70 ans est tenaillé par l’idée de sa mort prochaine. Ne sachant que faire de ses économies, il investit dans un abonnement funéraire. Mais l’affaire s’avère ruineuse car l’homme a une santé solide. Il ne lui reste qu’une solution : mettre fin à ses jours !

28 Henri de Villebois, Idylle, ibid., n° III, p. 81-102. La nouvelle relate l’idylle d’un peintre, Carl Resquenne pour son modèle, Nadia, une jeune  femme de bonne famille qui cherchait à voir confirmer sa beauté par un artiste.

29 William Ritter, Sang viennois, ibid., n° X, p. 113-136. Le narrateur rencontre lors d’un bal une enfant à la coquetterie précoce qui danse merveilleusement sur une valse de Strauss, Wiener Blut. Au fil des rencontres toujours fugitives, il tombe « vaguement et paternellement amoureux » de « l’exquise petite graine de monstre ».

30 Dans « Une Flaque », le héros Jean Noyère, fils de bonne famille, est en proie à un « éréthisme nerveux » qui se traduit par des songeries érotiques sur une ouvrière. « A la mer » met en scène une veuve et son fils, Albert, peu fortunés, et leurs cousins, de riches commerçants en vin. Albert vit les affres de l’adolescence et souffre de sa condition sociale. « Une Flaque », ibid., n°VI p. 33-76. « A la mer », ibid., n° IX, p. 29-90.

31 Paul Radiot, « Isolette », ibid., n°IX, p. 91-120. Isolette est une grisette fascinée par les vitrines des galeries du Palais-Royal. Elle devient pour un diamant la maîtresse d’un riche américain qu’elle quitte ensuite pour s’offrir sa boutique.

32 Gustave Geffroy, Le Cœur et l’esprit, « Les ombres », ibid., n°VII, p. 130.

33 Vladimir Korolenko, « Une nuit de Pâques », n°XII, p. 89-106.

34 Stevan K. Pavlowitch, Bijou d’art [Histoire de la vie, de l’œuvre et du milieu de Bojidar Karageorgevitch artiste parisien et prince balkanique], chapitre V « Un héros de roman de l’époque », coll. Slavica, éditions l’Âge d’homme, Lausanne, 1978, p. 91-92.

35 Souryâ, « Les Abattoirs », ibid., n°XII, p. 20-22.

36 Souryâ, « Jardins », ibid., n° IV, p. 31.

37 Souryâ, « Théâtres et Grandes Baraques », ibid., n°II, p. 111-132.

38 Souryâ, « Les Halles », op. cit., n°III, p. 17-18.

39 « Les Albums de Souryâ », op. cit., n° III, p. 6.

40 Jacques Soldanelle [pseudonyme de J.-H. Rosny], « Chronique » [Le Chroniqueur au Lecteur], ibid., n° I, p. 103-104.

41 Jacques Soldanelle [pseudonyme de J.-H. Rosny], ibid., p. 104.

42 « Le cheval à bicyclette » est sans doute une allusion aux premières automobiles en circulation comme « la victoria » qui ressemblait à une voiture à cheval sans les brancards. Un lexique équestre était déjà employé pour décrire la composition d’un moteur pour automobile (« frein de Pony », « cheval à vapeur », et « tricycle de cheval »).

43 Rosny rapporte la rencontre d’un naturaliste avec les anthropoïdes des forêts de Kymatav et les études menées sur le langage des singes, non pas fondé sur le son mais sur le visuel. En recourant à la photographie instantanée le scientifique put attester ce qu’il avait observé en distinguant 50 termes différents (qui furent reproduits et envoyés à Rosny).

44 La théorie présentée par Rosny est que l’alimentation de l’avenir sera rapide et liquide. Elle pourrait être constituée d’alcool et d’aliments azotés et solubles : une sorte de boisson énergétique, de boisson repas à laquelle, selon lui, se préparait déjà l’homme du XIXe siècle à travers certains médicaments.

45 Le berceau du vivant est la mer qui, selon le chroniqueur, est destinée à devenir un « océan fossile » après avoir épuisé ses ressources.

46 « La Grande Tueuse » désigne la civilisation européenne. L’auteur s’inquiète des dégâts provoqués par la civilisation sur le règne humain et animal et appelle à la préservation des forêts, des énergies naturelles, des peuples.

47  Rosny affirme, avec poésie, que le ciel inconnu révèle une immensité d’astres vivants inexplorés.

48 Rosny entrevoit la possibilité qu’un gouvernement achète une maladie virulente pour de « monstrueuses guerres d’anéantissement ». Il prévoit aussi, vers le milieu du XXe siècle, l’arrivée d’un fléau infaillible « une espèce de mélinite pathologique capable de dévorer des peuples entiers ».

49 Camarade du naturaliste Henri Magne, J.-H. Rosny reproduit une lettre du chercheur évoquant ses aventures et ses découvertes scientifiques.

50 Ludek Marold (1865-1898) artiste graphique tchèque, peintre de genre et caricaturiste. Il travailla pour le magazine allemand Fliegende Blätter et les magazines praguois Zlata Praha et Svetozor. À la fin des années 1880, il vécut à Paris : ses huiles et illustrations traduiront la vie des Parisiennes et des Parisiens au quotidien. Il connut le succès en 1888 avec Le Marché aux œufs, huile très vivante dans laquelle les personnages donnent l’impression de parler. Le nom de L. Marold eut un tel succès que les éditions Hachette lui proposèrent d’illustrer un roman de Theuriet. Dès lors, les commandes s’enchaîneront jusqu’à sa mort prématurée due à une fièvre typhoïde.

51 Ary Gambard peintre et illustrateur né en 1852. Il faisait partie des « fidèles de la rue de Coulmiers » (salon d’Edouard Guillaume) aux côtés de l’écrivain J.-H. Rosny, le docteur Santos et le graveur Florian. Le personnage surprenait par l’amalgame de l’intelligence, de l’esprit et de la cocasserie. Il  confia à J.-H. Rosny le souvenir de son enfance difficile passée en Normandie.

52 Charles Grivel, « La case-photo : mise en scène illustrative et documentaire dans le périodique de photographies entre deux siècles », L’Europe des revues (1880-1920) estampes, photographies, illustrations, dir. Évanghélia Stead et Hélène Védrine, Paris, PUPS, 2008, p. 47-49.

53 « Avec [Souryâ] le lecteur peut-être sûr de courir de surprises en surprises – des surprises où le charme du lointain se doublera de l’intérêt des choses réellement vécues, réellement vues », Edouard Guillaume, « Les Albums de Souryâ », Le Bambou, périodique [ou fascicule] illustré, n°III, p. 6.

54 Souryâ, « La Seine [Les Misérables] », ibid., n°X, p. 4-26.

55 Pierre Dagen, « Le Premier artiste », Romantisme, Paris, Armand Colin, année 1994, vol. 24, n°84.

56 « En limitant les tirages de la revue et de ses photogravures, il s’agit de créer de la rareté, en associant cette idée à celle d’œuvre d’art. La production plus courante, non limitée, bascule peu à peu dans le domaine de la « reproduction », sans valeur et méprisée ». Pierre-Lin Renié, « Les Lettres et les arts (1886-1889), un périodique illustré de la maison Goupil », L’Europe des revues (1880-1920), op. cit., p. 149.

   57 Edouard Guillaume, sans titre, Le Bambou, périodique [ou fascicule] illustré, n°IX, p. 144.

58 « Ainsi que nous l’avons annoncé à ses débuts, le Bambou s’arrêtera au douzième fascicule et formera six volumes. […] Ainsi réservons-nous à nos abonnés une collection unique au monde, arrêtée en pleine gloire », ibid.