Le Livre illustré européen au tournant des XIXe et XXe siècles, sous la direction d’Hélène Védrine, Paris, éditions Kimé, 2005, 352 p., 30 . ISBN 2-84174-376-4

 

Cet ouvrage savant, synthèse d’un colloque tenu en 2003, réunit dix-huit chercheurs internationaux, historiens du livre et historiens de l’art, dans le but d’étudier la diversité des formes d’illustration du livre européen en une époque de transition, la fin du XIXe siècle. L’œuvre des grands peintres-illustrateurs (Audrey Beardsley, Fernand Khnopff, Munch…) est mise en relation avec des domaines variés et encore peu exploités comme les sociétés de bibliophilie (Luce Abélès), la presse illustrée, l’illustration photographique, l’album, le livre pour enfants et le livre d’artiste. Comme le rappelle Hélène Védrine, la période fin de siècle est un moment clé de l’histoire du livre car elle permit à la fois la synthèse des traditions et l’émergence des innovations.

        Le livre illustré est en effet le fruit de superpositions d’images antérieures qui après avoir été transposées puis réinterprétées, aboutissent à la création d’une « œuvre d’avenir » (Gilles Polizzi, Yoko Takagi).  En effet, autour de 1900, le retour à l’iconographie macabre, par exemple,  permit aux artistes de rendre hommage et de rivaliser avec les maîtres du passé mais aussi de combiner idéologie et esthétique, reflexion politique et réflexion poétique (Philippe Kaenel). Le démembrement du livre fin de siècle, fidèle en cela à l’esprit de la décadence, aboutira à la création de formes singulières et signifiantes parmi lesquelles : le « livre monumental », Die Nibelunge de Joseph Sattler, qui met en scène sa propre destruction (Hélène Védrine). Mais le livre illustré est aussi l’œuvre du « non-faire voir » qui s’intéresse à ce que le texte ne dit pas, voire à ce qu’il cache (Norbert  Bachleitner) et un « poème symphonique » très représentatif du symbolisme décadent (Elisée Trenc). Le concept du « livre tout marge » développé par Evanghelia Stead  révèle que dans le livre fin-de-siècle, l’image, relevant par nature de la marge, envahirait le texte jusqu’à l’effacer. Grotesques, inepties et facéties plongent alors le livre dans le non sens et l’interprétation démultipliée :  le « roman-fragment » de Félicien Champsaur, Lulu roman clownesque, en est un autre exemple (Anne Larue). La diversité du livre fin de siècle et ses innovations comme « la photogravure et la phototypie » (Paul Edwards) sont à mettre en relation avec d’autres modes de coprésence de l’image et du texte, et tout particulièrement avec les couvertures illustrées de magazines (Jürgen Döring). Enfin, nous redécouvrons avec Nicole G. Albert, Benoît Bruand et  Nicolas Surlapierre le rôle de l’image dans la littérature pour enfants, la littérature politique et identitaire et le livre d’art. 

          Les communications mettent donc avant tout en évidence les passages entre les différents types d’image et les rémanences des formes du passé. Cette « histoire intégrée du livre illustrée » (Michel Melot), enrichie d’un cahier d’illustrations, fera sans nul doute référence pour de nombreux chercheurs, étudiants et lecteurs cultivés.

 

Bénédicte DIDIER.