Sophus Claussen, Une Nuit avec Paul Verlaine, traduction de Guy Charles Crosclaussen  

Edition Sillage (2009)

 02_Sophus_Claussen

          Un jeune poète suédois, Sophus Claussen (1865-1931), raconte la rencontre quasi mystique qu’il fit avec le célèbre Paul Verlaine dans un petit livre à la composition soignée et élégante.  

           Par une nuit humide, au travers des rues du Quartier latin pâlement éclairées, le jeune narrateur, Antonius, ose s’adresser au « prince des poètes ». Au-delà de la tristesse et de la pauvreté de l’homme, Antonius est subjugué par cet être baudelairien qui dans un éclat de rire « sonnant clair, heureux comme celui d’un enfant » offre comme un fragment retrouvé de l’Idéal. Au détour d’une conversation qui évoque pêle-mêle les femmes, la politique, la littérature, quelques mots du maître viennent ravir le cœur et l’esprit :

« N’est-ce pas que nous nous sommes retrouvés ? (…) N’est-ce pas que nous nous sommes retrouvés, répétait-il. Car l’homme a une âme, n’est-ce pas ? Nous avons une âme, continua-t-il avec insistance. Je suis heureux de vous avoir trouvé, de vous avoir retrouvé et d’être avec vous. On peut parfois être si mal à l’aise de se sentir seul ! » (p. 23-24)

« Nous sommes des anarchistes spirituels. C’est là la plus ancienne, la véritable anarchie. L’autre anarchie, la politique, qui est à la mode actuellement dans la jeune littérature parisienne, n’est que pure folie » (p. 26)

« J’ai la bouche pleine de mes vers, dit-il dans un sourire en se posant deux doigts sur les lèvres » (p. 27)

     Quatre ans avant la mort du poète, ce volume retrace un portrait des plus touchants de Verlaine. Claussen est très réaliste également dans sa peinture d’un siècle finissant au temps où la littérature et ses maîtres soulevaient encore une tempête d’admiration...verlaine