Nana Sahib de Jean Richepin est un drame en 7 tableaux représenté pour la 1ere fois le 17 décembre 1883. Jean Richepin y interprètera le rôle titre. Quant au premier rôle féminin, il fut interprété par Sarah Bernhardt. Parmi les acteurs on trouve également Félix Décori (dans le rôle de Sir Edwards), bien connu du milieu bohème.

Le personnage éponyme, Nana Sahib, est une grande figure historique qui mena une rébellion contre les colons anglais en 1857. Le destin mystérieux de Nana Sahib et notamment sa disparition avait nourri l’imagination d’écrivains français comme Jules Verne qui y consacra un roman : La Maison à vapeur (1880).

« Nana Sahib ! Ce nom de guerre, le plus redouté de ceux auxquels la révolte de 1857 avait fait une renommée sanglante, le nabab venait encore de le jeter comme un suprême défi aux conquérants de l’Inde ».

Jean Richepin propose une relecture « fin de siècle » du parcours de ce personnage héroïque mené à la mort par sa passion pour une femme. Il donne à lire également des propos politiques opposant les colons anglais aux « esclaves » indiens.

La pièce se déroule en Hindoustan, dans la province de Cawnpore en 1857-1858.

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I. RESUME DE LA PIECE

Premier Tableau : « Les Présents de Djamma »

Le premier tableau baigne dans une atmosphère de conspiration. Un sergent ordonne à quelques esclaves indiens d’activer les préparatifs en vue des prochaines festivités (cérémonie de réception du gouverneur). Le peuple indien enrage de devoir servir les Anglais. Djamma, fille du rajah, qui se prépare à épouser Nana Sahib, distribue au peuple une quantité de présents tous plus précieux les uns que les autres. Dans l’ombre, un esclave, Cimrou, attire le rajah Tippoo-Raï et lui propose un marché : il lui dira où se trouve le légendaire trésor de Siva et en échange le rajah lui donnera sa fille Djamma. Tippoo-Raï fait mine d’y réfléchir mais envoie un de ses hommes arrêter Cimrou.

Deuxième Tableau : « La Révolte »

 

La cérémonie commence. Lord Whisley invite le peuple indien à s’exprimer s’il se trouve victime d’injustice. Il prête une oreille attentive aux doléances des indiens mais Nana Sahib intervient et demande de réprimander plus sévèrement encore ceux qui osèrent prendre la parole. Soudain, la foule offensée s’écarte au passage d’un yogi que des sergents anglais brutalisent. Ce dernier appelle la foule à « faucher » les Anglais. C’est alors que Nana Sahib dévoile sa véritable identité et mène à son tour la révolte contre les Anglais pris au piège.

Troisième Tableau : « Le Massacre de Cawnpore »


Nana Sahib s’assure de l’amour de Djamma et refuse non seulement de reporter son mariage mais également le marché que vient lui proposer à nouveau Cimrou (de l’or en échange de la main de Djamma). Pris d’une fureur guerrière, il organise le massacre des colons anglais devant ses 2 otages : Lord Whisley et sa fille Miss Ellen.

Quatrième Tableau : « Le Paradis du tigre »

Nana Sahib est au combat lorsque Djamma entend de la bouche de Gamavât qu’un traitement de faveur est accordé à l’otage anglaise, Miss Ellen. Jalouse, elle ordonne sa libération mais quand Nana Sahib est de retour, tel une bête traquée, il comprend qu’il a été trahi car Miss Ellen était son dernier recours pour marchander avec les officiers anglais. Pris au dépourvu, Nana Sahib ordonne alors à Lord Whisley, menacé de tortures, de convaincre ses hommes de cesser les combats. Contre toute attente, Lord Whisley donne l’ordre à ses troupes de le fusiller, ce qui sera fait. Nana Sahib, désormais seul, décide de prendre la fuite dans la jungle appelée « le paradis du tigre ».

Cinquième Tableau : « Le Paria »

 Trois mois plus tard, les Anglais ont repris possession du palais. Un paria, qui n’est autre que Nana Sahib déguisé, est chassé par des officiers. L’annonce des fiançailles entre Djamma et Cimrou va être célébré quand Nana Sahib intervient et désigne Cimrou comme un esclave. Tippoo-Raï le reconnaît mais Cimrou fait mine de ne l’avoir jamais vu pour ne pas être à son tour démasqué. Sir Edwards fait venir des témoins dont Miss Ellen mais nul ne désignera le paria comme étant Nana Sahib soit par serment soit par respect de l’honneur.

Sixième Tableau : « Les Cavernes »

Cimrou entraîne son beau-père et sa promise dans la grotte où se trouve le trésor de Siva afin de conclure le mariage. En traversant la caverne, ils perçoivent des bruits de pas et craignent les esprits du tombeau de Siva.

Septième Tableau : « Le Trésor de Siva »

Dans la grotte, face au fabuleux trésor, Tippoo-Raï jubile alors que Cimrou entend bien s’emparer de Djamma. Soudain, Nana Sahib apparaît revêtu d’un costume de rajah. Pensant être trahi, Cimrou tue Tippo-Raï et se lance dans un duel contre Nana Sahib. Après une lutte ponctuée des prières de Djamma, Cimrou blessé mais encore en vie, met le feu à un bûcher. La porte de la grotte, définitivement scellée par un mécanisme dont Cimrou a le secret, condamne les héros. Les deux amants décident alors de mettre fin eux-mêmes au supplice en se jetant dans les flammes.

II. LA RECEPTION DE LA PIECE

Le succès fut très mitigé comme on le constate en lisant cette critique extraite de L’ILLUSTRATION, n°82 bis, dimanche 30 décembre 1883, p. 418.

« Le fameux drame en vers de Jean Richepin, Nana Sahib, dont on parlait depuis si longtemps, vient enfin de voir le jour à la Porte Saint-Martin. C’est assurément l’œuvre d’un rimeur habile mais ce n’est pas la pièce d’un homme de théâtre.

Il était tout d’abord étrange de choisir pour héros une sorte de monstre qui n’a guère d’autre titre à la célébrité que l’épouvantable massacre de la population d’une ville qui s’était rendue à la discrétion. La tuerie des prisonniers anglais, hommes, femmes, enfants, qui avaient eu foi dans la parole de cette bête féroce, est un haut fait qui eut dû écarter à jamais d’un cerveau humain toute réhabilitation. Mais ce qui a séduit le poète, c’est qu’après la reprise de la ville de Cownpoore par les Anglais, Nana Sahib disparut et qu’on ne sut jamais ce qu’il était devenu. Peut-être vit-il encore tranquillement chez quelque rajah anglophobe qui prend soin de sa vieillesse.

 Mais une fois le héros adopté, on pouvait croire que M. Richepin nous l’aurait montré dans son rôle historique, et que la sanglante épopée du barbare nous aurait valu un grand drame véhément et coloré. Point. Le Nana-Sahib de la Porte Saint-Martin est un personnage romanesque, poète à ses heures, violent et souvent, qui traverse, sans éveiller aucun intérêt, les incidents d’une action puérile dont le dénouement est un tableau des Mille et une Nuits.

 Nana-Sahib est aimé d’une jeune indienne, Djemma, que son père est sur le point de donner à un paria du nom de Cimrou, lequel lui a promis qu’il le conduirait dans le caveau mystérieux qui renferme tous les trésors de Siva, et même qu’il l’en ferait sortir. Car là est la difficulté : on peut entrer dans ce caveau mais pour en sortir, il faut connaître un secret que seul, Cimrou possède. (…)

 Ce ne sont pas, en effet, les beaux vers qui manquent dans l’œuvre. Il y en a d’éclatants, d’harmonieux, de colorés, d’émus, mais combien sont noyés dans les longueurs de cette pièce diffuse et dépourvue d’intérêt ! Il y a aussi des décors superbes et des costumes éblouissants, mais que tout cela devient accessoire, lorsqu’on veut en faire le principal !

 L’interprétation a eu des éclats et des faiblesses. Mme Sarah Bernhardt s’y montre la sirène poétique, passionnée, enchanteresse que nous connaissons, et son action sur le public pourra peut-être forcer le succès à se déclarer. (…)

Malgré les beaux vers de M. Richepin, malgré les splendeurs de la mise en scène, malgré la présence de Sarah Bernhardt, voilà une pièce à laquelle nous n’osons pas prédire les cent représentations d’usage. »