Le Scapin est une revue parue en 1885 et 1886. D'abord elle paraissait tous les quinze jours, puis tous les dimanches. Son directeur était Emile-Georges Raymond et son rédacteur en chef était Saint-Gerac. Le numéro se vendait au prix de 15 centimes.
Le premier numéro date du 1er décembre 1885. On peut y lire un éditorial de Saint-Gérac intitulé "En scène".



EN SCÈNE


Nous n'avons ni haine, ni parti pris en entrant en scène, nous n'avons ni colères à assouvir, ni admirations voulues à octroyer, libres nous sommes, libres nous resterons dans nos appréciations et nos critiques, mettant notre orgueil dans la sincérité.
Nous n'avons pas de programmes à écrire, d'abord parce que les programmes sont faits pour être violés comme les institutions et les femmes ; ensuite, parce que notre programme à tous , c'est l'anarchie littéraire.
Arrière donc les rengaines traditionnelles et plates ! Arrière les tartines indigestes ! Arrière les déclarations officielles et flasques ! Point n'est besoin de nous tracer une conduite ; encore une fois, nous la violerions !

Ce que nous voulons, c'est dodeliner, si bon nous semble, c'est barytonner, s'il nous plaît ; c'est avoir notre franc-parler et notre franc rire ; c'est rosser dans notre sac les gérontes de la littérature, ces raseurs sinistres qui nous envahissent ; c'est crier : Gare à ces fabricants de rengaines lymphatiques, gare aux pompiers, gare aux Ohnet !

Notre programme, c'est la réaction contre la prudhommie graisseuse, c'est la guerre à l'engourdissement stérile de tous ces pîtres qui bedonnent ; nous avons assez de ces "penseurs" sans idées, de ces scribes à l'aune, assez de ces chairs molles et sans consistance ; ce que nous voulons c'est de la moelle et du muscle, et des nerfs, s'il se peut !

Si nous recevons des coups, nous les rendrons, soyez sûrs. Notre devise est dent pour dent, oeil pour oeil.

Place donc à ceux qui vibrent, place à l'hystérie, place à la névrose !



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Le Scapin joue à merveille, dès son entrée en scène, le rôle attribué depuis L'Hydropathe à la "petite revue". En affichant ainsi son goût de la combattivité, le directeur du Scapin entre dans la mêlée avec la force et la vigueur de la jeunesse. Le lexique du spectacle est de mise car il s'agit véritablement de jeu théâtral. Les anarchistes du Scapin tentent d'attirer à eux les auteurs de la "jeune école" dont certains ont déjà rejoints leur équipe de rédaction ( comme Edouard Dubus, Léo D'Orfer et Louis Dumur ).