blog_042    Les cafés-concerts : espaces de liberté ?


Jules Vallès signe dans Le Tableau de Paris un véritable pamphlet contre le Paris des années 1880 qu'il oppose à la liberté politique de Londres.
"Ici, en pleine saison d'ironie, les marchands de gaieté tirent la langue et crèvent la faim. Ils ne peuvent payer ni leurs étoiles ni leurs lampes. Les artistes en arrivant trouvent la maison éteinte. La Compagnie a coupé le gaz. La Censure avait commencé par couper la langue.
(...)
Tout le monde n'en est pas là, et s'il y a des cafés-concerts qui font faillite par douzaines, quelques uns sont bourrés jusqu'au plafond, quoiqu'ils donnent le même spectacle que ceux qui ont fermé boutique. C'est que le peuple a besoin de repos, et qu'on aime à se retrouver ensemble, les braves gens de Paris, quand on a fini sa journée ! on aime à laisser quelquefois le foyer où l'on ne brûle pas la chandelle par les deux bouts, pour aller où il y a le gaz à grands jets et l'or à grosses taches. Pour quelques sous on a un luxe de millionnaire sous les yeux !"

Vallès évoque avec regret le temps où la célèbre chanteuse Théresa sapait l'Empire en rigolant.

"Aujourd'hui, la Muse populaire peut mettre des couleurs à son fifre et même fioriturer sur un clairon. La place est libre, et je ne vois plus d'espions à fusiller dans les autres champs où la littérature pousse son soc et creuse son sillon. La censure a désarmé de fait, devant les audaces du théâtre et du roman nouveau. Seul, le café-concert reste un otage entre les mains de ces inquisiteurs appauvris et furieux."

"Allons, vieux beuglant, il s'agit de ne pas rester là, comme les camarades, faire sa révolution. Traitre, celui qui laisse dans les filets de l'ennemi l'alouette gauloise, la chanson française !"

Le Tableau de Paris, p. 296-298, Messidor, Paris, 1989.