BREF HISTORIQUE DE LA BOHEME LITTERAIRE


Jusqu'au XIXe siècle, la bohème est considérée comme une forme de vagabondage. A l'origine le mot bohémien caractérisait une existence marginale et nomade en rapport avec la population venue de Bohême (accent circonflexe). On accordera parfois au bohème un sens plus large désignant une certaine liberté de pensée assortie à une allure vestimentaire particulière.

1819

Gericault fait scandale avec le Radeau de la méduse. Avec le romantisme l'artiste se forge une nouvelle image. Un certain fossé entre l'artiste et la société s'affirme en même temps qu'émerge la toute puissance de l'individu dans la foule. Le rejet des anciennes écoles (littéraires et artistiques) est synonyme de recherche identitaire.


1830

Une société nouvelle se met en place favorisant l'industrie et les techniques exploitant la matière. De ce fait l'art n'est plus qu'un divertissement, qu'un luxe. On cherche de plus en plus à le commercialiser. L'artiste semble condamné à la solitude, il cherche une évasion.  Méprisant la bourgeoisie et son système de valeur, le bohème adopte une démarche provocatrice et incarne une posture excentrique.

1835

 

Alfred de Vigny fait de son poète Chatterton un témoin de l'opposition entre le bourgeois et le bohème :

"J'ai voulu montrer l'homme spiritualiste étouffé par une société matérialiste, où le calculateur avare exploite sans pitié l'intelligence et le travail".

A l'opposé,  la "bohème dorée" d'origine aristocratique et très proche de l'esprit du dandysme cultive entre esthètes avertis l'insouciance de la jeunesse lors de réunions célèbres à l'Hôtel du Doyenné où se fréquentent Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Arsène Houssaye.

1841

L'association des "Buveurs d'eau" est fondée. Elle est composée de poètes, d'artistes peintres, de sculpteurs en quête de reconnaissance. Elle s'impose des règles de vie et de travail. Cependant bien des artistes de ce groupe moururent jeunes et dans la misère. Henri Murger y collabora, ce qui lui fournit sans doute la matière de son œuvre future. La bohème des années 1840 à 1850 est donc une bohème pauvre et besogneuse qui reste assez étrangère aux préoccupations politiques.

1844

Balzac fait de la bohème le seul mode d'existence capable de sublimer la misère de l'artiste. Il accorde à la bohème un sens profond dans son récit Un prince de Bohême :

"La bohème n'a rien et vit de ce qu'elle a. L'Espérance est sa religion, la Foi en soi-même est son code, la Charité passe pour être son budget. Tous ces jeunes gens sont plus grands que leur malheur, au-dessous de la fortune mais au-dessus du destin."

1849

Henri Murger décrit le comportement des bohèmes et une partie de leur existence en informant également sur une géographie particulière des lieux de vie bohème dans Scène de la vie de bohème.  Il ne cherchera pas à faire l'apologie de la bohème. Bien au contraire il insistera sur la nécessité de la quitter au plus tôt :

"La bohème n'est pas un chemin , c'est un cul de sac"

1852

Gérard de Nerval décrit dans La Bohème galante une bohème dorée telle qu'il l'avait vécue mêlée de mélancolie et d'insouciance.

Pendant ce temps Jules Vallès s'insurge et partage avec d'autres infortunés de l'existence un certain nombre de revendications. La bohème qu'il vivra ne sera pas choisie mais imposée. La bohème des années 1850 et 1860 est tout aussi pauvre et miséreuse que celle de Murger. La période historique est plus sombre, l'espoir est anéanti. Par leur indignation ces jeunes gens vont faire coabiter littérature art et politique. En 1852 paraît justement La Révolution sociale démontrée par le coup d'état de Proudhon.


1870

Après l'épisode tragique de la Commune, toute révolte semble écrasée. La parole est difficile. La bohème ne semble plus se faire entendre car la censure veille.


1878

La bohème renaît de ses cendres par l'esprit gai du poète périgourdin Emile Goudeau. Le cercle des Hydropathes est fondé, rive gauche. A la parole étudiante, Emile Goudeau apporte une touche de fantaisie. Il n'en faudra pas plus pour mettre le feu aux poudres. Un véritable bouillonnement culturel se produit. L'énergie de la jeunesse est revenue. Humour et mystification sont au programme. La bohème des années 1870-1880 a tiré les leçons du passé. Elle agira en marge de la société, dans un esprit volontiers carnavalesque.

1881-1888

Le Chat noir (cabaret et journal) est fondé. Montmartre devient la capitale du monde bohème. Rodolphe Salis et Emile Goudeau vont accorder à la bohème plus de gaieté. Il ne sera plus possible de discerner à travers les multiples travestissements empruntés par les bohèmes le vrai du faux. Ainsi la bohème et la bourgeoisie vont partager un espace commun : celui du spectacle. C'est dans un esprit particulier ( à force de réclames et de stratégies) que l'art nouveau sera "commercialisé"à un public assimilé sans complexe à une clientèle.

1889

De nouveaux évènements politiques bousculent la République. La gaieté s'éteint progressivement et laisse part à une plus grande inquiétude. Une autre période s'annonce : La Belle-Epoque.


.... A suivre.....