30 mai 2011
Dernière publication
Péguy au coeur : de Georges Sand à Jean Giono
Mélanges en l'honneur de Julie Sabiani sous la direction de Denis Pernot (Klincksieck, 2011)
Il est question de grandes figures d' écrivains parmi lesquels Camus, Jean Giono, Georges Sand, Colette, Anna de Noailles, Théophile Gautier, Maxime Du Camp, Gustave Flaubert...
et pour les curieux de la période fin de siècle :
Vous y trouverez un article sur une revue fin de siècle intriguante et innovante, Le Bambou d'Edouard Guillaume, dont voici quelques illustrations signées Sourya :
25 avril 2011
Un témoignage de Georges Lorin
Aux origines des hydropathes
(Le Figaro, supplément littéraire , Samedi 6 novembre 1926 n° 396)
« Remont’ nous jusqu’à Eve et allons pas plus loin » disait le compositeur Hervé, dans un de ses opéras-bouffes. Remontons donc à l'origine des Hydropathes alors qu'ils ne savaient pas encore qu'ils seraient jamais baptisés. Je suis de l'avis de Donnay qui, dans son livre Autour du Chat Noir, nous, assure que tous les événements ont les pieds accrochés à la ficelle du hasard. Comme on va le voir, c'est l'étincelle hasard qui a mis le feu de la gaîté à Montmartre, et il n'y eut jamais fête plus brillante pour l'art et pour l'esprit. L'Eldorado fut un concert des Champs-Élysées.
Ce concert eut un comique nommé Duhem, ce Duhem eut un frère portant le même nom de théâtre et chanteur aussi. Or, en 1871, j'étais en garnison à Chartres (ma batterie, la 22° ayant été mise à l'ordre du jour au Drancy, après la deuxième bataille du Bourget). Ah ! je cite la guerre puisque, pour une fois, elle s'est réhabilitée et je retrouvai là Pescheux, des Bouffes, et Joseph Renot, de Belleville. Avant la totale extinction des feux, harmonieuse et mélancolique, qui semblait nous demander pardon d'arriver sitôt, nous disions des vers et chantions. Le service nous s'accaparait, il n’y avait pas de distraction. Sauf un café tenu par un certain Courtemanche, qui, au coin de l'avenue de la Gare et de l’esplanade, nous offrait un refuge monotone. Un jour arriva, avec deux chanteuses ! le frère de Duhem. Je dis à Renot « Si je proposais à Duhe de donner, les dimanches, après l'appel (2 h. 30) des concerts d'artilleurs? » II ne viendra personne, me dit Renot (et c'était un peu l'avis de Pescheux) ces soldats préféreront aller boire du cidre avec des filles. « Viens tout de même. » Duhem sauta de joie et ses chanteuses aussi. Il y avait une difficulté pour le pianiste : donnerait-il son concours gratuitement ? Il répétait au piano. Je demandai non nom : Soumet. J'allai m'asseoir vers lui : « Vous vous appelez Soumet ? Ne seriez-vous pas le fils de la meilleure amie de maman, je suis Georges Lorin, d'Auxerre ». On s'embrassa presque. Renot, Duhem, Pescheux étaient stupéfaits. Je revins vers eux « Que lui as-tu dit? » « Allez lui demander! » Voilà l'origine des Hydropathes.. On prévient la caserne. Enthousiasme. Nous déjeunâmes avec ces messieurs sous-officiers.
Le premier dimanche arrive. Billard couvert d'une housse. En l'air guirlandes de roses. Chanteuses en blanc. Renot et moi, exemptés d'appel, avions filé en avant. A trois heures, pas un artilleur. Renot me regarde. A 3 h. 10, pas un artilleur. A 3 h. 15, nul artilleur. Renot, ironique, dit simplement : « Tu vois! » 3 h. 20, 25. Rien. Que quelques larmes dans les yeux des chanteuses. A 3 h. 30, rumeur terrible sur la place Marceau, tout le régiment montant vers la haute ville arrivait, et les gosses et la foule suivaient.
Des artilleurs assis, sur et tout autour du billard et, dans une salle du fond, les officiers ! Je montai sur l'estrade ; je tenais une ombrelle cassée, j'avais des marguerites dans toutes les boutonnières de ma veste que j'avais retournée et je chantai la chanson de l'artilleur malheureux. Le cri du refrain c'était, plaintif « Ah ! L'artillerie! » (Où est cette chanson, je ne l'ai jamais retrouvée). Ce fut du délire! Il y avait d'autres chanteurs, il y
avait un violoniste. Cela dura cinq dimanches. Qu'arriva-t-il ? Un sous-lieutenant, jaloux, nous dénonça au rapport. Le colonel qui n'ignorait rien ne pouvait plus ne pas sévir ; il nous fit appeler et, comme punition, puisque nous avions de si belles voix, nous condamna à être élèves-brigadiers. Les bons numéros existaient alors. Plusieurs quittèrent le régiment. On se perdit de vue.
Vers I878, j'avais remplacé Forain dans un atelier du sixième étage au 22 de la rue Monsieur-le-Prince. Au restaurant Thirion (boulevard Saint- Germain) où je déjeunais, un nommé Adolphe Pelleport nous révélait l'étrange musique d'un nommé Maurice Rollinat dont il disait, du reste, de fort beaux vers. Je fis la connaissance de Rollinat, au café Voltaire, et nous devînmes d'autant plus amis que je ressemblais à son frère disparu. Je fréquentais alors une brasserie d’un immeuble de la rue Racine où trônait au comptoir une femme d'une grande beauté. J'emmenai Rollinat à cette brasserie où lui- même amena Frémine et où nous rencontrâmes Goudeau. La sympathie fut immédiate. On ne se quittait plus. Des artistes qui fréquentaient là allaient aussi au café de la Rive Gauche (boulevard Saint-Michel, au coin de la rue Cujas). Goudeau était des leurs. Il nous y entraîna. Un soir, à ce café, apparaît un nommé Paillard qui, à Chartres, était le secrétaire du général « Je viens vous chercher! » « Nous chercher? » « En souvenir du Concert des artilleurs, j'ai organisé, au 2 du boulevard Voltaire, des petites réunions de famille. C'est charmant, venez, c'est le mercredi ». Avec Goudeau, nous y fûmes. C'était charmant, en effet. Ce premier soir, une petite fille de quatre ans, parfaite pianiste, chanta délicieusement « Accours dans ma nacelle, timide jouvencelle. » Goudeau baptisa ces soirées « Les Mercredines ». Nous revînmes à deux heures du matin. Il faisait un froid de loup. Rue Turbigo, devant le passage de l'Ancre, Goudeau, pour se réchauffer, interpella les étudiants. Il leur reprocha en termes violents de n'être bons qu'à gueuler fort dans les brasseries, mais incapables d'imiter les Mercredinés. Je lui dis :«Il manque l'inspirateur ! » et je lui racontai les doutes de Renot. Il conclut qu'il fallait essayer. Le vendredi suivant, au premier de la Rive Gauche, nous délibérâmes de nos projets. Paul Mourïet se leva brusquement et s'écria « Je commence : Waterloo, Waterloo, Waterloo, morne plaine. Victor Hugo fut le premier poète dont il fut dit des vers aux Hydropathes. Mais cette société en herbe était sans titre. Il en fut proposé d'innombrables, tous genre 1830. J'avais mon idée de derrière la tête. Léo Goudeau (frère de Goudeau), qui signait Léo Montancey, m'avait récemment raconté ceci chez une dame amie qui demeurait rue Saint-Jacques, on se réunissait pour causer art. Quand la rime faiblissait, on jouait. Là venait un nommé de Puyjalon, fils de famille, retour du Canada, où il avait chassé l'ours au bord du lac Ontario. En fait de bocks, on demande souvent des demis; Goudeau buvait volontiers des entiers. Il en avait bu ce soir-là et crut, perdant, que Puyjalon (ce qui était invraisemblable) trichait. II se mit en colère et l'accusa de n'être pas un chasseur d'ours, mais un chasseur d'hydropattes. Questionné (j'abrège), Goudeau répondit que les hydropattes étaient des oiseaux à pattes de verre que Puyjalon coupait et qu'il vendait pour en faire des pieds de coupe à Champagne.
Quand Goudeau fut calmé, le soir même ou le lendemain, on lui demanda qui lui avait inspiré ce mot hydropatte. Il avait vu, en vitrine d'un marchand de musique, ce titre Hydropathen-valse dans son état de surexcitation et avec son amour de l'originalité, lui était revenu à ta mémoire. Eh bien moi, j'avais conclu (je me dresse !) qu'il fallait que la société s'appelât les Hydropathes! mais que, puisque nous étions au quartier Latin, il fallait parler latin et j’ajoutai avec raison que si cette orthographe ne précisait pas que nous fussions pour ou contre l’eau, les journalistes se disputeraient à son propos et qu'une réclame gratuite nous était assurée, ce qui arriva. On sait le reste. Ce fut une ruée de talents. Donc, nous trouvâmes, au coin tout proche de la rue Victor-Cousin, Une salle en angle non encore louée. Nous plaçâmes le piano dans le coin, et l'on commença. A la fin de la semaine, nous étions 250 Inscrits. C'est la que Fernand Icres vint me demander timidement, avec un accent méridional qui semblait sculpté, de dire, à sa place, une pièce de vers intitulée Une Conquête. Il me remercia de l'avoir forcé à la dire lui-même, en dépit du danger de l'accent en me la dédiant. Aux premiers vers ce fut un sourire de toutes les pipes. Quand il commença la seconde strophe, « C'était une Pyrénéenne/ A l'encolure herculéenne », l'auditoire exulta, transporté d'admiration. Fernand Icres était célèbre. Notre salle en angle fut louée. Une grande salle de concert inutilisée nous fut offerte rue de Jussieu. Un soir, au moment des vacances, Alphonse Allais, « illustre Sapeck», et Georges Fragerolle entrèrent en tirant des feux d'artifice. On sortit en chantant et. on ne revint plus. Deux ans après, je rencontrai, près du marché de la place Maubert, Maurice Petit, organiste aux Invalides, qui s'était particularisé en couchant, dans un cercueil capitonne en satin blanc. Il était moins joli que Sarah et avait des cheveux hirsutes. « On s'ennuie, me dit-il, si on recommençait : j'ai découvert un sous-sol, au Soleil d'Or, place Saint-Michel. » « C'est fait ! » II me nomma, séance tenante vice-président. Je le nommai président et baptisai la société « Les Hirsutes! ». Là, surgirent d'autres célébrités : Haraucourt, Jean Rameau, Laurent-Tailhade, Jean Moréas, Charles Vignier, Rodolphe Darzens, Jean Ajalbert.
Un soir, un camarade de Bullier me dit « J'ai hérité, je fonde un cabaret artistique à Montmartre, amène-moi ces gens-là et surtout Rollinat ». Ce fut fait. Les Hirsutes avaient une succursale. Louis Marsolleau, Charles Gros, demeuraient rue de Rennes. Il y avait, au bas de cette rue de Rennes, un petit chalet suisse où l'on buvait de la bière. Au premier, Cros réunit les Zutistes. Là, je vis pour la première fois Louis Le Cardonnel, Mac Nab et. d'Esparbès. Et maintenant, je vous renvoie à Maurice Donnay mais non sans avoir donné un souvenir à la Sorbonne où fut tenue, le 28 décembre 1919, une séance d'Hvdropathes, sous la présidence du ministre des Beaux-Arts, M. Léon Bérard ; et aussi à l'Odéon où, sous la gracieuse égide de MM. Paul Abram, Raymond Genty et Emile Duard, furent évoquées maintes fois des séances présidées par un Salis tellement ressemblant que je ne fus pas étonné qu'il me tutoyât. A quelque temps de là, j'eus une idée que je soumis à Léo Trézenik, directeur de Lutèce. Un jeune poète de province qui signait Jean-Charles Laurent (le jeune poète, ce fut Marsolleau et moi), écrivait à Trézenik une lettre accompagnée d'une pièce de vers. Le jeune poète ajoutait « Si vous insérez cette pièce, c'est que je dois m'engager dans la littérature nouvelle. » L'épigraphe de la pièce, composée de deux signes de points, était signée Paul Verlaine. Quand on la lui montra, il dit « C'est ce que j'ai fait de mieux! » La lettre parut (voilà un numéro de Lutèce vers avril 1884 intéressant à retrouver). Rumeurs dans la petite trinité. Henri. Beauclair vint notifier : «Je vais voir Gabriel Vicaire et nous allons faire paraître les Déliquescences d'Adoré Floupette. Un grand journaliste récrimina en trois colonnes. On lui fit remarquer qu'il avait pris au sérieux une fumisterie. Dans trois autres colonnes, il affirma ne s'y être pas trompé. Les symbolistes étaient célèbres. Ayant rempli, je crois, tous mes devoirs, je me rassois, tranquille, dans le fauteuil d'or du souvenir.
Georges Lorin.
27 septembre 2010
COMPRENDRE L'ESPRIT DE LA FIN DU XIXe SIECLE
Comprendre l'esprit de la fin du XIXe siècle c'est entrer dans une période de l'histoire fort célèbre, de la Commune de Paris à la naissance et à l'épanouissement de la Troisième République. Les questions que nous nous poserons sont liées à la relation entre littérature et société c'est-à-dire : de quelle manière les écrivains participent-ils aux débats politiques et aux débats de société, à la construction, à la diffusion ou à la mise en question des opinions et des valeurs de cette époque ? Quel rôle jouent-ils dans les représentations et les opinions qui sont communément partagées ou qui sont l’objet de controverses dans une société ?
La première partie qui suit est consacrée à la Crise religieuse qui, en cette fin de siècle, agita les esprits, bouleversa la philosophie, la science et le monde des lettres.
Un peu d’HISTOIRE…
La Crise religieuse
A l’aube du XXe siècle les croyances religieuses sont remises en question. Pendant l’Ancien Régime le pouvoir royal représentait l’émanation terrestre du pouvoir divin en vertu du vieil adage de St Paul, Nulla potestas nisi a deo, qui, de ce fait, constitue le dogme de l’infaillibilité du roi. La constitution de la monarchie française s’organise donc autour de lois fondamentales dont le catholicisme faisait partie. A cette époque, la France est considérée comme la fille aînée de Dieu « Gesta Dei per Francos » ce qui signifie alors que les desseins de Dieu sont accomplis par les Français.
En 1802 le Concordat napoléonien conférait une place de choix à la religion. Le chef de l’Etat nomme les évêques avec l’accord du Pape. Une alliance existe entre l’Eglise et le pouvoir politique français.
Au milieu du XIXe siècle les attaques contre la religion se multiplie pour aboutir en 1905 à la séparation de l’Eglise et de l’Etat devenu laïc.
Cette crise religieuse naît d’une série de phénomènes convergents
Le devenir des sc
iences qui tend à faire croire que l’explication des
phénomènes humains ne nécessite pas de recourir au surnaturel : c’est la
naissance des sciences sociales comme l’ethnologie, la sociologie, incarnées
par Emile Durkheim (1858-1917) et Lucien Levy-Bruhl (1857-1939). La religion
est alors appréhendée comme un phénomène social comme un autre.
Ernest Renan (1823-1892) et son Histoire des origines du christianisme (en 7 volumes de 1863 à 1881) refuse toute crédibilité aux enseignements dogmatiques en considérant que la vie de Jésus doit être comprise comme celle de n’importe quel homme et que la doctrine chrétienne est postérieure à la vie du Christ.
Le Positivisme
Les idées anti religieuses vont être traduites philosophiquement au cours du XIXe siècle, notamment sous l’impulsion d’Auguste Comte (1798-1857), un des fondateurs de la sociologie caractérisée comme l’aboutissement de son « positivisme » (un système de pensée qui s’appuie sur les sciences dites positives c’est-à-dire exactes comme les mathématiques et la physique). En 1848, la Société positiviste est fondée.
Pour Auguste Comte, le positivisme est lié à la loi des 3 états :
1. L’état théologiqu
e qui s’étend des origines
de l’humanité au 13e siècle. Il se caractérise par le fait que
l’homme, au lieu de constater des lois, cherchait pour expliquer des phénomènes des causes surnaturelles
2. L’état métaphysique qui s’étendit du 14e au 18 e siècle et qui fut marqué par les progrès de l’esprit critique. L’homme attribuait alors les phénomènes à des entités abstraites (la Nature, la Matière, la Raison..).
3. L’état positif ou scientifique à partir du 19e siècle qui cherche à constater des lois par l’observation et le raisonnement.
Mais le positivisme ne tarde pas à être critiqué. Certains intellectuels prennent leurs distances face à ce mouvement de pensée. Ainsi le personnage de Flaubert, le pharmacien Homais, est l’incarnation ridicule du bourgeois positiviste : on se souvient du discours qu’il tient devant les époux Bovary, à leur arrivée à Yonville, un discours où, sous l’éloquence scientifique, percent la stupidité et l’intérêt.
Le Scientisme
Sous l’influence de la pensée d’Ernest Renan notamment, une idéologie nouvelle apparaît selon laquelle la science expliquerait tout : Le scientisme. C’est donc une sorte de positivisme radicalisé qui voit naître l’idée que la politique devrait s’effacer au profit d’une gestion scientifique. Felix Le Dantec (1869-1917) est en quelque sorte le pape du scientisme. C’est un homme très persuasif qui mena une brillante carrière scientifique et qui enseigna à la Sorbonne. Il fit connaître ses idées révolutionnistes et déterministes en ce qui concerne l’Humanité et la Vie (considérée comme un phénomène physico-chimique).
Premier bilan : La crise moderniste
C’est une crise qui affecte les valeurs du christianisme et qui prend de l’ampleur au milieu du XIXe siècle. La validité même des dogmes est remise en cause (dès 1799, Friedrich Schleiermacher explique que les dogmes sont des créations historiques et non des vérités objectives), et, si l’on s’en tient à ce que dit Auguste Comte dans les années 1830-1840, la religion est condamnée à disparaître avec l'avènement du stade positif de l'humanité. A la fin du XIXe siècle, l’opinion se forge autour de l’idée que la vie de la science signe la mort de Dieu.
La mort de Dieu
Le matérialisme
Le matérialisme se fonde d’abord sur une découverte biologique. En 1854, l’expérience de la synthèse de la glycérine signe un événement majeur car on a réussi a recréer une substance vitale, ce qui autorise certains scientifiques à penser qu’on peut reproduire la vie. L’hypothèse de la création du monde par Dieu devient alors inutile.
En 1861, Paul Pierre Broca (1824-1881) découvre le centre de la parole dans le cerveau et ouvre la voie à une interprétation matérialiste de la pensée. La pensée, le langage articulé seraient une sécrétion du cerveau. L’hypothèse divine s’effondre. A ce sujet, Roger Martin du Gard (1881-1958) écrit : « La pensée est une manifestation de la vie organique au même titre que les autres fonctions du système nerveux » ou encore « Je n’ai jamais rencontré qu’une substance unique : la substance vivante ».
L’âme devient alors une manifestation du système nerveux, il n’y a plus de pensée hors de la matière vivante. La conséquence de ces découvertes est un monisme philosophique qui veut que tout ce qui existe n’est constitué d’une seule substance. Il n’y aurait donc pas 2 réalités, la matière d’un côté, la pensée de l’autre mais une seule réalité : la matière dont découle la pensée.
L’évolutionnisme
La théorie de l’évolution s’impose définitivement à la fin du XIXe siècle. La diversification des espèces s’explique sans besoin de recourir à l’hypothèse d’un Dieu créateur. Deux théories voient le jour :
- celle de Charles Darwin (1809-1882) qui veut que l’espèce évolue par la sélection naturelle découlant de la concurrence vitale entre « les forts » et « les faibles ».
- celle de Jean Baptiste Lamarck (1744-1829) qui veut que l’évolution des espèces se fasse par la transmission héréditaire de propriétés nouvelles.
Du point de vue philosophique, la croyance à l’évolution implique les conséquences suivantes :
- l’élimination de la notion de création (si tout est en devenir, il est contradictoire de poser les notions de commencement et de fin du monde).
- l’être n’est pas libre : il est soumis au déterminisme.
- Notre conscience et nos idées sont les produits de l’évolution
De la science à la littérature
La science prétend avoir réponse à tout. La foi en la science se substitue à la foi religieuse. Le savant devient le héros de la nouvelle morale car il voue sa vie à la recherche de la vérité sans a priori dogmatiques.
L’œuvre d’Emile ZOLA
L’œuvre de Zola illustre bien cette mentalité, cette foi positiviste. Elle est d’ailleurs théorisée dans l’ouvrage Le Roman expérimental (1880) où Zola développe sa théorie du roman. Le sous-titre précise qu’il s’agit de « l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire », établissant ainsi un lien certain entre une conception zolienne du roman et les sciences de la vie.
Les présupposés théoriques de zola prennent leur source dans les ouvrages suivants :
- Introduction à l’histoire de la littérature anglaise, d’Hippolyte Taine (1864) dans laquelle l’auteur explique que l’individu est le produit du milieu, du sol, du climat, du moment, de la race. « Le vice et la vertu sont des produits comme le citriol et le sucre », écrit Taine.
- Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, de Claude Bernard (1865), ouvrage dans lequel le maître de la physiologie expérimentale explique la nécessité de soumettre toute hypothèse à la preuve expérimentale.
- Traité philosophique et physiologique de l’hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux, du médecin chef Prosper Lucas (1847-1850) qui explique que les traits de caractère d’un individu sont liés à ses antécédents familiaux.
Le roman est donc une science pour Zola qui prétend le construire avec la rigueur d’une expérience scientifique. Tous convergent vers les observations suivantes sur l’influence des milieux, la physiologie, l’hérédité. Le déterminisme est la clé de voûte de l’édifice et la physiologie exerce un rôle fondamental pour comprendre la psychologie d’un être humain/ d’un personnage.
Dans Thérèse Raquin Zola explique :
« J’ai voulu peindre des tempéraments et non des caractères »
« Les amours de mes 2 héros sont le contentement d’un besoin »
« Ce que j’ai été obligé d’appeler leur remord consiste en un simple désordre organique. Mon but a été un but scientifique avant tout »
La littérature se présente sous une optique scientifique. Le romancier se borne à placer ses personnages dans certaines conditions : leurs actions les conduisent vers un devenir déjà écrit.
L’élaboration d’une morale laïque
Les conséquences de ces systèmes de pensée sont très importantes car l’on constate, avec la négation de la religion, un vide moral. Or, la société ne peut pas vivre sans morale. Comment alors définir une morale laïque ?
D’éminents savants reculent devant les conséquences de leurs découvertes.
Ainsi Littré, positiviste,
exalte le sentiment religieux. Renan, qui a pulvérisé l’enseignement
dogmatique, pense que les dégâts sont importants : est-ce que l’expression
de la vérité est supportable pour tous ? Les gens auraient-ils besoin de
mensonges pour vivre ? Cette citation le prouve : « Qui
sait si la vérité n’est pas triste ? »
Pasteur en 1882 prouve qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre l’esprit scientifique et l’esprit religieux car ils manifestent le même sentiment de mystère devant l’infini : « La notion de l’infini dans le monde, j’en vois partout l’inévitable expression ; par elle l’idée de Dieu est une forme de l’infini ».
Le sujet prend évidemment une tournure politique.
Les pères fondateurs de la Troisième République tentent de modérer l’anti-cléricalisme à la fin du XIXe siècle. La grande bourgeoisie va même jusqu’à recréer l’alliance entre elle-même et l’opinion catholique car l’Eglise doit préserver son rôle de « conservation sociale ».
Pour Durkheim, la morale doit se fonder sur la sociologie : l’individu s’il veut s’intégrer dans la société doit en intégrer les valeurs. La morale réglementaire d’un Etat définit la morale à laquelle les individus doivent se soumettre. On accusera alors l’Etat radical de soumettre l’individu à la raison d’état.
Le positivisme est loin de coïncider avec le progrès social car il justifie un déterminisme, et un égoïsme vital indispensable à la survie humaine.
Si l’homme est le produit de l’évolution, si tout homme est déterminé sans recours possible, alors l’exigence de la loi morale est vide de sens. La morale n’existe uniquement s’il y a la liberté.
Paul Bourget montre dans Le Disciple (1889) que le déterminisme conduit à la dissolution de la morale.
23 septembre 2010
Oskar Nedbal
De la bohème à la Bohême, il n’y a qu’un accent et une majuscule…
Étant depuis toujours passionnée par la culture slave, l’œuvre d’Oskar Nedbal ne pouvait pas me rendre indifférente.
C’est avec plaisir que j’aimerais vous faire partager la vie et l’œuvre de ce grand artiste au destin si proche des artistes bohèmes que j’ai côtoyés au cours de mes recherches…
Oskar Nedbal, chef d'orchestre, altiste
et compositeur tchèque, est né en Bohême en 1874. Il était originaire de
la petite ville de Tábor, une cité dont le nom évoquerait le Mont
Tabor, lieu saint dans la Bible. Située
à 80 km de Prague,la ville comporte des monuments de style gothique comme l’hôtel de ville, le réservoir d’eau
artificiel Jordán datant de 1492, le plus ancien d’Europe centrale, pourvu d’un
château Renaissance entouré d'eau. Caractérisée par un réseau dense de
rues coudées, par l’église baroque de
Klokoty et par une file de maisons bourgeoises à pignons de type renaissance, Tábor
est une muse qui alimenta sans doute l’inspiration romantique du
compositeur.
Oskar Nedbal entre au Conservatoire
de Prague. Elève de Dvorak et de Bennewitz, il cofonde le quatuor à
cordes de Bohême dans lequel il fera carrière de 1891 à 1906 (ensemble
instrumental composé de deux violons, d'un alto et d'un violoncelle - Nedbal y
sera altiste). Nedbal dirigera à Prague l'Orchestre philarmonique de
Boh
ême de 1896 à 1906. De 1906 à 1919, il s’installe à Vienne où on le nomme directeur du Tonkünstler-Orchester.
Il compose des ballets et des opérettes qui lui vaudront une réputation
mondiale en 1913 en tant que créateur de « l’opérette tchèque ».
Après la création de l’état tchekoslovaque, Nedbal revient dans son pays :
il devient directeur artistique de l'Opéra du Théâtre national de
Slovaquie à Bratislava - un théâtre à l’architecture signée H. Helmer et F. Fellner, très inspirée du
style viennois qui fit fureur dans l’Europe centrale du XIXe siècle. Enfin il fut surtout le fondateur de l’Orchestre
symphonique de la radio slovaque.
Accablé de dettes, à l’âge de 56 ans, il se donne la mort en sautant par la fenêtre du théâtre de Zagreb un reveillon de Noël 1930.
Aux côtés de gloires nationales comme :
Bedřich Smetana (1824-1884) : La Moldau
Antonín Dvořák (1841-1904) : Humoresque ; Valse
Nebdal apparaît dans la lignée de compositeurs éclectiques tel un « mélodiste spontané » comme le prouve cette célèbre « Valse triste » tant appréciée des connaisseurs.
Sites à consulter :
Musica bohemica La musique des Pays de Bohême
http://www.musicologie.org/Biographies/n/nedbal.html
22 septembre 2010
UNE NUIT AVEC PAUL VERLAINE
Sophus Claussen, Une Nuit avec Paul Verlaine, traduction de Guy Charles Cros
Edition Sillage (2009)
Un jeune poète suédois, Sophus Claussen (1865-1931), raconte la rencontre quasi mystique qu’il fit avec le célèbre Paul Verlaine dans un petit livre à la composition soignée et élégante.
Par une nuit humide, au travers des rues du Quartier latin pâlement éclairées, le jeune narrateur, Antonius, ose s’adresser au « prince des poètes ». Au-delà de la tristesse et de la pauvreté de l’homme, Antonius est subjugué par cet être baudelairien qui dans un éclat de rire « sonnant clair, heureux comme celui d’un enfant » offre comme un fragment retrouvé de l’Idéal. Au détour d’une conversation qui évoque pêle-mêle les femmes, la politique, la littérature, quelques mots du maître viennent ravir le cœur et l’esprit :
« N’est-ce pas que nous nous sommes retrouvés ? (…) N’est-ce pas que nous nous sommes retrouvés, répétait-il. Car l’homme a une âme, n’est-ce pas ? Nous avons une âme, continua-t-il avec insistance. Je suis heureux de vous avoir trouvé, de vous avoir retrouvé et d’être avec vous. On peut parfois être si mal à l’aise de se sentir seul ! » (p. 23-24)
« Nous sommes des anarchistes spirituels. C’est là la plus ancienne, la véritable anarchie. L’autre anarchie, la politique, qui est à la mode actuellement dans la jeune littérature parisienne, n’est que pure folie » (p. 26)
« J’ai la bouche pleine de mes vers, dit-il dans un sourire en se posant deux doigts sur les lèvres » (p. 27)
Quatre ans avant la mort du poète, ce volume retrace un portrait des
plus touchants de Verlaine. Claussen est très réaliste également dans sa
peinture d’un siècle finissant au temps
où la littérature et ses maîtres soulevaient encore une tempête d’admiration...
23 mars 2010
LE MENDIANT LITTERAIRE
Un concept à méditer....celui du "mendiant littéraire"
En 1858, bien avant la période fin de siècle, le petit monde de la plume avait déjà ses caricaturistes. Un fascicule intitulé Paris Vivant parut justement à cette date jetant un œil ironique sur ces artistes qu’on dit « bohèmes ». Préfigurant le regard sans concession des petites revues, l’auteur de ce fascicule se moque des « mendiants littéraires » qui se mettent à pulluler dans le Tout-Paris. Ce sont des jeunes gens qui profitent de la notoriété d’une image pour amasser quelque fortune sur le dos des honnêtes gens. Ainsi, on le décrit très aimable, et très éloquent au sujet de son génie littéraire :
Quand l’inspiré ne trouve pas de famille candide qui
l’admire et qui l’adopte, il se rejette sur ses connaissances et sur le public.
Il se fait mendiant littéraire.
Le mendiant littéraire est un type que nous ne
pouvions pas oublier ici. Quand il ne vous rencontre pas par hasard, il vous
guette pour vous rencontrer comme par hasard, et vous accostant :
- Eh ! Bonjour
cher, comment ça va ?….Prêtes-tu trois francs ? (plus ou moins, selon
l’opinion que le gaillard a de vos moyens). Puis il vous parle de son fameux
grand livre ou de sa célèbre pièce en huit actes, etc., qu’il est tout prêt
d’achever.
Quelquefois il colporte quelque vieille nouvelle ou quelques
méchants vers dont il est l’auteur, et se sert de ce prétexte pour demander un
secours.
Il est des mendiants littéraires qui exploitent
particulièrement les nouveaux mariés, dont ils trouvent les noms et les
adresses dans les journaux, et chez lesquels ils se présentent avec une pièce
en vers (la même pour tous), intitulée : Les Fiancés ou Les
Jeunes Epoux ou encore Soyez heureux ! (refrain), le bonheur
du ménage, etc., etc1.
Bien que volontiers entourloupeurs, les artistes fin de siècle refusent d’être assimilés aux parasites dont les « œuvres » jonchent le sol des salles de rédaction. L’absence de talent est de toute part condamnable et condamnée sans nonchalance. En effet, cette figure d’artiste comme « mendiant littéraire » n’est pas fidèle aux idées des revuistes en matière artistique. Elle effraie plus qu’elle ne rallie en présentant ce qui pourrait être le symbole de l’échec. D’ailleurs les journalistes n’oublient pas de décrire le ridicule de ces personnages :
C’est là le faux poète. Il en est d’autres ; tel, par
exemple, cet ouvrier qui fait de mauvais vers et de mauvais habits, tel encore
pas mal de membre du caveau, tel aussi celui qui, s’extasiant devant les
mille exemplaires non vendus d’un de ses volumes de poésie, s’écriait :
- « Quand
je pense que j’ai fait tout ça ! »
avec un geste semblable à celui d’André Chénier marchant à
l’échafaud et criant en se frappant le front :
- « J’avais pourtant là quelque chose ! »2
Ces artistes
ratés sont des poseurs, des parasites, des paresseux, en bref, « un type qui a échappé à Balzac ». Feignant le don artistique, ces jeunes sont
à l’opposé de ce que veulent être les journalistes des petites revues. Du
reste, Le Décadent a consacré un article pour fustiger ces faussaires de
la littérature surnommés « Les Parasites du Décadisme » :
« Ils s’enivrent quotidiennement ou font mine de
vivre que dans les cabarets et de n’écrire leurs vers qu’entre des bocks3. »
Malgré cela, il faut avouer que dans le Chat
Noir, comme dans La Plume ou Le Décadent, de nombreux
dilettantes trouvent leur place :
2 mars 1890
M.A… est
fanatique de Péladan, « le plus grand génie du siècle », rien que ça.
Il a dîné avec lui. Est-ce
hier ? Bien en dèche ce pauvre
Péladan ! M. A…. Qui a dix-neuf ans, peut-être moins, enfin, qui est
mineur, s’imagine que la dèche, c’est les trois-quarts du génie. Il a inventé
une nouvelle instrumentation, mais il n’en parle pas aux poètes, qui pourraient
lui voler son idée. Il ne parle qu’aux musiciens, qui comprennent et
s’exclament, tant c’est bien, eux qui en général, ne comprennent jamais rien.
Il en a touché quelques mots à R…, lequel a paru très étonné sans, bien
entendu, vouloir le paraître. Il me tendait l’article Fin de siècle, qui doit
passer à La Caravane.
- Voulez-vous
le revoir ?
Je ne
comprenais pas son insistance, quand je me suis aperçu que l’enveloppe était
couverte de timbres. Il avait dû payer neuf sous pour insuffisance
d’affranchissement et franchement, je ne pouvais pas faire une petite bêtise
plus inopportune et plus navrante. Il disait : « Cela ne fait
rien », comme un grand seigneur. Ah ! Le monde des lettres !
Curieux monde, le monde des douleurs ironiques et des misères qui font ricaner4.
Le jeune « raté », follement
aveuglé par des succès fort périssables
ne bénéficie d’aucune charité sous la plume ironique de Jules Renard. L’auteur
ne lui épargne ni son fanatisme ni son orgueil mal placé. La certitude d’être un écrivain de génie est si naïve qu’elle ne
peut que faire sourire. Mais Jules Renard n’ignore pas la cruauté du monde des lettres qui est aussi un monde de
souffrances. La facilité apparente de la vie d’artiste cache en fait de grandes
déceptions pour ceux qui ne parviendront jamais à réussir. De ces douleurs, il
ne restera que des « misères qui font ricaner ».
1 Paris vivant par des hommes nouveaux, « La Plume », Paris, 1858, éd. G. de Gonet, pp. 70-71.
2 Ibid., p. 71-72.
3 L.D, n°2, 1888.
4 Jules Renard, Journal, 11 avril 1890, consulté sur le site : www.sya.geneal.free.fr/Document/journal2.htm.
LA POESIE DANS LE DECADENT (revue)
Le Décadent d’Anatole Baju recueille toutes les tentatives
avant-gardistes de son temps grâce à la collaboration d’auteurs plus ou moins
reconnus mais audacieux. Dans cette liste nous remarquerons la collaboration
prestigieuse de Paul Verlaine mais aussi la parution de poèmes attribués faussement
au poète Arthur Rimbaud (voir l’article « L’Affaire Rimbaud » dans ce
blog, rubrique Le Décadent).
SONNET
Laurent Tailhade, Sonnet lithurgique, n°1, 1887
Versini, Abstine, n°8, 1888
Verlaine, A Ernest Raynaud, n°10, 1888
Fourès Auguste, Châtelaine, n°10, 1888
Raynaud, Crépuscule, n°10, 1888
Faux Rimbaud, Le Limaçon, n°11, 1888
Louis Dumur, Finesses, n°12, 1888
Versini, Sonnet, n°13, 1888
Martial Besson, sonnet, n°13, 1888
Verlaine, Sonnet, n°14, 1888
Emile Cottinet, Nirvana, n°15, 1888
Tailhade, Quatorzains d’été, n°16, 17, 19, 22 1888
Raynaud, Rupture, n°16, 1888
André de Breville, Sonnet, n°16, 1888
Louis-Pilate de Brinn’gaubast, Sonnets insolents, n°18, 1888
Laurent Tailhade, Sonnet, n°6, 1888
Louis Dumur, Le Fleuve gelé, n°18, 1888
Louis Dumur, pensées du chêne, n°6, 1888
Auguste
Fourès, Moeror, n°19, 1888
Louis de Saint-Jacques, A Stéphane Mallarmé, n°22, 1888
Ernest Raynaud, Site, n°23 , 1888
Theodore Fallen,
L’Oasis, n°24, 1888
Faux Boulanger, Sonnets n°24, 25, 1888
Jules maus, Sonnet, n°25, 1888
Norbert Lorédan, Sonnet potache, n°27, 1889
Laurent Tailhade, Sonnet, n°29, 1889
Mitrophane Crapoussin, Sonnets, n°30, 31 1889
Laurent tailhade, Sonnet, n°30, 1889
Faux Louis II de Bavière, Sonnet, n°32, 1889
Albert-Aurier, Le Sonnet de la fille aux péchés mentis, n°32, 1889
Saint-Simon, les Bourgeois, n°33, 1889
Jules Renard, Astrale, n°33, 1889
BALLADE
Paul Verlaine, Ballade pour les décadents, n°1, 1887
Boyer d’Agen, Ballade pour les cigales, n°18, 1888
POEME EN PROSE
Laurent Tailhade, Impressions du Mid-Summer, n°17, 1888
Laurent Tailhade, Noël triste, n°26, 1889
Laurent Tailhade, Una voca poco fa, n°27, 1889
POEME EN VERS LIBRE
Emile Cottinet, Phosphorescence, n°24
Ernest Raynaud, Latences obortives, n°24, 1888
Paul Bernard, Resurgam, n°33, 1889
LA POESIE DANS LA PLUME (revue)
La Plume
de Léon Deschamps constitue une anthologie des meilleurs auteurs de la fin du
XIXe siècle. Elle est ouverte à la bohème mais constitue pour ses
collaborateurs une sorte de consécration littéraire. Le lectorat de La Plume
est un lectorat bourgeois, de fins lettrés, qui apprécie la nouveauté et l’audace
mais avec parcimonie. La poésie n’est donc pas le fer de lance de la revue mais
elle est bien représentée dans une diversité de styles et de formes. Voici une
liste des poèmes qu’elle publie durant l’année 1889 (1ere année) :
La ballade
Huysmans, Ballade en prose de la chandelle des six, n°10
Le sonnet
Charles Boès, Sonnet, n°5
Tristan Corbière, Sonnet, n°
Paul Harel, Sonnet, n°9, 12
J-J La Cayorne, Sonnet, n°6
Félix Mauduit, Sonnet à la reine d’Espagne
Henri de Régnier, Sonnet, n°10
Louis le Dauphin, Sur la terre, n°1
Gaston Moreilhon, Casse-Cou, n°2
Edouard Dubus, Dédicace, n°2
Camille Soubise, Le baiser, n°2
Albert Tinchant, Retour d’âge, n°2, Concerto, n°5, Quatre sonnets, n°9
Gaston Sénéchal, Le Dahlia bleu, n°5
Ogier d’ivry, Rêve blond n°5
Edouard de Kerdaniel, Solitude, n°9
A. Moreau, Sur la grève, n°9
Rimbaud, Voyelles, n°10
Léon Tyssandier, Physiologies du silence, n°12
Verlaine, Dédicaces, n°13
Rollinat, Au Crépuscule, n°14
Le rondel
Alphonse Boubert, Rondel, n°1
La chanson
Fernand Clerget, Chanson d’avril, n°3
Théodore Maurer, Chanson de mai, n°6
Gabriel Vicaire, Chansons, n°14
Emmanuel des Essarts, Regrets d’un ci-devant, n°7
Le poème en prose
George Auriol, Eventails, n°5
Raymond de la Tailhède, Le Prince du Soleil, n°7
Paul Noella, L’Ecueil, n°8
Mallarmé, La Gloire, n°10
Jean Moréas, Les Bonnes souvenances, n°10
Edouard Dujardin, les Lauriers sont coupés, n°10
Le poème en vers libre
Stuart-Merrill, Le Ménétrier, n°10
René Ghil, Le Soir confidentiel, n°10
Laforgue,
Stuart-Merrill, n°10
Ernest
raynaud, Marbre, n°11
Laurent Tailhade, Stances
LA POESIE DANS LA VOGUE (revue)
La Vogue, revue avant-gardiste (avant l'heure) de la période symboliste dirigée par Léo D'Orfer et Gustave Kahn fut essentiellement poétique. Elle défendit un nouvel art poétique sur les pas de ceux qu'elle admirait et publiait comme Arthur Rimbaud, Jules Laforgue, Walt Whitman. Voici une liste des poèmes parus dans cette fabuleuse petite revue durant l’année 1886 (1ere livraison) et 1889 (2e livraison) :
Le sonnet
Charles Morice, 1886, n°2, T.1 , René Ghil, Sonnet 1 et 2,
n°2, T.1, Mallarmé, Sonnet, n°8, 1886, T.1, Rimbaud, Les premières communions,
n°1, 1886
Le rondel
Charles Vignier, Rondel, n°5; 1886, T.1
La chanson
Gustave Kahn, Chanson de la brève démence, n°6, 1886, T.2
Le poème en vers libre
Gustave Kahn : Nocturne, Rimes et variations, Sous les
arbres, Mélopées, Intermède, Voix au parc, Châteaux en Espagne, Orient, Lieds,
Mémorial, Eventails tristes
Jules Laforgue : Préface, Romance, Soirs de fête,
Chauve-souris, L’hiver qui vient, La légende des cors, Dimanche, Pétition,
Simple agonie, Solo de lune, Légende, Les Amours
Viélé-Griffin Francis : Ronde, 1889, Sous la nuit, 1889
Albert Saint-Paul, D’un Lampas, 1889
Maurice de Faramond, Quintessences
Whitman Walt : Brins d’Herbe, Une femme m’attend
Charles Morice, Bohème alentour
Le poème en prose
Mallarmé, Pages oubliées, 1886, n°1, t. I
Villiers de l’Isle-Adam, Souvenirs occultes, 1886, n°1, t.I
Charles Henry, Vision, 1886, n°, T.I
Jean Moréas, Paul Adam, Le Thé chez Miranda, n°2, 1886
Edouard Dujardin, A la gloire d’Antonia, n°3, 1886, t. II
Casanova de Seingalt, Poème en prose
Laforgue, L’Aquarium
Verlaine, Nuit noire, Nuit blanche, 1886, t. III, n°3
Rimbaud, Les Illuminations, n°5, 6, 1886, t. I
Léo d’Orfer, La Maison grise, 1886, t. I, n°3
Maurice
de Faramond, Fumées d’hiver
23 février 2010
LA POESIE DANS LE CHAT NOIR (journal)
En complément de la fameuse anthologie des Poètes du Chat Noir parue chez Gallimard et préfacée par André Velter, voici un recensement de poèmes (ici regroupés suivant leurs formes poétiques) qui est extrait de ma thèse sur le sujet.
Les Ballades du journal Le Chat Noir
1882
Eugène Torquet, "Ballade de la joyeuse bohème", n°1
"Ballade des assassins", n°19
Gaston Sénéchal, "Ballade", n°25
Edmond Haraucourt, "Ballade des pucelaiges montmartrois",
n°28
Edmond Haraucourt, "Ballade des malséants pucelaiges", n°30
Maurice Rollinat, "Ballade de la dame en cire", n°39
Marie Krysinska, Ballade n°46
Ballade du communard, n°48
1883
Félix Décori, "Ballade des agonisants", n°62
George Auriol, "Sur l’impériale", n°85
Sénéchal, "Ballade des noctambules", n°86
Fernand Icres, "La Ballade de la fiancée", n°87
Jean Richepin, "Ballade à boire", n°95
1884
Auriol, "Ballade du joli soleil Rochechouart", n°109
Auriol, "Ballade des Mardi-gras de jadis", n°112
Auriol, "Ballade du temps perdu", n°115
Auriol, "Ballade des grises giboulées", n°119
Bruant, "Ballade du Chat Noir", n°135
Auriol, "Ballade du joyeux choléra", n°149
1885
Auriol, "Ballade des camélias", n°164
Gustave Rivet, "Ballade du satirique mort", n°166
1886
Louis Denise, "Ballade de la coupole", n°211
Charles Cros, "La Ballade des mauvaises personnes",
n°240
1887
Rivet, "Ballade pour sa mère", n°288
Godin, "Ballade des cavaliers barbus", n°309
1889
Fernand Clerget, "Ballade des pauvres rimeurs", n°404
Les Sonnets du journal Le
Chat Noir
1882
Louis Marsolleau Sonnet, n°13
Goudeau, Sonnet Extrême-Orient, n°14
Gaston Sénéchal, Sonnet n°22
Henri Second , Sonnet à l’ail et au patchouli,
n°22
Louis Bréchemin, Sonnet, n°23
Haraucourt, Sonnet adultère
Sonnet « Les lits », n°27
Haraucourt, Sonnet à ma mie, n°29
Haraucourt, Sonnet philosophique, n°32
Vincent d’Auriac, Sonnet à la Vierge, n°41
Mélandri, Sonnet fantôme, n°41
1883
Fernand Icres, Sonnet architecture, n°53
Sénéchal, Décadence, n°53
Fernand Icres, Sonnet,
n°64
Jules Lévy, Garfield sonnet incohérent, n°56
Sénéchal, Le Dahlia bleu, n°57
Gustave Guiches, Les Jours, n°58
Ménard, Sonnet, n°75
Fernand Icres, le figuier, n°76
Décori, Sacrifice, n°78
Goudeau, L’Eventail, n°79
Léo d’Orfer, Tenoukla, n°82
Jean Lorrain, Sonnet, n°84
Louis le Cardonnel, Mysticisme, n°101
1884
Baron de Beauvallon, A L.B, Sonnet, n°118
Cros, Sonnet, n°123
Condor,
Sonnets amers, n°127
Maurice Montégut, Philosophie de la crotte, n°129
Mélandri,
Sonnet Madrigal, n°130
Jules
de Marthold, Virgo, n°131
Samain, Le Sacre, n°133
Auguste Marin, Beauté provençale, n°135
Jouy, Sonnets de l’entracte, n°137
Jouy, Sonnets de l’entracte, n°138
Jules Jouy , Sonnets de l’entracte, n°139
Albert Samain, Vieil Email, n°140
Jules Jouy, Sonnets de l’entracte, n°140
Jules Jouy, Sonnets de l’entracte, n°142
Fernand icres, Ma pipe, n°106
Jean Lorrain, Salomé, n°151
Miss miser, n°152
Rodolphe Darzens, Sonnet virginal, n°157
1885
Thiérot, Sonnet, n°180
Zimmermann, Sonnet de la folie bibliothécaire, n°181
Rivet, Sonnet d’antan, n°194
1886
Sainte-Croix, Dixneuvièmesiecliana, n°214
Sainte-Croix, Dixneuviemesiecliana, n°218
Sénéchal, Sonnet précieux, n°219
F. Pittié, Sonnet, n°231
Baudelaire, Sonnet inédit, n°233
Sainte-Croix, Sonnet, n°235
Pimpinelli, Sonnet, n°243
Pimpinelli, Sonnet, n°245
Pimpinelli, Sonnet, n°246
Pimpinelli, Sonnet, 251
Reveillez, Sonnet, n°252
F. Pittié, La Défaite, n°258
1887
Masson, Sonnet, n°262
Boès, Sonnet, n°280
G. Nicolas, Sonnet printanier, n°281
Masson, Le Gueux aux roses, n°282
Pimpinelli, Sonnet, n°282
La Cayorne, Sonnet, n°312
1888
Hyspa, Sonnet, n°330
P-R Hirsh, Sonnet, n°335
Pimpinelli, Sonnet,
n°340
Norbert Lorédan, Sonnet
potache, n°343
Mery, Sonnet, n°345
Masson, Sonnet, n°346
Sutter-Laumann, Sonnet
d’automne, n°354
1889
Philippe Le beau, Sonnet à Satan, n°385
Paul Verlaine, Quelques amis, n°408, 412, 413
LES RONDEAUX DU CHAT NOIR
1882
Rollinat, Rondeau du guillotiné, n°17
P. Bilhau, Rondeau, n°38
Haraucourt, Rondel, n°49
1883
Edmond Haraucourt, Le Cocu, n°53
Sénéchal, Rondeau redoublé, n°64
1885
Villon, Rondel, n°186
1886
Sénéchal, Rondel, n°243
Sénéchal , Rondel, n°254
1887
Auguste Audy, Rondel,
n°263
Esparbès, Le Rondeau des étoiles, n°273
Fazy, Rondels pour
Karola, n°297, 301, 312
1888
Fau, Rondels, n°330
P., Rondel, n°345
Buisson Duberger, Rondeau, n°346
Pimpinelli, Rondel,
N°352
1889
Pimpinelli, Rondel,
n°407
A. Lantoine, Rondel, n°410
LES PANTOUMS DU CHAT NOIR
1882
Louis le Cardonnel, Panthoum, n°40
1883
Verlaine, Panthoum négligé, n°72
LES CHANSONS DU CHAT NOIR
1882
Vautrey, Chanson pour ne pas boire, n°17
Liorat, Chanson à Grévy, n°22
Goudeau, Chant des viveurs, n°26
Krysinska, Chanson d’automne, n°40
Haraucourt, La Chanson des seins, n°50
1883
La marseillaise des chats noirs, n°56
Bouchor, Ritournelle normande, n°61
Emile Goudeau, P.P.C, n°67
Cros, Chanson des hydropathes, n°77
Sénéchal, Chanson à boire, n°83
Cros, Chanson des peintres, n °85
Jules Jouy, Le petit-rentier, Chanson, n°90
Richepin, Etrennes du pauvre, n°92
Emile Goudeau, L’Invalide, n°99
1884
Pas mariés ! n°126
Auriol, Chanson d’octobre, n°144
1885
Cros, La Chanson de la plus belle femme, n°161
Louis le Cardonnel, Chanson découragée, n°198
Louis le Cardonnel, Chanson pour mélodrames, n°204
1886
Baudelaire, Chanson du sieur de Loy, n°238
Jules Tellier, Chanson de printemps, n°241
1887
Moyse Renault, Chanson d’automne, n°263
Ogier, Chanson des compagnies grises, n°269
1888
Paul Marrot, Chanson, n°314
Pimpinelli, Chanson sans refrain, n°335
Garcia Monsilla, Chanson Créole, n°342
Xantroff, Le Printemps, chanson hongroise, n°347
Catulle Blée, Chanson d’automne, n°348
1889
Pimpinelli, Chanson, n°388
Fernand Clerget, Chanson d’avril, n°389
Masson, Chanson d’hiver, n°393
Meusy, Chanson d’hier et d’aujourd’hui, n°397
LES POÈMES EN PROSE DU CHAT NOIR
1883
Bayevent Sansoucy, Pendant que je mourais, n°102
Auriol george, Le Triomphe des petis souliers, n°102
Sur l’impériale, n°85
Max Waller, Au clair…, n°97
1884
Auriol George, Ballade du joli soleil rochechouart,
n°109
Ballade des mardi-gras de jadis, n°112
Ballade du temps perdu, n°115
1885
Auriol, Les Balayeuses, n°159
Dans le brouillard, rêverie grise, n°166
Petites proses sans poésie, n°175, 176, 178, 204, 205
Voilà l’hiver, n°201
Albert Tinchant, Coin Noir, n°166
Tombe fleurie, n°174
La Consolatrice, n°179
Courtisane, n°189
Cydalise, n°192
Heures roses, n°199
Quartier latin, n°206
Morbidezza, n°207
1886
Auriol, Soleil d’hiver, n°214
Tinchant, Attente, n°220
Place Pigalle, n°225
1887
Albert Tinchant, Ariette en mineur, n°272
Auriol, Chronique d’automne, n°300
1888
Xanroff, le Printemps, chanson hongroise, n°347
1889
Maurice Vaucaire, Deux proses, n°396
Zemganno, Proses frêles, n°406, 407



























